La "Reine Pokou" est arrivée en Suisse

dimanche, 07 mai 2017 03:15
Véronique Tadjo et le compositeur Jérôme Berney, dans l'auditorium Stravinski à Montreux, avant le spectacle Reine Pokou. Tous deux souhaiteraient monter ce spectacle en Côte d'Ivoire   Véronique Tadjo et le compositeur Jérôme Berney, dans l'auditorium Stravinski à Montreux, avant le spectacle Reine Pokou. Tous deux souhaiteraient monter ce spectacle en Côte d'Ivoire Crédits: Arnaud Robert

Elle a également rappelé devant les étudiants de Christine Le Quellec - qui enseigne la littérature d’Afrique francophone à l’université de Lausanne - le contexte politique marqué par le concept d’ « ivoirité » dans lequel elle écrivit son livre...

La "Reine Pokou" est arrivée en Suisse

Ce vendredi 5 mai 2017 à Montreux, en Suisse, l’auditorium Stravinski était plein à craquer pour la seule et unique représentation de « Reine Pokou », magnifique spectacle musical mêlant jazz, musiques africaine et classique, chanté par des centaines de choristes, inspiré par le livre « Reine Pokou » de l’écrivaine ivoirienne Véronique Tadjo. Une création totale interprétée dans une salle mythique de 4000 places, où James Brown, B.B. King, Prince ou Stevie Wonder ont donné des concerts mémorables dans le cadre du Festival de Jazz de Montreux. Les milliers de billets mis en vente pour la « Reine Pokou » se sont arrachés comme des petites boules d’attiéké, et le spectacle affichait complet.

Toute création artistique est en soi un petit miracle, mais celle-ci particulièrement. Il y a 4 ans en effet, le jeune compositeur et batteur vaudois Jérôme Berney a eu un coup de cœur pour la saga de la reine Pokou, en lisant le livre du même nom signé par Véronique Tadjo. Il imagine alors un grand spectacle à partir de cette histoire bien connue en Côte d’Ivoire, aux accents universels, dont il écrirait la musique. Il contacte l’écrivaine ivoirienne, qui travaille et vit avec sa famille en Afrique du Sud, laquelle donne aussitôt son accord. Les deux vont alors travailler ensemble à distance, et ce n’est que lors du récent Salon du livre de Genève qu’ils se sont rencontrés « pour de vrai ».

Jérôme Berney n’a pas froid aux yeux. A preuve : c’est lui qui écrit la musique de la prochaine Fête des Vignerons de 2019, un spectacle grandiose qui a lieu chaque quart de siècle dans cette région de vignobles, et qui réunit des centaines de choristes et de figurants. Pour la Reine Pokou, il a également vu grand : le chœur d’Oratorio de Montreux a participé à la création, rejoint sur scène par différents chœurs d’élèves et de lycéens de la région, en tout quelque 250 choristes. A cela s’est ajouté un orchestre de jazz, ainsi que, pour les sonorités africaines, auxquelles Véronique Tado tenait beaucoup, le duo Kala Jula – composé du musicien malien Samba Diabaté et du Valaisan Vincent Zanetti, formé à la kora et au djembé par des grands maîtres, et l’un des rares étrangers à avoir été initié par la confrérie des dozos (donso) au Mali.

Quelques jours avant la représentation, Véronique Tadjo a pu assister à la répétition du final de « Reine Pokou » par une centaine de choristes, dirigés par le chef d’orchestre Yves Bugnon. Le compositeur Jérôme Berney avait convié à cette répétition le duo Kala Jula, dont les percussions firent onduler les choristes vaudois, qui tapaient des mains en cadence en scandant le nom de la reine baoulé Abraha Pokou. « On sent que tout le monde est libéré et que l’Afrique entre en vous », a lancé aux choristes l’écrivaine ivoirienne, visiblement émue de découvrir pour la première fois la musique composée par Jérôme Berney sur son récit.

Ce 5 mai, le puzzle s’est donc mis en place, et le spectacle fut grandiose, avec ces chœurs chantant d’une voix aiguë : « Pourquoi faut-il toujours que les femmes voient partir leurs fils ? ». Durant la semaine qui a précédé le spectacle, Véronique Tadjo a sillonné la Suisse francophone pour parler de son livre (Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 2005) ainsi que de la belle aventure de cette création musicale. « Cette légende a bercé mon enfance, et plus tard, en tant que mère, l’histoire de cette femme sacrifiant son fils unique pour sauver son peuple m’a à nouveau saisie », raconte-t-elle.

Elle a également rappelé devant les étudiants de Christine Le Quellec - qui enseigne la littérature d’Afrique francophone à l’université de Lausanne - le contexte politique marqué par le concept d’ « ivoirité » dans lequel elle écrivit son livre ; lequel illustre que la plupart des ethnies peuplant la Côte d’Ivoire, dont celle des Baoulés, sont venues d’« ailleurs ». Véronique Tadjo se partage aujourd’hui entre Londres où ses fils étudient, et la Côte d’Ivoire, où elle mène toujours à bien de beaux projets. Chapeau !

Catherine Morand

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