Mariage Syngenta-ChemChina, pour le meilleur ( ?) et pour le pire

Mariage Syngenta-ChemChina, pour le meilleur ( ?) et pour le pire

lundi, 17 juillet 2017 16:23
Mariage Syngenta-ChemChina, pour le meilleur ( ?) et pour le pire Crédits: DR

La société d’Etat chinoise ChemChina a mis 43 milliards de dollars sur la table pour acquérir Syngenta, fleuron de la chimie suisse - fruit de la fusion en novembre 2000 des divisions agrochimiques des sociétés AstraZeneca et Novartis - l’un des plus grands groupes semenciers et agrochimiques de la planète, objet de toutes les convoitises de la part de la Chine.

L’union a été scellée le 26 juin dernier, lors de l’Assemblée des actionnaires de Syngenta à Bâle, en Suisse, formalisant ainsi la plus importante acquisition jamais réalisée par une société chinoise.

Hormis quelques ONG, ce rachat n’a pas chagriné grand monde en Suisse, ni dans les milieux économiques, ni dans les milieux politiques. Qu’est-ce que cette fusion implique pour les emplois en Helvétie ? L’avenir dira assez rapidement si, lors de cette faramineuse transaction, la Suisse a eu raison de faire confiance aux promesses des nouveaux propriétaires de conserver emplois et siège principal à Bâle.  Le mercredi 5 juillet déjà, Syngenta annonçait le départ de deux membres de son comité exécutif « suite au regroupement des fonctions de recherche et développement (R&D) et de production et approvisionnement (P&S) avec les activités de protection des cultures et celles de semences ».

Le groupe ChemChina, qui appartenait à l’ancien ministère de l’Industrie chimique en Chine, est la plus grande entreprise de l’industrie chimique de l’Empire du Milieu.  Après le rachat de Syngenta, son ambition de «  devenir une entreprise chimique de classe mondiale avec la compétitivité internationale » devrait rapidement se concrétiser. Grâce à cette opération, la société d’Etat chinoise fait main basse, entre autres, sur plusieurs milliers des brevets sur des plantes et des animaux, propriétés du groupe suisse, et lui ouvre de nouveaux marchés agricoles, notamment sur le continent africain, auxquels elle n’avait pas encore accès.

Au cours de ces dernières années, Syngenta a en effet beaucoup investi en Afrique pour y dealer ses pesticides et ses semences. Alors que les pays européens continuent à bouder les organismes génétiquement modifiés (OGM) et qu’émerge un mouvement citoyen dénonçant les conséquences d’un recours massif aux pesticides, le continent africain apparaît en effet comme « la dernière frontière » (ultimate border), où s’implanter et vendre ses produits. Syngenta fait ainsi partie de « la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition », une initiative qui, sous couvert d’aider les petits producteurs, vise à donner un virage résolument industriel à l’agriculture africaine, avec, à la clé, de gros problèmes sociaux et environnementaux, dont on peine à prendre toute la mesure.

La création de ce nouveau mastodonte de l’agrochimie  augure en tout cas de combats titanesques avec les deux autres géants que sont Bayer-Monsanto et Dow Chemical-DuPont, - - de jeunes mariés eux aussi - pour s’implanter sur tous les continents. Et promouvoir une agriculture industrielle misant sur le tout chimique, des semences à haut rendement et génétiquement modifiées, vendues au prix fort aux paysans du monde. Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour la planète, à l’heure où ce type d’agriculture porte une responsabilité avérée dans le changement climatique, la perte de la biodiversité, la disparition de variétés agricoles et d’espèces animales, l’accaparement des terres et de l’eau ?

Ces trois géants contrôlent aujourd’hui plus de 60% du marché mondial des semences, et 75% des ventes d’engrais et de pesticides. Ce sont eux désormais qui décident quelles variétés seront cultivées. Les enjeux sont tellement importants que les Etats devraient renoncer à courber l’échine devant l’avidité des actionnaires, et prendre leurs responsabilités. Il n’est pas normal que seules quelques ONG dénoncent cet accaparement par des sociétés privées de notre agriculture et de notre alimentation.

Catherine Morand

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