Mes vérités: Bédié est-il d’Houphouët-Boigny ?

samedi, 15 juin 2019 17:40
Le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié. Le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié. Crédits: DR

Indéniablement, l’actualité, cette semaine, a été marquée par la sortie du président Henri Konan Bédié.

Le premier responsable du Pdci-Rda, le plus ancien parti de Côte d’Ivoire, a fait un grand dérapage sur le chemin de la reconstruction de notre pays. Depuis avril 2011, la Côte d’Ivoire s’est engagée sur la voie de la restructuration de tout ce que les années de crise avaient déstructuré.

Il y avait deux routes à refaire, celle de la restructuration économique et celle de l’unité nationale et de la cohésion sociale. La première voie a été vite faite. Cela était prévisible puisque qu’elle ne dépendait que de la seule expertise du Président Ouattara. L’autre voie, c’est l’affaire de tous, malheureusement. Et concernant ce processus, il y a encore beaucoup de mauvaise foi. Nous avons vu qu’il y a encore des gens qui veulent surfer sur les thèses qui ont divisé les Ivoiriens.

On avait cru la guerre des héritiers complètement derrière nous. Mais aujourd’hui, l’on constate que la réconciliation au sein de la grande famille des Houphouétistes n’était que de façade.

Pour la simple raison que celui qu’on considère comme l’aîné, c’est-à dire Henri Konan Bédié, est resté bloqué en 1999, comme nous l’a fait remarquer Abol Kodjo, un militant quelque peu désabusé du Pdci-Rda qui ne comprend pas qu’aujourd’hui, son président puisse ramer à contre-courant de l’alliance des Houphouétistes.

Il ne comprend surtout pas pourquoi on le laisse conduire la formation politique de Félix Houphouët-Boigny tout droit au Fpi. Un parti qui a fortement contribué à la déstructuration de la Côte d’Ivoire, avec le modèle des anti-héros. C’est dans cette Côte d’Ivoire que le travail a été relégué au second plan. C’est dans cette Côte d’Ivoire qu’on pouvait parvenir à l’aisance financière en prenant l’ascenseur des mauvaises pratiques.

Abol Kodjo n’a pas oublié la gestion scabreuse et scandaleuse du pays par Laurent Gbagbo et ses comparses. Il n’a pas oublié ‘’la farine’’ dans laquelle l’ancien Chef d’Etat voulait rouler tous les Ivoiriens. D’ailleurs, nous aussi nous n’avons pas oublié ce pan de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

C’est pourquoi la vidéo dans laquelle Henri Konan Bédié emprunte le raccourci des étrangers pour poser un problème ivoirien nous a fait froid dans le dos. Nous revoyons encore la politique ivoiritaire qui a ouvert la porte à plus d’une décennie de crise. Nous revoyons encore la classification des Ivoiriens telle que décrite dans son œuvre ‘’Les chemins de ma vie’’, un ouvrage qui, pour nous, n’aurait jamais dû paraître. Et nous sommes arrivé à la conclusion qu’Henri Konan Bédié n’est pas d’Houphouët-Boigny. Il est aux antipodes des enseignements du premier Président de la Côte d’Ivoire moderne.

Félix Houphouët-Boigny n’a pas hésité à accueillir de nombreuses personnes venues d’ailleurs en Côte d’Ivoire. Il n’a pas non plus hésité à les protéger lorsque cela était nécessaire. On se souvient de sa mémorable conférence de presse en 1985.

Un journaliste avait voulu qu’il fonde sur la communauté libanaise qu’on accusait de tous les maux, notamment de corruption. Mais Houphouët-Boigny a su nuancer ses propos. Il a fait savoir que dans toute communauté, il y a des bons et des mauvais. Par conséquent, l’erreur d’une personne ne saurait engager toute la communauté.

Cette sagesse, Henri Konan Bédié ne l’a pas eue lorsqu’il parlait de l’orpaillage clandestin qui n’est pas l’apanage des seuls gens venus d’ailleurs ou de la fraude sur la nationale qui est aussi imputable aux Ivoiriens. Henri Konan Bédié n’est pas d’Houphouët-Boigny. Il n’a ni sa pondération, ni son esprit rassembleur. Ses propos prennent toujours l’allure d’une Impulsion électromagnétique (Emp, en anglais).

Aujourd’hui, avec du recul, nous pouvons dire que l’Appel de Daoukro était plutôt un appel intéressé. Le président du Pdci-Rda a plus pensé à son intérêt personnel qu’à celui de tous les Ivoiriens et on s’est tout simplement laissé avoir. Le troisième ouvrier de la parabole des talents, ‘’le serviteur mauvais et paresseux’’, a refusé de faire fructifier l’unique talent que lui a légué son maître.

Prions pour que la sagesse modifie le comportement de cet ouvrier et qu’il revienne au père. Qu’il ne soit pas Caïn tuant son frère Abel. C’est vrai qu’on lui a fait croire qu’en reprenant le raccourci de la thèse ivoiritaire, il serait plus proche du Palais, mais il faut tout de même avoir un peu de jugeote pour savoir que nous avons tous vu où nous ont conduit ces sottes théories.

Et nous ne voulons plus y retourner. Il faut être d’Houphouët-Boigny en prônant le rassemblement. De toute façon, aucune personne venue d’ailleurs ne pourra retourner dans son pays avec la Côte d’Ivoire dans sa poche. Bédié n’est pas d’Houphouët-Boigny.

ETIENNE ABOUA