La terre est ronde !

jeudi, 29 août 2013 22:58

Un jour, deux lézards mâles, tenaillés par la faim, décident d’unir leurs dernières forces vitales, pour se lancer à la recherche d’un peu de nourriture. Le risque est grand, considérant la méchanceté des hommes.

Mais le jeu en vaut la chandelle car leur existence même en dépend. Ils n’ont pas tort car, plus que l’effort, l’union et la synergie d’action triomphent de la peur et de l’adversité : “quand les mâchoires se rencontrent, dit le proverbe africain, elles brisent un os“. Nos deux alliés d’un jour, au retour du front de la faim, rapportent des victuailles en abondance. Mais, quand survient le moment du partage de la prise commune, surgissent les incompréhensions. On n’arrive pas à s’entendre sur la part que chacun devrait recevoir. On s’accuse hargneusement de gourmandise, de mauvaise foi, de trahison, et d’autres fétidités encore. La rupture est consommée. Nos deux partenaires s’empoignent rageusement. S’ensuit un combat sans merci qui dure toute la matinée. Un poussin qui assiste à cette scène insupportable court chercher secours auprès de son père, monsieur le Coq. Celui-ci lui rétorque fort affectueusement qu’il n’en a cure. Le poussin se dirige tout droit avec la rapidité de ses frêles pattes chez le père Sagadjigui. Il ne trouve auprès du Bélier qu’une oreille distraite. Pendant ce temps, sur le théâtre des hostilités, la guerre vire à l’apocalypse. Le poussin, horrifié, entend les beuglements d’un troupeau de bœufs non loin de là. Il y fonce et sollicite les bons offices ou, au pire, l’intervention musclée, du grand Taureau, le patriarche du clan.  Il est rabroué sans ménagement. A cet instant précis, notre poussin, atterré, jetant les yeux vers le village, voit des flammes s’élever au ciel. Dans leur acharnement à se détruire, nos deux complices devenus ennemis ont mis le feu à une toiture et le vent s’est chargé de transmettre les flammes dévastatrices à toutes les cases du village. Quand les villageois, alertés par les immenses volutes de fumée, reviennent des champs, tout est ruine et cendre. Le marabout du village est sollicité pour conjurer le mauvais sort. Il demande qu’à ses génies, l’on sacrifie le coq. Le coq est égorgé. Le sacrifice n’est pas accepté. Le marabout réclame le bélier. Le bélier est immolé. Les génies refusent et exigent le taureau pour apaiser leur colère. Le poussin s’approche du lieu du supplice et dit alors : « cela ne vous serait pas arrivé, chers aînés, si vous n’aviez pas affiché de l’indifférence devant cette guerre des lézards. Il était sage de se demander si ses retombées vous épargneraient. La vie est semblable à l’urine du dromadaire… »
Ce conte nous parle. Il nous dit que nous sommes différents, certes, mais que cela ne veut pas dire que chacun doit disposer de son petit monde bunkérisé et coupé du monde de l’autre comme par une barrière et une frontière infranchissables. Se comporter ainsi, c’est proprement être indifférent. Or, notre indifférence peut nous rattraper un jour. Les Bété disent : “lorsque l’œil pleure, le nez ne se réjouit pas“. Ce conte nous exhorte à la non-indifférence. A l’ingérence donc ? Sans doute ! L’ingérence a un fondement éthique, quand elle sert à faire triompher la Justice, non pas seulement comme loi sociale, mais surtout comme loi morale ou divine. C’est ainsi, par exemple, que le Roi Thésée d’Athènes décide d’aller en guerre contre Créon de Thèbes pour que celui-ci accepte d’accorder une sépulture à Etéocle qui, accusé de trahison, pour avoir osé prendre le glaive contre sa patrie, voyait ainsi interdire à son âme l’accès au monde des morts. Bien sûr, ma conscience me gourmanderait de ne pas reconnaître que toute ingérence a aussi des motivations politiques, faites de calculs utilitaristes fondés sur la préservation de notre utile-propre. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans un monde où les intérêts s’impliquent et s’imbriquent. C’est ainsi, par exemple, que la France et la Cedeao volent au secours du peuple malien. La solidarité est souvent la somme des particularités. Pas de “nous“ sans “je“ ! Nous sommes dans un monde où tout ce qui arrive collectivement nous concerne individuellement et, où tout ce qui nous arrive individuellement concerne la collectivité. Si tu es Riche, si tu es Puissant, si tu es Famille, si tu es Parti politique, si tu es Pays, ne fais pas comme le coq, le bélier ou le taureau. Ne dis jamais : “ce n’est pas mon affaire ! Je ne suis pas concerné !“ N’oublie jamais : la Terre est ronde ! Elle tourne ! Le mauvais chemin que tu traces aboutit toujours derrière ta case. La vie n’est qu’un écho. Ce que tu envoies te revient nécessairement. Ce que tu sèmes, tu le récoltes. Ce que tu donnes t’est rendu. Tout te reviendra tôt ou tard ! Tes bontés comme tes méchancetés ! Tes ingérences comme tes indifférences !

par le  Dr Yodé Simplice Dion  
 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.