Ne pas perdre le nord (1) !

Ne pas perdre le nord (1) !

jeudi, 04 juillet 2013 08:27

A tous les enfants du Grand nord ivoirien, pour célébrer avec eux, ces grands moments — non pas de récolte, moins encore de révolte, mais de semailles — que représente la visite du Chef de l’Etat.

Quand le nord s’éveillera…’’ ! Ainsi titre Venance Konan, pour son édito du mardi dernier. Le Dg de Fraternité Matin était sans doute, sinon vraiment, dans le ton, en faisant ce clin d’œil à Alain Peyrefitte (Quand la Chine s’éveillera...). Pour ma part, je pense qu’il y a longtemps que s’est éveillé le nord, notre nord ivoirien. Il a toujours été « dans le ventre de l’histoire » (Gaino, prête-moi tes mots) nationale, depuis les années 1940 de lutte indépendantiste jusqu’à aujourd’hui.

 Notre histoire nationale mentionne, en effet, que c’est par ce nord et grâce à ce nord que nous vint le député Djaha Houphouët ou Houphouët-Boigny. Le nord, ce nord de la Côte d’Ivoire. Comme il regorge de noms de personnes, personnalités et personnages sinon prestigieux, du moins populaires ! Mamadou Coulibaly, Abdoulaye Fadiga, Amadou Gon Coulibaly, Laurent Dona-Fologo, Koné Amadou, Gaston Ouassénan (politique) ; Sékou Bamba, Ibrahim Bakayoko, Kolo Touré, Gaoussou Koné, Me Ouattara, Koné Mariam (sports) ; Mamadou Doumbia, Paul Wassaba, Zélé de Papara, Alpha Blondy, Issa Diabaté, (arts) ; Touré Vakaba, Yacouba Konaté, Ibrahim Sy Savané, Anzata Ouattara, Ali Coulibaly (Education, lettres, communication) ; Ouattara Thomas d’Aquin, Sory Dembélé (Forces armées), ... Par-dessus tous ces noms, et irradiant de son aura notre histoire nationale, le patriarche Gon Coulibaly dont le nom inspire à tout Ivoirien respect et vénération...

Commerce, transport, banque

 — les affaires, comme on dit. Ajoutez à tout cela l’élevage, l’agriculture, la création de garages autos, les Ponts et Chaussées, la Technologie et diverses autres ingénieries ! Il n’y a ainsi presque aucun secteur d’activité sociale dans notre pays où ne se soient illustrés, de belle ou de mauvaise manière (mais le plus souvent de belle manière), les enfants du nord… ivoirien. Il a toujours été éveillé, le nord, celui de notre pays, bien sûr

— j’insiste à dessein sur cette précision. Là où ses terres steppiques et même désertiques le condamnaient à l’angoisse existentielle, l’argent de la banane, du bois, du café et du cacao du sud et du centre du pays, par un vaste effort de solidarité nationale, lui a plus qu’assuré survie et équilibre. Les énormes investissements de l’Etat pour la création de complexes sucriers à Ferké (possibilités donc d’emplois pour la jeunesse et de lutte contre l’exode rural), la construction du mémorable Lycée Houphouët-Boigny de Korhogo (un véritable campus universitaire à l’époque

 — bien avant l’évènement des Grandes Ecoles d’Abidjan et de Yamoussoukro), les grandes « Fête de l’Indépendance » à Katiola, Odienné (occasions pour l’Etat de doter ces villes d’infrastructures urbaines

— routes bitumées, collèges, lycées, centres culturels, hôpitaux et autres centres de santé, stades municipaux, piscines municipales, etc.) ont indiscutablement fait la fortune du nord.

Quel fils du nord de ce pays eût-il jamais eu à se plaindre de quelque rancoeur que ce soit ? Oui, il y a eu Assabou ! Assabou où se retrouvèrent en captivité des fils du nord, tout comme il y en a eu des autres régions (centre, ouest, est, sud) du pays. Et ces derniers constituaient la majorité des prisonniers. Ce fut une époque de répression générale contre les contestataires, et donc, contre les conspirateurs, entendu que les conspirateurs sont ceux-là qui respirent ensemble 2 !

Années 1940-1989 ! J’ai dit un demi-siècle de vécu national fraternel, malgré Assabou-les-temps-mauvais ! Puis vinrent les années 1990 et leurs sous-entendus et malentendus. Ces années 1990 et leurs fureurs sourdes, naissantes, sous le couvercle du chaudron de milles insatisfactions en état de laves ! Ces années 1990, premiers épisodes d’une histoire farouche en attente d’être écrite à l’encre de clameurs brutales ! Elles vinrent, ces clameurs rouges, une nuit hystérique de septembre 2002. Le pays sombra dans l’intolérance outrancière.

Crise identitaire, crise sociale, crise militaire, crise politique ? Il y a eu un peu de tout cela durant ces deux décennies (1990-2010) d’errances frivoles où nous avions vraiment perdu le nord et notre éburnité. A présent, il s’agit de le conquérir ou, plus exactement, de le reconquérir. Jeudi prochain : « Reconquérir le nord : exigences premières pour la réhabilitation de la nation ivoirienne ».

par Tiburce Koffi

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(1). Ne pas perdre le nord. Titre d’un merveilleux essai du Pr Séry Bailly.

Néi-Ceda, 2005.

(2). F. Tavarès, Crise ivoirienne, considérations éparses, Nei, 2004).

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