Noms de guerre !

Noms de guerre !

mercredi, 18 décembre 2013 08:58

« La paix est le temps où l’on dit des bêtises, la guerre le temps où on les paie. » Robert de Saint–Jean (Démocratie, beurre et canons)

En Centrafrique, elle s’appelle Sangaris.Mais elle ne désigne pas le papillon rouge qui fait le bonheur des collectionneurs. C’est le nom d’une guerre qui ressemblera peut-être à l’insecte ailé si elle s’avère aussi brève qu’on le voudrait. Pour le reste, c’est connu, le bruit des armes à feu n’a rien de gentil ni de joli. Les Rwandais, à travers l’opération Turquoise, censée mettre fin au génocide, ont vu cette couleur du champ chromatique bleu virer à une teinte plus sombre.

Les Ivoiriens aussi ont pu se rendre compte que le nom ne fait pas la paix et que la longue corne au milieu du front, droite, spiralée et pointue de l’animal fabuleux qu’est la Licorne ne fait pas mal que dans les mythologies. Et si Serval est bien ce petit félin africain pouvant uriner jusqu’à 30 fois par heure pour marquer son territoire, dans le septentrion malien, il s’est disputé l’espace avec des barbus sécessionnistes bien décidés à être les seuls maîtres du nord.


Des noms qui font mal

La flore, les palettes de couleur, la mythologie et le glossaire animalier ne sont pas les seuls à fournir des litotes pour des affrontements qui se soldent souvent par des larmes et du sang. Il y a comme une sorte de morale par provision qui, à défaut d’avoir pu faire l’économie des canons, se pare de mots quelquefois inoffensifs. Ainsi, l’Harmattan a pu souffler sur la Libye d’un Kadhafi en fin de règne, en mars 2011. Le vent chaud et poussiéreux d'Afrique de l'Ouest a soufflé si fort sur le raïs auréolé de ses quatre décennies de pouvoir que la Libye est encore à la peine et à la quête d’un climat plus clément. Le souffle de l’Harmattan fut très brûlant.

Les noms de guerre foisonnent mais sont souvent aux antipodes de la réalité qu’ils matérialisent. Les Américains, sur ces appellations, sont plus affectés. Les belligérances qu’ils pilotent ont des allures de périphrases: Enduring Freedomou la liberté immuable, a conduit Oussama Ben Laden dans les tréfonds d’une mer après que l’opération a été lancée contre Al Qaïda, suite aux attentats des tours jumelles du World Trade Center, commis le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Le nom de code Geronimo, qui était convenu pour dévoiler que le chef barbu avait été trouvé, a été l’un des premiers alias lié à l'opération à être divulgué et a été pris à tort comme indiquant l'opération ou Oussama ben Laden lui-même. Les guerres, pour les Américains, quand elles n’apportent pas du réconfort à ceux qu’ils vont secourir, comme ce fut le cas avec les réfugiés Kurdes après la guerre du Golfe, à travers l’opération Provide comfort, font respecter le choix des urnes. Uphold Democracy en Haïti fut menée durant une année, de 1994 à 1995 après le renversement du président Bertrand Aristide.

Ces noms de baptême ou plutôt ces noms d’oiseaux auraient leur origine au pays d’Adolf Hitler et dateraient de la première guerre mondiale. Une guerre qui a inspiré le héraut du nazisme pour conception de son Mein Kampf. Depuis, tout le monde s’y met. Et si en Côte d’Ivoire nous avons nos opérations ’Téré’’par lesquelles nous espérons que les dards du soleil neutralisent les bandits de tout acabit; en Israël, l’armée se réfère à la Bible pour baptiser ses expéditions guerrières. Là-bas, la pluie d’été et le plomb durci sont drus sur les têtes ennemies. Si nous admettons que le nom est une qualification, alors nous devons nous employer à ce qu’il signifie, ce qu’il indique. Que Sangaris soit réellement pour les Centrafricains le beau papillon rouge porteur d’espoir et que Servalsoit le renard marqueur de territoire pour les Maliens eux-mêmes. Et non seulement des noms de guerre.

Par Oumou D.

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