Le plus vieux métier

mercredi, 04 décembre 2013 16:21

« Fermer les maisons closes, c’est plus qu’un crime, c’est un pléonasme. » Arletty

Une gauloiserie de plus ? Apparemment non. Il y a moins d’une semaine, les parlementaires français ont débattu en séance publique la proposition de loi contre le système prostitutionnel. Ce qu’il faut retenir, c’est la volonté de renforcer les droits des victimes du métier dont on dit qu’il serait le plus vieux au monde: la prostitution.

Pour faire court, le pouvoir législatif voudrait que la profession, bien souvent mise en réseau et contrôlée par des mafieux réduisant de pauvres femmes et hommes en esclavage déguisé, échappe à la coupe des macs (proxénètes) et ait des normes connues de tous. La future loi, comme on peut l’imaginer, fait couler beaucoup d’encre et de salive. Pour les uns, c’est encore un pavé lancé dans la mare du désamour (relevé par les sondages) des Gaulois pour le président Hollande.

L’assouvissement de fantasmes individuels relevant au pire de la psychiatrie, le Parlement ferait mieux de s’occuper des affaires publiques, s’employer à résoudre les questions liées au chômage, à la cherté de la vie, bref, à l’amélioration du quotidien des Français. En plus, tant que cela concerne deux partenaires majeurs et consentants, cela relève de la vie privée. Pour les autres, que des femmes ou des hommes offrent des services tarifés en échange de leurs charmes, il n’y pas d’objection à avoir là-dessus. Mais là où cela devient embêtant, c’est quand cette activité est exercée, non par choix, mais par pis-aller.

La présentation de travailleuses ou travailleurs du sexe comme des hommes indépendants et heureux, s’apparenterait pour eux, à une escroquerie morale et donc la loi est opportune.
Une loi plutôt intéressante Dans le fond, existe-t-il des relations non tarifées ou non intéressées ou non négociées? Un geste, un sourire, un poème, une orchidée, une maison, un coffret de musique, etc., ne nous disposent-ils pas à plus de sympathie pour l’autre ? Bien entendu, l’intérêt dont il est question ici n’est guère celui qui loge obligatoirement dans les portefeuilles. Nous nous laissons toujours captiver par quelque chose. Notre intérêt est suscité ne serait-ce que par une petite attention même si l’idéal serait d’être comme la fleur de Silésius qui nous avise que « la rose est sans pourquoi, elle fleurit pour fleurir ».

Pour revenir à notre sujet, il faut dire que la prostitution soulève plusieurs questions ; et si nous la considérons à partir du péché de luxure, alors, comment ne pas la percevoir comme marchandisation du corps humain, fantasme autour de l’anatomie (seins, sexe, pieds, fesses) et en définitive comme une misère sexuelle et morale, comme une indignité ? Mais en même temps, comment ‘’lutter’’ contre cela quand dans une époque aux ‘’pensées fast-food’’ (vite faites et souvent mal faites), la drague ressemble à un jeu incertain et à une perte de temps ? Il est fréquent de voir des personnes s’imaginer qu’une invitation au cinéma du coin ou au restaurant suffit pour bénéficier, nécessairement, d’une faveur sexuelle en retour. Ainsi, pour certains, la crainte d’un échec sentimental se résout dans les bras d’une prostituée et non pas dans le divan du psy.

Je pense que cette loi qui se propose de pénaliser les clients revient en réalité à les responsabiliser et à renforcer la protection des victimes de traite des êtres humaines est intéressante. Elle ambitionne en réalité d’apporter de l’aide et une protection aux professionnels du sexe, tout en sévissant dans le milieu des entremetteurs qui s’enrichissent sur le corps des autres. Pour le reste, le vrai défi sera de lutter contre les dégâts annexes comme les infections sexuellement transmissibles et la pandémie du siècle: le Vih/Sida.

Par OUMOU D.
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