Facebook, à la vie, à la mort

lundi, 16 janvier 2017 09:40

Cela fait seulement quelques mois que je suis sur Facebook. Pour celles et ceux d’entre vous qui y êtes actifs depuis des années, ce réseau social fait partie de votre quotidien, et son usage s’est banalisé. Pour ce qui me concerne, je suis encore émerveillée par ce monde parallèle et ses incroyables possibilités. Emerveillée, mais effrayée aussi. Facebook, c’est tellement magique, que cela fait peur, comme un diable ou un sorcier, qui aurait « mangé » votre âme pour mieux vous posséder.

Comment aurions-nous pu imaginer, il y a quelques années seulement, une telle révolution ? Quiconque a des amis, parents, connaissances aux 4 coins du monde est aux anges : la proximité immédiate, en temps réel, fait désormais partie du quotidien. Mais aussi pour garder le contact avec des gens habitant dans la même ville. Faut-il d’ailleurs encore « perdre » son temps à se rencontrer en vrai, alors qu’un simple clic suffit pour partager ses états d’âme ?

Hier, sur mon mur, ce message : « Je n’avais jamais compris pourquoi les gens annonçaient la mort de leur mère sur Facebook. Aujourd’hui, je comprends ». Du coup, pluie de « yako », messages de condoléances et mots de réconfort, pour celui qui a perdu sa maman, et le partage. Le 3 janvier, le cinéaste genevois Jacob Berger rendait en ces termes un hommage à son père, sur sa page Facebook : « Mon père John est mort. Il est mort en écrivain: ni effrayé, ni téméraire, mais attentif, curieux, désireux de découvrir la suite de l'histoire. Je l'ai regardé, puis dessiné, sur son lit de mort. Jamais je n'avais imaginé qu'un cadavre puisse être si beau. Autant "à sa place", dans le temps suspendu. »

Oups… C’est qu’en parcourant son mur, il faut parfois être bien accroché : chocs émotionnels à tous les étages. Les annonces du décès d’une personne connue ou non, vous touchent forcément, surtout s’ils sont formulés en termes aussi profonds. On a alors le sentiment de pénétrer presque par infraction dans l’intimité de personnes qu’on connaît plus ou moins bien. C’en est presque gênant, mais rejoint aussi l’universel.

Mais Facebook, c’est aussi désormais l’endroit où chacun et chacune partage ses joies, photos à l’appui : un mariage, une naissance, une histoire d’amour, un voyage, un événement culturel. Ou encore des histoires drôles, décalées, qui vous arrachent un éclat de rire, y compris au bureau, où vous êtes censés travailler, et non pas vous égayer sur les réseaux sociaux… Et puis l’actualité chaude, brûlante, en temps réel…

Le fait d’être « amie » avec des gens que je connais ou non, mais dont j’apprécie l’univers, idem pour les sites d’information sur les sujets qui m’intéressent, tout cela finit par produire un mur passionnant, et donc très addictit. En comparaison, les journaux d’information paraissent bien fades, puisque beaucoup plus dilués. Résultat des courses : chacun d’entre nous est peu ou prou accro à Facebook, que nous cherchons à consulter en permanence, de manière compulsive, où que nous nous trouvions – à part quelques « sages » qui réussissent à se discipliner.

C’est ce que décrit parfaitement - mais aussi de manière terrifiante - le chanteur américain Moby dans son clip intitulé « Are you lost in the world like me ? ». La première fois que j’ai visionné ce dessin animé sur mon portable, j’étais dans le train. Un peu secouée, tellement il décrit bien l’addiction mondiale à Facebook, je lève les yeux, et autour de moi, le film continuait : chacun était rivé sur son mur, en train de liker comme un perdu…. Sorti en octobre 2016, ce clip a déjà été visionné plus de 4 millions de fois. Le site d’information Huffington Post avait titré : « Le clip de Moby va vous faire lâcher votre portable ». Sur ce coup-là, on peut dire que le Huff Post s’est bien planté. Il suffit de regarder autour de soi, et de se regarder soi-même dans un miroir : le smartphone est devenu un prolongement de notre bras, et nos doigts n’en finissent plus de « liker », à toutes les heures du jour ou de la nuit…

Catherine Morand

 

 

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