Le mandat de l’assainissement

Le mandat de l’assainissement

mardi, 03 novembre 2015 14:32
Le mandat de l’assainissement Crédits: DR

« Il vient une heure où protester ne suffit plus: après la philosophie, il faut l’action. » Victor Hugo (Les Misérables)

Le mandat de l’assainissement

Il est des mots qui sont des programmes. Il est des slogans si concis et si riches qu’ils semblent condenser une infinité de significations en une unité minimale d’espace et de temps. Le concept de l’Ivoirien nouveau, thème de campagne du Président élu, Alassane Ouattara, est de ceux-là. Mais, comme la profondeur d’une formule ne garantit pas sa compréhension, comment peut-on déchiffrer ce citoyen nouveau qui doit se manifester maintenant que nous en sommes au décollage pour l’émergence en 2020 ?

À écouter les uns et les autres, nous sommes tous conscients qu’il faut sortir du culte de la permissivité, du pardon à tout-va,  pour faire place au droit qui régit toute société. Nous sommes tous d’avis que, si nous voulons voir la Côte d’Ivoire se classer parmi les nations où il fait bon vivre, nous devons tous fournir plus d’efforts pour y parvenir. Et comprendre que certaines priorités doivent être considérées comme telles si nous voulons voir réellement l’Ivoirien nouveau (entendu comme le citoyen modèle) prospérer dans notre société.

Et donc ce slogan d’Ivoirien nouveau doit devenir notre concept, donc faire école. Ah, école, ai-je dit ! Que de cas malheureux d’école dans notre quotidien à corriger ! Prenons le lycée moderne Nangui Abrogoua et on pourrait y adjoindre aussi le lycée moderne Adjamé Harris, les groupes scolaires primaires Satigui Sangaré et Habitat dans la commune d’Adjamé. Ces établissements scolaires et le marché sont en compétition de décibels pour se faire entendre dans l’espace commun. Quand les commerçants crient pour vendre, les formateurs hurlent pour enseigner. Je rappelle que quand l’agrandissement des écoles fut envisagé, le marché aussi s’est mis concomitamment à grandir, grossir, tant et si bien qu’il a rejoint et même phagocyté ces écoles.

Sous le regard bienveillant de tous et surtout des autorités chargées d’éviter ce genre pittoresque de conflit d’intérêts. Depuis de nombreuses années, les élèves et pédagogues de ces écoles doivent s’accommoder des bruits du marché et accepter cette situation intenable comme ce qu’il y a de plus normal. Quel Ivoirien nouveau pourra-t-on construire dans ces lieux assourdissants de formation ?  Quels fondamentaux peut-on  faire assimiler aux citoyens nouveaux (en herbe) dans ces temples du bruit ? Certes, il y a environ une dizaine d’années, le meilleur élève de Côte d’Ivoire provenait du lycée moderne Nangui Abrogoua. Mais nous connaissons l’adage de l’unique hirondelle qui ne saurait faire à elle seule le printemps. Pour un génie de ces établissements-marchés, combien d’autres abandonnent à cause des conditions d’études inappropriées ? Combien d’Ivoiriens nouveaux pourraient être formés dans ces lieux ?

Comprendre le concept de l’Ivoirien nouveau revient à comprendre que ce citoyen n’adviendra pas à la suite d’une incantation mais bien à travers des actes concrets comme par exemple choisir entre l’école et le marché. La cohabitation ou plutôt la promiscuité entre les deux n’étant guère la chose la plus productive, il y a lieu d’assainir. Comme il faut assainir tant de compartiments de notre société, surtout les plus sensibles comme la santé, la justice, l’éducation, où le sentiment d’injustice plombe tous les efforts entrepris pour améliorer le quotidien des citoyens. Comprendre aussi l’idée de l’Ivoirien nouveau renvoie à retenir que c’est une œuvre collective de construction dans laquelle les mieux lotis de la société doivent être les premiers à montrer l’exemple ou à rendre leur tablier. Ce mandat du Président Ouattara en tenant compte de la définition qu’il nous a donnée de l’Ivoirien  nouveau devrait être le mandat de l’assainissement.

Par Oumou D.

Lu 2212 fois Dernière modification le mardi, 03 novembre 2015 15:01