Le magot des riches

Le magot des riches

lundi, 18 avril 2016 10:41
Le magot des riches Crédits: DR

Les riches ont la manie du secret. Ils gardent jalousement leur magot loin des regards du fisc. Ils savent tous les stratagèmes pour éviter de payer leur juste part d’impôts et, devenus hommes politiques de premier plan, ils acculent les pauvres gens, les trimbalant devant les tribunaux si nécessaire, pour réclamer des impôts exorbitants et parfois totalement injustes.  C’est sûr que leurs bouches ne se trouvent point là où est leur argent.

Le magot des riches

On savait que les riches ne badinaient point avec leur fortune. On savait aussi qu’ils cachaient la majeure partie de leur richesse dans les pays sûrs, comme la Suisse et le Luxembourg, qui savent fermer leurs bouches au nom du ‘’secret bancaire’’.  On savait que les paradis fiscaux étaient leur trouvaille pour échapper aux mailles du filet du fisc dans leurs pays respectifs.  Mais les ‘’Panama Papers’’ viennent de lever un autre coin de voile sur le secret qui entoure le magot des riches.

Beaucoup de leaders politiques, qui faisaient la leçon aux autres, tantôt en matière de démocratie, tantôt en matière de lutte contre la fraude fiscale, ont été déculottés par la révélation tonitruante des Panama Papers.  Certains d’entre eux ont été contraints à la démission, comme le Premier ministre islandais ; tandis que d’autres sont sous pression, tant on réclame leur démission à cor et à cri, comme David Cameron du Royaume-Uni.

On savait depuis bien longtemps que nombre de navires mafieux étaient immatriculés au Panama, ce petit pays latino-américain qui n’est pas très réputé pour la solidité de ses institutions, ni pour la rigueur de ses lois.  Mais jusqu’ici, on ne comprenait pas très bien pourquoi aucun dirigeant du monde dit civilisé ne pointait un doigt accusateur en direction de ce pays.  Le mystère vient d’être résolu avec la mise sur la place publique de leur sale besogne effectuée au Panama, loin des regards inquisiteurs des électeurs occidentaux.  Tous les pays sont touchés.  Dans des pays comme la France et le Royaume-Uni, 400 à 500 contribuables sont mis en l’index dans les Panama Papers.  En Côte d’Ivoire, un citoyen a été épinglé, comme au Nigeria, au Congo-Brazza et en Afrique du Sud.

Cependant, le cas Cameron fut des plus intéressants, car il était monté sur ses grands chevaux dès le début de son mandat, promettant de lutter contre les paradis fiscaux et la fraude fiscale en général, tandis qu’il détenait 5 000 parts dans la société financière de feu Ian Cameron, son père, société dénommée Blairmore Holdings et logée au Panama.  Il a d’abord clamé que ses finances étaient une affaire privée et, voyant que cette ligne de défense était intenable, il a fini par cracher le morceau.  Certes il avoue avoir liquidé ses parts dès janvier 2010, soit 4 mois avant les élections générales de mai 2010, lorsque les sondages le donnaient vainqueur devant le Premier ministre sortant, Gordon Brown.  Il aurait récolté £ 31 500 pour un placement initial de £12 000.

Les riches ont la manie du secret. Ils gardent jalousement leur magot loin des regards du fisc. Ils savent tous les stratagèmes pour éviter de payer leur juste part d’impôts et, devenus hommes politiques de premier plan, ils acculent les pauvres gens, les trimbalant devant les tribunaux si nécessaire, pour réclamer des impôts exorbitants et parfois totalement injustes.  C’est sûr que leurs bouches ne se trouvent point là où est leur argent.

Pour autant, les Panama Papers ne sont que la partie visible de l’iceberg. Si l’on pouvait étaler sur la toile planétaire le scandale des trésors cachés en Suisse, au Luxembourg, à Monaco, aux Bahamas et dans toutes les petites îles qui forment les paradis fiscaux, le scandale emporterait tous les régimes politiques qui gèrent le monde actuel.  Les États s’en frotteraient les mains et exigeraient des nantis des sommes faramineuses susceptibles d’épurer leurs dettes extérieures, et ce, uniquement au titre des impayés d’impôts.

Un tollé pareil n’est plus loin, depuis que Wikileaks a pu faire basculer dans le domaine public des millions de câbles diplomatiques américains, sans compter la bombe des Panama Papers.  Mossack Fonseca, j’en suis certain, pensait être à l’abri d’un tel déferlement de son secret bancaire.  Les autres, qui gardent jusqu’ici pareils secrets avec plus de succès, savent que leur tour de migraine n’est plus loin.  Un hackeur viendra bientôt à bout de leur forteresse de sécurité et dévoilera tous leurs manèges pour flouer les États de leur richesse.  Le prochain scandale de révélation est tout près de nous.

Par le Dr FAMAHAN SAMAKÉ

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