L’architecture d’Etat post-indépendance d’Abidjan à l’honneur

lundi, 04 septembre 2017 11:49

Avant Abidjan, la réalisatrice s’était déjà intéressée à l’identité architecturale d’autres villes, notamment celle de Johannesburg en Afrique du Sud

L’architecture d’Etat post-indépendance d’Abidjan à l’honneur

« Avant l’envol » est un film documentaire, qui donne à voir l’architecture monumentale et futuriste de bâtiments d’Etat, construits à Abidjan dans les années euphoriques et visionnaires de l’après-indépendance. Sa réalisatrice, Laurence Bonvin, l’a présenté récemment au Festival cinémas d’Afrique de Lausanne, en Suisse, après plusieurs autres rencontres cinématographiques internationale. Pratiquement pas de commentaires, ni de dialogues dans ce film d’une vingtaine de minutes. Mais une caméra qui nous emmène à la découverte de ces bâtiments majestueux et emblématiques d’Abidjan, sis pour la plupart dans les quartiers du Plateau et de Cocody :  la Caisse de Stabilisation, la Cité administrative, l’Hôtel Ivoire, l’Université de Cocody, ou encore l’Hôtel du District d’Abidjan, conçus par l’architecte français Henri Chomette, qui dessina aussi les plans de l’Immeuble des Finances, de la SGBCI (Société générale de Banques en Côte d’Ivoire) ou encore de l’immeuble Alpha 2000 qui abrite la SIB (Société ivoirienne de Banques).

Des plans fixes permettent de ressentir l’atmosphère des lieux, de voir comment les usagers s’approprient ces espaces, les utilisent, les transforment, y compris pour des usages informels et détournés. Dans le hall d’une entrée majestueuse, les rangs se forment pour prendre l’ascenseur, tandis qu’une employée d’une société de gardiennage ânonne les lettres d’un abécédaire. Les allées et venues des usagers des bâtiments administratifs deviennent une sorte de chorégraphie subtile, qui permet de sentir les rythmes parfois lents, parfois frénétiques, de la vie d’Abidjan.

Laurence Bonvin est originaire de Sierre en Valais (Suisse), et enseigne la photographie à l’ECAL, l’Ecole d’Art et de design de Lausanne, après avoir étudié la photographie à l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles en France. Pour la réalisation d’« Avant l’envol », elle a étroitement collaboré avec l’artiste-peintre et photographe sénégalais Cheikh Ndiaye, dont les œuvres ont été exposées à la galerie d’art Cécile Fakhoury d’Abidjan, et qui connaît bien la capitale économique ivoirienne. Dans un premier temps, ils s’étaient intéressés aux cinémas reconvertis en églises évangéliques, tel le cinéma « Liberté » d’Adjamé. Mais une fois sur place, ils ont décidé de changer de cap. « Nous nous sommes intéressés à l’architecture d’Etat de l’époque des indépendances, à la vision ambitieuse de cette époque, aux réalisations les plus emblématiques de la ville et à leur devenir actuel », explique-t-elle.

A Abidjan, elle retrouve aussi une amie très chère, Henrike Grohs, directrice de l’Institut Goethe, qui a soutenu le projet dès le départ. Elle figurera hélas parmi les victimes de l’attentat de Grand-Bassam du 13 mars 2016, et le film « Avant l’envol » est dédié à sa mémoire. « Elle est décédée pendant que je montais la dernière version du film. A chaque présentation, elle est très présente pour moi ; ce fut particulièrement le cas lors de la première internationale du film au festival de Berlin, sa ville natale», raconte Laurence Bonvin, émue.

Avant Abidjan, la réalisatrice s’était déjà intéressée à l’identité architecturale d’autres villes, notamment celle de Johannesburg en Afrique du Sud, où, armée de son appareil de photo, elle est partie à la recherche de ces paysages péri-urbains qui portent toujours les traces de l’histoire de ce pays. Il s’agit pour elle d’une démarche à long terme, qu’elle a également menée à Genève ou Istanbul. Un dernier mot concernant le choix des bâtiments à Abidjan ? « Nous avons par exemple choisi de filmer la patinoire et le casino de l’Hôtel Ivoire, qui fut un lieu public ouvert aux Abidjanais, qui venaient s’y détendre, et qui est devenu un espace privatisé, coupé de la ville, explique-t-elle. Un autre bâtiment emblématique de l’essor économique de la Côte d’Ivoire est l’immeuble de la Caistab, qui domine la lagune. On y trouve un mélange d’élégance et de monumentalité qui nous a séduits ». A quand une projection à Abidjan ? Affaire à suivre.

Catherine Morand

 

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