Grain de sel 3: Pourquoi alors sont-elles répudiées ?

mercredi, 29 mai 2019 18:54
Grain de sel 3: Pourquoi alors sont-elles répudiées ? Crédits: DR

La fête des mères célébrée dimanche a encore donné l’occasion de magnifier les femmes, après la journée internationale qui leur est dédiée le 8 mars.

Elles étaient au centre des festivités nationales, familiales et dans les églises et temples. Elles étaient couvertes de cadeaux mais aussi de paroles fortes, notamment des expressions laudatives du genre ‘’Bonne fête mère battante’’, ‘’douce mère’’, ‘’mère adorable’’…Tout cela pour reconnaître l’importance de la présence de la femme, de la mère dans la communauté, dans la famille. Tambours et clairons ont fait entendre leurs sons pour magnifier la donneuse de vie.

C’est bien beau cette reconnaissance. Mais qu’est-ce qui reste après ces célébrations grandioses ? Que devient la femme, la mère après que les tambours se sont tus ? A-t-elle réellement cette place importante que l’on lui reconnaît dans les discours au cours de ces célébrations ? Jouit-elle des prérogatives qu’on lui reconnaît sur papier, notamment la législation ? Jouit-elle de ses droits tels que définis dans la déclaration universelle des droits de l’homme (Article 1 : « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit ») et des lois nationales ? Apparemment non. Car, l’on remarque, de façon générale, que les célébrations de la femme se succèdent mais dans les faits, sa condition reste stagnante ou statique.

Malgré des avancées institutionnelles notables (création d’un ministère en charge des questions des femmes, de la famille et de l’enfant, droit au travail, droit à la santé, droit à l’éducation, droit au patrimoine, au foncier, nouveau code de la famille de 2012 qui parle de gestion conjointe …) presqu’arrachées à force de luttes acharnées des femmes pour plus de reconnaissance et de visibilité de leur condition, dans la pratique, elles restent victimes de flagrantes discriminations ; elles sont toujours victimes de toutes sortes d’abus et de violences ; elles sont sous représentées aux postes de décision dans l’administration publique et dans les entreprises privées.

Les femmes continuent, dans nos contrées, de subir des rituels barbares au nom de la tradition, d’être perçues comme des femmes au foyer, d’être mariées de force, de ne pas avoir la parole. Diantre ! Pourquoi elles sont alors toujours répudiées quand bien même tous les instruments législatifs leur reconnaissent des droits ? Pourquoi les femmes sont toujours infantilisées, diminuées et reléguées à des rôles de second plan devant tous ces mots honorifiques dont elles font l’objet pendant les célébrations ? La responsabilité est partagée par tous.

La femme, la première concernée, n’est souvent pas consciente qu’elle doit s’affirmer et prendre la place qui lui revient de droit dans la société. Les dirigeants qui suscitent et prennent les lois, restent perplexes dans l’application desdites lois. Le travail de sensibilisation doit continuer, peut-être avec plus d’ardeur par les femmes elles-mêmes mais aussi par les autorités compétentes ainsi que par la société civile. Car, il faut pouvoir changer les mentalités et adapter les mœurs au contexte actuel de modernité.

GERMAINE BONI