Djihadisme et médias

lundi, 22 août 2016 16:07
Djihadisme et médias Crédits: DR

« On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves, c’est faire injure à ces derniers. »  Fiodor Dostoïevski

Djihadisme et médias

Que mettre avec certitude sur la fiche signalétique des petits génies de la djihadosphère ? En réalité peu de choses fiables. Embarqués dans la spirale de la violence suicidaire, ces petits qui ont réussi à faire perdre le sommeil à tous les sécurocrates du monde, et nous avec, sont des mutants. Avant, et l’on situerait aujourd’hui cette période au Moyen-âge, le terroriste se réclamant de l’islam avait la gueule de l’emploi. Ceux qui par exemple avaient fait de l’Algérie un pays où chaque jour il fallait se promener avec son linceul étaient des barbus.

Exhibant fièrement des mentons velus, vociférant des versets coraniques à tout va et aboyant le nom d’Allah, ils étaient repérables à mille lieues. Petits brigands repentis avec l’aide d’un ‘’grand frère’’ en prison, ces ratés de la société normale voulaient se racheter via la case tuerie en masse d’innocents pour mériter Al Jannah, le paradis.

Les Algériens se souviennent particulièrement de l’année 1997 comme « l’apothéose du sang et de l’horreur ». « En tout, près de 4000 personnes (chiffre approximatif) furent massacrées à coups de haches, de couteaux et d’explosifs. Parmi elles, se trouvaient près de 100 nourrissons et des centaines d’enfants. Les bébés ont été parfois brûlés, cuits dans des fours, écartelés et coupés en deux, ou encore éclatés sur les murs ».  Oui, le monde se souvient avec effroi des massacres de Bentalha, Béni Messous et El Raïs.

Les images d’une grande partie de ces carnages furent diffusées et l’on imagine bien le choc que cela a causé et contribué à la détestation des assassins. Aujourd’hui, la diffusion des images des crimes fait débat.

Faut-il ou non montrer les exploits des génies de l’horreur ? On remarquera que les organisations du crime et leurs succursales ont  développé un vrai arsenal de communication avec agence de presse, magazines, reportages vidéo, sites internet, etc., et ils sont beaucoup suivis. De la photo d’une décapitation à l’apologie du terrorisme le plus spectaculaire, en passant par les références culturelles et les controverses théologiques, les supports de Daech par exemple abondent et font de la propagande.

A contrario, on relèvera aussi que les médias, propulsés de plus en plus sur des scènes terroristes, comprennent qu’ils ne peuvent plus faire l’économie d’une réflexion et se contenter de balancer des informations et des images à temps réel. Mais le fait est qu’à l’heure des réseaux sociaux, entre la possibilité d’offrir un moment de ‘’gloire’’ posthume au tueur et le respect de la douleur des familles des victimes, se posent des questions de déontologie, de bonne conscience ou d’autocensure.

Je suis de ceux qui pensent que parler, écrire, dessiner, sont des actes qui engagent. Et qu’en tant que tel, il est de notre devoir de savoir montrer l’horreur à équidistance du voyeurisme et de l’omerta. Quand il y a eu l’attentat de Grand-Bassam, à Fraternité Matin, nous avons décidé de ne pas étaler les images du massacre. Des confrères l’ont fait et ont semble-t-il été très vendus.

Nombreux, manifestement, sont ceux qui aiment le sang. Il faudrait sans doute que nous puissions nous poser maintenant des questions. Qu’ils aient une tronche d’ange ou une tête d’abruti, y a-t-il  au fond une raison objective d’étaler des photos de scènes de crimes et les visages de ceux qui sèment la mort? Nous savons tous que le profil type du djihadiste est de plus en plus flou. Il est comme monsieur ou madame tout le monde, bien de son temps, le voisin aimable, le beau gosse branché qui se saoule la gueule ou la demoiselle qui patine à ses heures perdues. Faut-il leur offrir les gros titres de nos journaux ?

Par Oumou D.

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