Nationalité ivoirienne

dimanche, 28 juillet 2013 23:30

« (…) Pouvons-nous continuer à nous taire sur cette question confligène, cette bombe à retardement de la citoyenneté ? Assurément non. Car, tant qu’elle n’est pas abordée frontalement, elle sera source de mort massive. » 
Association Albert De Neef  in « Plaidoyer pour un autre traitement de la question de la citoyenneté en Côte d’Ivoire »
(Fraternité Matin n° 14594 / 14595)

Le caricaturiste a cela de pratique qu’il va à l’essentiel. Les traits qu’il croque, sans banaliser les détails, mettent en relief ce que les mathématiciens appelleraient  les identités remarquables. Faisons comme le caricaturiste, allons à l’essentiel: la question de la nationalité ivoirienne à résoudre avec quatre millions d’apatrides – dit-on -, annexée au foncier rural pomme de discorde et le projet de construction d’une Nation ouverte sur l’universel.        L’accord signé en France, à Linas-Marcoussis, dans l’enceinte du stade de rugby en 2003, avait pour but de sortir des textes juridiques ou considérés comme tels, de la mêlée de nos dissensions ivoiro-ivoiriennes. Entre autres, celui relatif à la nationalité. Il n’est pas question, ici, de revenir sur les clauses de cet accord et le ressenti de la  population face à son applicabilité. Disons simplement qu’en raison de  l’intérêt suscité par la question, aujourd’hui comme hier, il faut en faire un débat public, assumé de façon responsable. L’Association  Albert  De Neef a fait honneur à Fraternité Matin en proposant, dans ses colonnes, une contribution, et même mieux, une étude qu’il serait  judicieux d’exploiter  pour  trouver des solutions au problème de la citoyenneté. Engageons donc le débat dans la tonalité proposée  en agissant comme « d’ardents défenseurs d’une idée de citoyenneté plus inclusive et moins conflictuelle»  et  des promoteurs d’idées novatrices qui puissent permettre à notre pays « d’être riche de sa diversité, laquelle a toujours fait sa force et sa beauté ».
Poser le problème de la perception de la citoyenneté et de l’identité culturelle appelle un certain nombre de questions relatives aux motivations qui sont en jeu de façon avouée ou inavouée et appelle aussi une réflexion globale portant sur les éléments majeurs découlant de la nationalité. Quelles sont nos valeurs ? Comment, dans l’affirmation de la citoyenneté, prendre en compte nos diversités ? Voulons-nous  construire une nation repliée sur elle-même ou une nation ouverte à l’universel ?
Par peur de l’autre d’abord et pour des raisons électoralistes ensuite, des idéologies fondées sur la légende de l’envahissement de la Côte d’Ivoire ont vite fait d’assimiler l’immigration à l’invasion et  à l’usurpation. Derrière chaque non-Ivoirien, on a alors vu un Attila, chef des Huns, qui, partis des grandes steppes de l’Asie, vont faire trembler toute la Gaulle au point que l’on a pu dire d’eux : « Là où les Huns sont passés, l’herbe ne repousse plus »  Notre pays, certes, n’a jamais été un vaste no man’s land désertique que chaque peuplade a occupé progressivement pour  lui donner sa configuration actuelle. Mais nous pouvons être fiers d’avoir accueilli des hommes et des femmes de tous les cinq pays avec lesquels nous avons  des frontières et c’est important.
Il n’est pas rare d’entendre dire que partout, on fait des lois pour favoriser  les préférences nationales et que nous  gagnerions à être plus protectionnistes de notre « sol, de la jouissance de nos richesses  par les fils et filles de la nation» ; qu’autrement, nous mettrions la Côte d’Ivoire aux enchères. Il est certain que l’affirmation de la citoyenneté ne saurait être un réflexe d’autodéfense ni un repli sur soi. Comment croire, sans faire une insulte à leur intelligence, que des milliers de personnes nées ici, parlant nos langues nationales, construisant  avec nous ce pays et  n’en connaissant aucun autre, puissent constituer qu’un  “ bétail électoral ’’ pour tel ou tel candidat ? Comment raisonnablement exproprier ces sans- papiers qui ont acheté des terres arables, les ont cultivées pour en faire des richesses ?
Il est temps de reconnaître en droit ces citoyens de fait. Pas en faisant passer la loi sur la nationalité en force. Raisonnablement. Discutons pour trouver un terrain d’entente et essayons surtout de nous mettre à la place des autres pour comprendre ce qu’ils peuvent ressentir.

par  Oumou D.

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