Obama, sauvé - et / ou trahi - par la couleur

mardi, 02 juillet 2013 08:04

Barack Obama en Afrique et je ne sais si l’on s’en réjouit, si l’on s’en offusque ou si cela laisse indifférent. Aujourd’hui, si ses voyages ne laissent pas totalement indifférents,

ils ne soulèvent que les réactions normales que l’on a envers un président américain vraiment moyen, loin du dithyrambe qui accompagnait ses premiers pas à la Maison-Blanche, quand on attendait un homme exceptionnel à la Kennedy, Roosevelt ou Lincoln. Mais l’homme s’est avéré un président bien banal.

Obama trahi ou sauvé par sa couleur. En fait, tout le monde n’a voulu voir que le Noir et non l’Américain d’éducation blanche. Les Noirs d’Afrique ont chanté leur frère devenu président des Usa, alors que l’homme était au moins aussi africain que je suis Inuit. J’exagère à peine. Évidemment, il est d’une intelligence supérieure. Dans ces Etats- Unis où les séquelles de la traite sont encore prégnantes, il a compris que l’on n’enverrait pas à la Maison-Blanche un descendant d’esclave. Jesse Jackson et Colin Powell le savent bien.

Voici deux anecdotes. L’arbre de la colère dans un patelin de la Louisiane, est un arbre planté dans un lycée sous lequel les enfants blancs croyaient avoir seuls le droit de s’asseoir. Quand les enfants noirs, révoltés, ont cassé ce privilège en se reposant sous son ombre, le lendemain, les enfants blancs ont accroché trois cordes de pendaison aux branches de cet arbre. Signe distinctif du Ku Klux Klan. L’histoire qui a eu de très graves conséquences se déroule, non pas au début du 20e siècle ni même du temps de Kennedy, mais en 2006.

La deuxième anecdote. Je séjournais en 2009 à Birmingham en Alabama. La directrice du département de langues de l’université locale, une Noire américaine, m’a invité au restaurant. Elle m’a dit que si nous n’avions pas été accompagnés de mon hôte, un Français blanc, nous n’aurions pas eu le droit de nous asseoir là où nous nous étions assis. Comme j’affichais un air des plus ahuris, sinon dubitatifs, elle m’a raconté que dans les années 1980, elle visitait l’arrière-pays en famille. Ils sont entrés dans une gargote pour déjeuner. À leur entrée, les couverts sont restés figés en l’air, silence saisissant. «You could hear a pin fall», comme on dit. Des armoires à glace se sont dirigées vers eux. Puis elles se sont arrêtées avec un sourire et ont pointé le doigt vers le visage du père de famille. Les balafres qui ornementent ses joues indiquent sans conteste son africanité, nigériane en l’occurrence. Un Africain était le bienvenu, mais pas un descendant d’esclave.

Obama savait tout cela. Il a affiché, exacerbé cette africanité de façade qui était son plus sûr bouclier contre les séquelles. Il en a appelé à son père, pour rappeler avec toute la clarté possible, ses origines. Il s’est forcé à quelques visites chez les Laris. Il a embrasé sa grand-mère. Le message a été reçu 5/5, arrachant au passage – je suis prêt à parier – quelques larmes dans les chaumières, du Montana à la Virginie, de la Californie au New Jersey, des torrents de youyous et des tonnes d’ex-voto dans les masures et les palais africains. Une fois qu’il a été élu, les Africains attendaient la suite du feuilleton, certains espérant la délivrance sans condition de la green card à tout demandeur qui tomberait sous la jurisprudence du drop of blood, cet autre reste du racisme des plantations. Pour tout le monde, un Africain était entré à la Maison-Blanche. Et c’est là que le problème commence.

Autre séquelle d’un passé récent, le Noir est inférieur aux autres. D’avoir gagné les élections américaines, Obama, non seulement entrait dans l’Histoire, mais était le meilleur. Et avant même d’entrer en fonction, on lui a décerné un Nobel qui n’avait pas plus de valeur qu’une médaille de chocolat au lait. Comme il était supposé Noir et Africain, on attendait de lui une réaction de tiers-mondiste et de noir : résoudre le problème de Guantanamo – il l’avait promis – celui des Palestiniens, des Africains, des armes et de la Sécu aux Usa. Mais l’homme a été un président moyen, et surtout digne de l’Amérique blanche dont il est le pur produit, très intelligent, mais manquant d’audace et de courage. Si on le voyait et le voulait grand, c’est grâce ou à cause de sa peau que l’on jugeait porteuse d’identité noire.

Qui peut m’expliquer pourquoi ce père, dont le candidat voulait réaliser les rêves, n’ait pas mérité une seconde de recueillement sur sa tombe, une fois que l’on a été élu ? Je suis prêt à parier que Jesse Jackson aurait été le Président des Etats-Unis qu’il aurait effectué plus de voyages et hautement symboliques en Afrique. Je suis sûr et certain qu’il aurait été plus téméraire sur Guantanamo, la Palestine et la finance. Je sais que bien des présidents démocrates on été plus courageux sur les problématiques sociales et humanitaires.

Aujourd’hui, Obama s’en va fort logiquement sur les pas de tous les présidents américains : le Sénégal avec l’île de Gorée – on est surpris qu’il ait tant attendu – ou encore l’Afrique du Sud où l’on a l’impression que Madiba a choisi la forme la plus élégante pour s’excuser. Je suis à peine cynique. Mais le maître est à la Maison-Blanche.

par Gaston kelman

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