Les touristes, on les aime ou on les déteste

vendredi, 30 juin 2017 19:29
Les touristes, on les aime ou on les déteste Crédits: DR

Les touristes sont connus pour leur volatilité ; et au moindre trouble, tel un essaim de criquets pèlerins, ils s’envolent vers d’autres cieux plus paisibles.

Les touristes, on les aime ou on les déteste

Dans certains pays, on attend désespérément des touristes qui se font désirer, et qui ont déserté des lieux de villégiature autrefois très prisés. Dans d’autres, les habitants redoutent les hordes de touristes déchaînés qui vont déferler dans leurs rues, ressentis comme une véritable invasion, qu’ils ont de plus en plus de peine à supporter.

Dans la première catégorie, on trouve par exemple la Tunisie, boudée par les touristes, depuis qu’un jeune homme de 23 ans, en tenue de vacancier, a débarqué le 26 juin 2015 sur une plage de la station balnéaire de Port El-Kantaoui, près de Sousse, sa kalachnikov dissimulée dans un parasol. Il avait ensuite froidement abattu les touristes étrangers allongés sur la plage au bord de la mer, puis lancé une grenade autour de la piscine. L’attaque s’est soldée par 39 morts, dont 30 ressortissants anglais, et une quarantaine de blessés.

Depuis lors, la Tunisie a beaucoup renforcé la sécurité des lieux touristiques, et plus aucune attaque revendiquée par l’État islamique n’a été signalée – contrairement à plusieurs pays européens (France, Belgique, Angleterre, Allemagne). Reste que depuis cette date, les touristes ne sont jamais revenus. Et des milliers de personnes ont perdu leur job. En 2010, plus de 4 millions d’Européens étaient venus profiter du soleil tunisien durant leurs vacances.

Après la « révolution » et les attentats « terroristes », leur nombre a diminué de près de 70%. Le chômage, la crise économique, fragilisent encore davantage la démocratie naissante de la Tunisie, seule réussite des « printemps arabes ». Et les jeunes, désœuvrés, sans perspectives, risquent de se tourner encore davantage vers Daesh.

Alors que la Tunisie, la Turquie ou l’Égypte sont désertées par des touristes craignant d’être pris pour cibles d’attentats, les pays du Sud de l’Europe, eux, croulent sous un flot ininterrompu qui met leurs nerfs à rude épreuve. Des habitants de Barcelone en Espagne sont par exemple descendus dans la rue pour dénoncer cette véritable invasion qui ne leur laisse aucun répit, de jour comme de nuit.

De nombreux jeunes du nord de l’Europe choisissent cette destination pour se défouler au soleil, et ces fêtards ivres qui hurlent sous leurs fenêtres au milieu de la nuit ont eu raison du sens de l’hospitalité des Barcelonais. Le maire de Barcelone lui-même a tiré la sonnette d’alarme : sa ville n’est plus en mesure d’absorber les millions de touristes qui déferlent à toutes les périodes de l’année.

Deux exemples peut-être extrêmes, mais qui ont le mérite de poser quelques questions pertinentes, à l’heure où le tourisme continue à être présenté comme la panacée pour le développement des pays, notamment en Afrique. Des études ont en effet montré que de miser sur le tourisme pour le développement d’un pays  peut se révéler être un calcul hasardeux.

Les touristes sont connus pour leur volatilité ; et au moindre trouble, tel un essaim de criquets pèlerins, ils s’envolent vers d’autres cieux plus paisibles. Que deviennent alors les investissements faramineux consacrés aux infrastructures, aux luxueux complexes hôteliers, destinées aux touristes étrangers ?

D’autres études ont également montré que les retombées financières de l’industrie du tourisme atterrissent surtout dans les poches des grandes groupes internationaux qui gèrent hôtels et transports, ne laissant souvent pas grand’chose au pays hôte, qu’il s’agisse des caisses de l’État ou de créations d’emplois dignes de ce nom pour la population.

En revanche, les effets pervers - tels que le tourisme sexuel par exemple, ou l’accaparement d’eau dans des régions qui en manquent - sont eux, bien réels. La question qui se pose est donc de savoir si plutôt que de tout mettre en œuvre pour attirer des touristes étrangers qui risquent de fuir à la première alerte sanitaire, politique, économique, terroriste, il ne vaudrait pas mieux investir pour les gens du pays, afin qu’ils vivent bien et soient à l’aise dans leur propre pays.

Catherine Morand

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