Il fait bon être païen souvent !

mercredi, 08 janvier 2014 10:43

Les Anti-Balaka sont décidés à ‘’manger’’ les musulmans, à les casser, les annihiler. Les Séléka, eux, font une bouillie des chrétiens et les dépècent à la machette.

Anti-Balaka, Séléka, peut-être ont-ils tous besoin d’antilaleca’’ (potion magique version ivoirienne) pour guérir, eux qui ont divisé leur pays entre ka et ka, pour le transformer ensuite en pourriture. Lorsque les Africains pauvres, qui n’ont reçu aucune parcelle de la générosité et de la grâce divines, se battent au nom de Dieu ou sur la base de la différence de leur foi, il n’y a plus rien à espérer.

Ces temps-ci, il fait bon être païen en Centrafrique pour échapper à la stupidité des massacres. Et toujours cette interrogation : en quoi l’appartenance à des religions différentes doit-elle détruire nos nations, puisqu’aucune religion sur cette terre ne demande que les êtres humains s’entretuent ?

Dans les forêts denses centrafricaines où les voies de communication sont un lointain rêve, il y a peut-être des génocides commis dans le silence de la nature et dans l’ignorance des autres nations. Nos frères des campagnes sont certainement en train de régler, par le canal de Dieu, les rancunes qu’ils ont trop longtemps enfouies dans l’histoire terne de leur pays.

Nous qui avons connu et qui connaissons encore, dans notre pays, des ignominies similaires, devinons que l’allumette de la foi qui vient d’être allumée en Centrafrique décimera des contrées et des villages. Nul ne sera capable d’estimer les chiffres réels. Mais là-bas sous ces arbres touffus qui cacheront les secrets des tragédies, nos frères s’égorgeront à la machette rouillée afin que leurs adversaires sentent toute la douleur et l’atrocité de la mort lente que les yeux voient venir avec cynisme. Comme un écho, les rumeurs se répandront de hameaux en hameaux et de villages en villages, véhiculant des nouvelles vraies et fausses de parents et d’amis tués par l’autre camp et faisant enfler la haine. Alors, ne pouvant aller secourir leurs proches, les voisins se déporteront les uns sur les autres et s’entretueront, dans un combat par procuration.

Le combat des religions Il fait bon être païen souvent, d’échapper aux combats des religions afin de ne pas contrarier Dieu, lui qui a demandé que ses fils vivent en paix. Les païens, au moins, échapperont aux flèches empoisonnées et aux arcs virulents des Anti-Balaka et Séléka, vilains guerriers d’un autre âge. Quand excessif l’amour de Dieu par certains nous force à être tentés de ne pas aimer Dieu ! Derrière ce tableau de combats moyenâgeux, de petits politiciens escrocs se réjouiront de la naïveté de leurs concitoyens. Ils sortiront leurs calculettes et feront l’agrégation des bénéfices à tirer de ce ruissellement de sang des musulmans et des chrétiens idiots.

Les rues d’Abidjan étaient bondées de fêtards en fin d’année. Les routes sont pleines de vacanciers. Les lieux de réjouissance seront à leur capacité maximale. Mais là-bas, dans l’oubli du drame centrafricain, des enfants, des femmes, des vieillards, des malades, des handicapés, des hommes ont vu venir la nouvelle année, cachés derrière des buissons, sans eau ni nourriture. Pour eux, la nouvelle année qui a point ne sera que mauvais présage, car elle ressemblera à celles antérieures. Ils rejoueront notre drame à nous, en pire. Pensons à eux.

Par VINENT TOH BI IRIÉ