L’abbé et son bien-aimé

mardi, 06 octobre 2015 11:40
L’abbé et son bien-aimé Crédits: DR

« La sagesse des gens non amoureux qui trouvent qu’un homme d’esprit ne devrait être malheureux que pour une personne qui en valût la peine… revient à s’étonner qu’on daigne souffrir du choléra par le fait d’un être aussi petit que le bacille virgule » Marcel Proust.

L’abbé et son bien-aimé

Je le fais pour moi, pour ma communauté, pour l’Église » a dit le prêtre polonais dans une sorte de symétrie à l’éternel « au nom du père, du fils et du Saint-Esprit »  pour révéler à la face du monde son amour gay. Et, pour ne pas faire les choses à moitié, il a bien choisi le timing du coming out: à la veille du synode sur la famille à Rome, Krysztof Olaf Charamsa, 43 ans, flanqué de son brun d’amoureux, tout sourire, a avoué vivre en couple depuis un moment avec l’homme de sa vie.

En 2013, nouvellement élu Pape, François n’avait-il pas déclaré que « si une personne est homosexuelle et cherche vraiment le Seigneur, qui suis-je pour la juger ? » Deux petites années plus tard, Olaf Charamsa clame: « Mon coming out doit être un appel au synode pour que l’Eglise arrête ses actions paranoïaques à l’égard des minorités sexuelles (…) L’abstinence totale et une vie sans amour, n’est pas humaine.»

Le désormais ancien membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi (l’ex-Saint-Office, organisme romain chargé de veiller à la cohérence de la doctrine), le Vatican n’ayant pas tardé à sortir le mouton noir du troupeau pieux, aura ainsi tout le temps de vivre une vie très humaine faite de baisers et de gestes attendrissants devant les projecteurs, si le cœur lui en dit. Des prêtres qui auraient des amours cachées, la chronique en relate tous les jours. Mais des membres de la curie convoquant des conférences de presse et faisant des poses devant les  photographes, compagnon scotché au bras, ça ne court pas les paroisses.

L’homosexualité n’est que la cerise sur le gâteau car des « scoops »  présentant maîtresse et enfants  de certains hommes de Dieu sont classés aujourd’hui dans la rubrique des faits divers. Dans le Livre de la Genèse, la sexualité est présentée comme une bénédiction de Dieu car liée à la reproduction : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, il faut que je lui fasse une aide vis-à-vis de lui ».

L’adoption du célibat pour tous ceux qui avaient fait le choix de la prêtrise lors du Concile de Carthage, en 390, devait en réalité favoriser la disponibilité des ecclésiastiques. En outre, le célibat était vu comme une autre forme d’union à réaliser symboliquement avec Dieu. Le prêtre est ainsi appelé à marier spirituellement l’Eglise et à se consacrer à elle par le don exclusif de sa personne. D’où le vœu de célibat ou de chasteté pour les pasteurs qui sont dans des ordres. Maintenant qu’il a été vite affranchi de ses obligations par l’Eglise, Krysztof pourra vivre à la lumière du jour son grand amour avec son compagnon.

Mais face à la grande médiatisation de cette affaire somme toute personnelle, comment ne pas se souvenir d’Isaïe 42, 1-3 : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur (…) Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors (…) Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité? »

Il semble évident qu’il y a lieu de ne pas confondre la morale chrétienne et l’attitude tout aussi chrétienne de compréhension et de pardon qui ne remet bien entendu pas en cause l’exigence morale. Par exemple, le Christ a pardonné l’adultère mais ne l’a pas admis. Comme on peut comprendre qu’il ne faut pas livrer à la vindicte populaire les homosexuels  tout en sachant qu’il est peu probable, dans l’état actuel de l’église qu’elle  délivre un récépissé administratif sur lequel il pourrait être inscrit « autorisé à être gay ».

Par Oumou D.

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