Élections, yako !

Élections, yako !

samedi, 12 janvier 2019 19:20

Les rebondissements à répétition qui émaillent jusqu’à aujourd’hui les élections présidentielles en République démocratique du Congo n’échappent hélas pas à la règle.

Élections, yako !

La plupart des élections sur le continent africain donnent à voir des scènes similaires : les électeurs et électrices parcourent courageusement des kilomètres ou attendent pendant des heures sous le soleil, la pluie, pour pouvoir accomplir leur devoir de citoyen, avec gravité.

À chaque fois, ces hommes et ces femmes prennent au sérieux leur devoir électoral, sont remplis d’espoir, rêvent d’un avenir meilleur, avec, à la tête de leur pays, une équipe dirigeante moins avide et prédatrice que la précédente. Las. Si les électeurs jouent le jeu, on ne peut souvent pas en dire autant de l’équipe sortante, qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour rester aux affaires; tandis qu’en face, les candidats à sa succession sont prêts à tout pour accéder à la magistrature suprême. Dans chaque camp, le plus souvent, tous les coups sont permis: l’achat de voix;  la réquisition de jeunes désoeuvrés pour battre campagne en échange de quelques billets, un tricot ou une casquette; le bourrage des urnes; ou encore le financement de “gros bras” pour mener des opérations commandos destinées à “mélanger” le processus électoral.

Même si le pays connaît des tensions, a vécu des heures sombres, rien n’entame l’ardeur des politiciens pour se maintenir coûte que coûte au sommet de l’État, transmettre les rênes à un dauphin adoubé; ou si on n’a pas encore goûté au miel du pouvoir, y accéder à tout prix. Quitte à (re)plonger le pays dans le chaos.

Les rebondissements à répétition qui émaillent jusqu’à aujourd’hui les élections présidentielles en République démocratique du Congo n’échappent hélas pas à la règle. Un véritable feuilleton, qui ne s’achève pas, loin de là, avec la proclamation des résultats, aussitôt contestés.

Une nouvelle fois, les populations, qui ont joué le jeu, la société civile, qui lutte avec courage en faveur d’élections justes et transparentes, sont roulées dans la farine. Aucune pitié pour leurs compatriotes de la part de la classe politique congolaise. Oubliées les années de guerre civile, les millions de morts d’une guerre sans fin dans la foulée du génocide rwandais. Aucune volonté de faire en sorte que ces premières élections “démocratiques” soient véritablement exemplaires, dans ce pays martyre, qui a connu tant d’épisodes dramatiques et sanglants depuis son indépendance.

Pourquoi les pays africains ne parviennent-ils pas à organiser des élections “apaisées”, dont les résultats seraient acceptés et reconnus par l’ensemble des parties et de la population ? À chaque scrutin, cette question fait couler beaucoup d’encre et de salive. Les explications ne varient guère, relevons : un exercice du pouvoir qui génère des fortunes colossales pour celles et ceux qui l’incarnent; des partis politiques formés sur une base ethnique, pour lesquels la perte du pouvoir s’accompagne de la fin d’avantages pour l’ensemble de la communauté; les interférences extérieures, politiques et économiques, qui perturbent le jeu démocratique; la grande précarité dans laquelle vit la majorité de la population, qui facilite les achats de voix et les “tripatouillages” en tous genres.

Au vu des tensions voire des troubles qu’elles génèrent, de leurs coûts pour le pays et la “communauté inernationale”, l’organisation régulières d’élections municipales, régionales et présidentielles sont-elles adaptées aux réalités des pays africains ? Cette question revient régulièrement sur le devant de la scène. Elle pose cependant problème : en quoi les pays africains seraient-ils différents des autres nations de la planète ?

C’est que le vote des citoyens et citoyennes pour élire leurs représentants demeure pour l’instant le moins mauvais système pour tenter de se prémunir des présidences à vie, de la prédation et des dérives autoritaires. Même si, sous toutes les latitudes, des dévoiements resurgissent sans cesse, qui nécessitent de toujours remettre l’ouvrage sur le métier. Comme le font sans se décourager les tisserands de Bassam ou de Korhogo.

Catherine Morand

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