Et si nous acceptions franchement nos monarques ?

mercredi, 31 août 2016 11:08
Et si nous acceptions franchement nos  monarques ? Et si nous acceptions franchement nos monarques ? Crédits: DR

 « Le peuple est un souverain sans mémoire. Le pardon lui est aussi naturel que l’ingratitude. »

Louis Latzarus (La Politique)

Depuis le siècle des Lumières, la démocratie a été plébiscitée comme le mode d’administration des hommes le moins pernicieux. Les peuples ont battu et battent encore le pavé pour réclamer l’effectivité de ce mode de gérance. Parce qu’elle permettrait une plus grande liberté des uns et des autres et surtout une égalité de droits de tous, la démocratie est perçue comme la reine des modes de gouvernement des États.

J’ai la faiblesse de croire que ce qui a été abandonné par la modernité, c’est le principe divin, le fondement en Dieu du pouvoir et de la puissance. Sans plus, et encore. S’il est admis que la légitimité du souverain ne vient pas de Dieu mais d’une décision humaine, celle de passer le contrat qui donne naissance au corps social et au souverain, faisant du roi un serviteur éminent de l’État et un homme soumis à la loi, cette désacralisation de la fonction royale, acte de naissance de la modernité politique a gardé des cicatrices des temps moyenâgeux.

Qu’observons-nous surtout sur le continent africain ? La plupart de nos grands dirigeants  sont des souverains absolus à plein temps ou par intermittence. La démocratie ne marche pas en Afrique. Et même en faisant l’impasse sur l’intégrale des coups d’État (plus d’une centaine en un demi-siècle), les conflits nouveaux ou nouveaux conflits (vous choisirez ce qui sied) étayent que la démocratie est bien malmenée sur le continent. Entre antagonismes ethno-religieux, affrontements fratricides, crises postélectorales, et surtout les nombreuses victimes qui en font les frais, il me semble un peu court de rappeler les soubresauts que l’Europe et même l’Amérique ont connus avant d’assimiler les codes de la démocratie.

Souvent, la perception que nous avons du chef, c’est qu’il doit être le plus généreux. Un bon chef est un chef généreux. Nous voulons qu’il soit le plus courageux. Nous n’admettons pas qu’un chef soit veule. Nous voulons qu’il soit celui qui a le plus d’esprit, qui parle bien, qui a le sens de l’humour, qui est toujours sapé comme jamais, etc. Mais qui peut être cet homme ou cette femme remarquable au-dessus de tous si ce n’est un monarque, un roi ou une reine ? Nos chefs, toutes catégories confondues, l’ont bien compris, et pendant que nous rêvons encore démocratie en dessinant toujours le portrait-robot du souverain absolu, ils exercent sur nous cette souveraineté totale.

Combien sommes-nous en réalité à pouvoir dire au chef, même en usant de circonvolutions, qu’il gagnerait de temps en temps à descendre de ses échasses pour pouvoir ressentir un tant soit peu la rudesse des pesanteurs auxquelles sont astreints les plus humbles ? Et combien sont-ils, ces chefs qui font usage des conseils que des proches téméraires leur donnent ?

En tout lieu et en tout temps, les chefs ont toujours voulu être rois. Et si en Afrique, nous convenions de leur attribuer le statut de démiurge dont ils s’affublent dans tous les cas, ne serions-nous pas moins tristes ? Certains pourraient lire là une apologie de la tyrannie; il n’en est rien. Je présume que si nos chefs ont tous les pouvoirs, ils pourraient en être blasés et se montrer enfin soucieux du bien-être de la masse ; étant à l’abri absolu du désir d’avoir toujours plus de pouvoir, ils  pourraient vraiment songer à rendre le peuple moins malheureux. Ils pourraient…un temps au conditionnel. À condition de comprendre que faire de la politique revient en réalité à donner du sens à l’espoir d’un lendemain meilleur pour le plus grand nombre.

Par Oumou D.

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