Grèce qui pleure, Portugal qui rit, mais chut...

samedi, 01 septembre 2018 14:25
Grèce qui pleure, Portugal qui rit, mais chut... Crédits: DR

La Grèce, le Portugal : deux pays du Sud de l’Europe, membres de l’Union européenne, mais qui ont suivi des voies diamétralement opposées pour sortir d’une crise économique profonde.

Aujourd’hui, la Grèce est officiellement sortie des plans d’aide du FMI, de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’Union européenne, la fameuse “troïka”. Mais le calvaire vécu depuis une dizaine d’années par la population est loin d’être terminé.

Dans le même temps, le Portugal, dont le gouvernement de gauche a refusé les mesures d’austérité exigées par le FMI, affiche une bien meilleure santé économique. Une réalité quelque peu embarrassante pour Bruxelles, Lisbonne ayant pris l’exact contre-pied du modèle économique imposé par la “troika” en échange de ses prêts. Le Portugal fait ainsi la démonstration qu’en dehors des recettes économiques - rigoureusement les mêmes que celles qui avaient été imposées aux pays africains dans les années 1990 - qui ont mis la Grèce à genoux, une autre voie est possible.

Après son élection en novembre 2015, pour relancer l’économie de son pays, le Premier ministre socialiste Antonio Costa (soutenu par l’ensemble des partis de gauche portugais et les écologistes) s’était donc empressé de faire exactement le contraire de ce qu’exigent le FMI et l’Union européenne de certains de ses Etats membres fortement endettés. Le nouveau gouvernement a aussitôt mis un terme au programme de privatisation des services publics et des infrastructures, mis en œuvre par la droite. Le salaire minimum a été augmenté, tout comme les pensions des retraités et les allocations familiales, tandis que les droits des travailleurs étaient renforcés.

Le résultat est spectaculaire : en l’espace de moins de trois ans, le Portugal - qui revient de loin - a réussi à résorber le chômage, faire revenir les investisseurs, réduire drastiquement son déficit budgétaire et à bénéficier d’une des meilleures croissances de la zone euro. Un “miracle” embarrassant pour Bruxelles et le FMI, qui ne lui font d’ailleurs guère de publicité, car à l’opposé aux recettes néo-libérales imposée à de nombreux pays, parmi lesquels la Grèce.

La Grèce justement. Sa “sortie de crise” a récemment été proclamée en grande pompe, les tams-tams de l’Union européenne ont résonné, à coups de déclarations tonitruantes. “La crise grecque s’achève ici, cette nuit. Nous sommes finalement arrivés au bout de ce chemin si long et si difficile”, a entonné le commissaire européen aux affaires économiques Pierre Moscovici.

Au-delà de la communication qui vise à convaincre que la méthode était la bonne, et qu’il n’y avait “pas d’autres alternatives”, le bilan de ces huit années pour la population grecque est pourtant dramatique ; et ressemble beaucoup à la situation des pays africains post-plans d’ajustement structurels dans les années 1990. Jugez plutôt : les salaires et les retraites ont baissé d’environ 40%, les budgets des secteurs de la santé et d’éducation ont été amputés de 40%, des milliers d’entreprises ont fermé, le chômage touche un quart de la population active, plus de 300’000 jeunes parmi les mieux formés ont quitté le pays à la recherche d’un emploi et 35% de la population vit en-dessous de la pauvreté. Pas vraiment de quoi crier victoire.

Pour obtenir de nouveaux prêts pour payer sa dette - qui demeure colossale - la Grèce a pourtant fait tout ce que la troika a exigé, qu’il s’agisse de privatisations, de baisses de salaires pour rendre le pays plus “compétitif”, etc. La totale. Résultat : le port commercial du Pirée est désormais la propriété de la Chine, les chemins de fer, les aéroports, la distribution de l’électricité et de l’eau ont été bradés à des multinationales, notamment allemandes et françaises qui ont fait d’excellentes affaires au passage. Tandis que la baisse des salaires et la fin des conventions collectives n’ont pas fait revenir les investisseurs. La Grèce importe désormais la quasi-totalité de ce qu’elle consomme et n’est plus maître de ses choix économiques ni de son développement, comme n’importe quel pays du “Tiers Monde”.

Catherine Morand

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