C'est vous qui le dites: Mes sept vierges, je les préfère ici-bas

mardi, 10 octobre 2017 07:59
C'est vous qui le dites: Mes sept vierges, je les préfère ici-bas C'est vous qui le dites: Mes sept vierges, je les préfère ici-bas Crédits: D.R

Ils n’épargnent personne ni aucun site: les bureaux des Nations-Unies, les hôtels où résident les internationaux et les autorités nationales, les camps des personnels de la force africaine, les restaurants, les marchés, les rues, etc.

Mes sept vierges, je les préfère ici-bas

Samedi 15 Mars 2014. Retour à Mogadiscio. A peine ai-je posé mes bagages à l’hôtel qu’une énorme explosion se fait entendre, suivie de tirs de kalachnikov. Ce sont des kamikazes qui ont fait exploser leurs voitures à la clôture de l’hôtel, à défaut de pouvoir y pénétrer. Comme leur scénario est toujours huilé et identique, une autre voiture explose quelques minutes plus tard, quelques mètres plus loin.

Toujours dans le même scénario, les ambulances arrivent presqu’aussitôt et emportent les morts et les blessés. Le lendemain, une autre explosion dans un endroit plus populeux. Ces derniers temps, les milices Shabaab essuient d’importantes pertes devant l’avancée des troupes somaliennes et africaines (AMISOM). Alors, en désespoir de cause, les candidats au suicide sont nombreux et offrent leurs corps aux opérations kamikazes par des ceintures ou des voitures bourrées d’explosifs.

Ils n’épargnent personne ni aucun site: les bureaux des Nations-Unies, les hôtels où résident les internationaux et les autorités nationales, les camps des personnels de la force africaine, les restaurants, les marchés, les rues, etc. Difficile de prévenir ces actes, car comme me le dit un Somalien : « Il est difficile de lutter contre des morts; ces jeunes gens se considèrent comme déjà morts lorsqu’ils viennent pour leurs opérations. Ils n’ont peur de rien et n’ont rien à perdre ».

Des responsables d’ONG qui travaillent avec des ex-Shabaab recyclés nous ont fait entendre que d’obscurs chefs de guerre et gourous recrutent des personnes de moins de 25 ans, donc souvent moins lucides. Ils leur enseignent la haine contre des individus et des systèmes. Ils sont entraînés, toute la journée, militairement et religieusement. La nuit, ils visionnent des vidéos qui ont pour but de les révolter jusqu’à ce qu’ils s’endorment.

La situation politique du pays et la misère faisant, les esprits sensibles deviennent donc des chairs à suicide. Et puis, ils leur font miroiter les promesses d’une mort brutale. Il leur est dit que s’ils meurent dans le Djihad ou dans des opérations kamikazes, un ange viendra à leur rencontre et leur offrira de renaître sur terre pour recommencer la guerre sainte. En plus de la perspective d’une vie éternelle, il est dit que d’autres jeunes recevront en récompense sept vierges (ou soixante-dix) dans l’au-delà.

Ainsi, les adultes manipulent la naïveté des esprits fragiles dont les conditions matérielles de vie sont le plus souvent déplorables, comme cela se passe dans certaines parties du monde. Notre pays n’y a pas échappé.

Je préfère mes sept vierges, ici-bas. Quelle idée d’aller encore forniquer dans l’au-delà après avoir fait tous les excès sur terre ? Quel plaisir aurait-on à s’entourer de belles vierges dans un au-delà où rien n’est physique et où tout est évanescent ? Quel bonheur y a-t-il de se voir offrir par la grâce divine de belles créatures sans pouvoir les toucher ni les apprécier ? Comment penser encore à un plaisir physique après la mort quand nous attendons tous de vivre une vie pure comme des anges quand nous aurons fini nos parcours sur terre ?

Mais il y a toujours des vendeurs d’illusion. En Somalie comme en Côte d’Ivoire, il y a des personnes qui se jouent de la naïveté de nos jeunesses et qui les mènent à la mort pour leurs seuls intérêts. Ils leur promettent l’incroyable pendant qu’eux-mêmes mènent une existence si paisible.

Non j’aimerais mes vierges, ici-bas, pour mieux en profiter. S’il faut mourir, je ne mourrai pas pour les idées des autres mais pour mes propres idées. J’aimerais comme le dit Georges Brassens avoir la même longévité que tous ces leaders qui jettent les autres en pâture à la mort, mais qui vieillissent comme Mathusalem. Allons à la mort en traînant les pieds, n’écoutons pas ceux qui veulent exterminer nos Nations en semant la haine.

Par  VINCENT  TOHBI  IRIE

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