Diplomatiquement incorrect: Juste après la sorcellerie, la politique

jeudi, 25 juillet 2013 17:11

Pourquoi l’Afrique accuse-t-elle un retard aussi important sur le reste du monde, en termes de développement économique et social ? Les réponses à cette question sont multiples, et continuent d’alimenter la réflexion, en Afrique et ailleurs. D’aucuns, surtout en Occident, pointent l’incapacité supposée des Africains à se gérer par eux-mêmes. D’autres accusent l’esclavage et la colonisation, le Fmi, la banque mondiale…

Sur le continent africain, peu d’ouvrages le disent, mais la chose se raconte partout : la sorcellerie est à la base de nos problèmes. Des cadres refuseraient ainsi de se rendre dans leurs villages pour y investir, de peur de voir leur âme mangée par de sinistres sorciers à l’appétit insatiable. Si la sorcellerie est un fléau reconnu, il en est un autre que l’on oublie souvent mais dont les effets sont autrement ravageurs : c’est la politique.

Oui, le plus grand fléau en Afrique, c’est bien la politique. Tout le monde veut faire de la politique. L’étudiant encore sur les bancs de la fac veut devenir ministre, les agents administratifs organisent leur vie autour de la même ambition. Avec la libéralisation de l’espace politique sur le continent, il y a une vingtaine d’années, les ambitions politiques ne se limitent plus à la sphère gouvernementale. Tout le monde veut devenir Président de la République. Pour quoi faire ? C’est là où le bât blesse. 

Une multitude de partis politiques a vu le jour, dans pratiquement tous les pays du continent. Les analystes politiques s’en sont réjouis, y décelant des signes de vitalité démocratique annonciateurs de lendemains meilleurs. Or, quel constat en faisons-nous, aujourd’hui ?

L’inflation des partis politiques s’est rarement accompagnée d’une modernité politique. Elle a accouché, au contraire, d’une véritable anarchie. Et la mobilisation populaire que cette floraison était censée susciter a progressivement provoqué un désenchantement général des populations. Au Bénin, pays de quelque 6 millions d’âmes, l’on dénombre plus de 150 partis politiques. Et plus il s’en crée, moins les élections mobilisent. Au Cameroun, on dénombre environ 300 formations politiques, dont moins d’une dizaine sont en mesure de peser sur l’évolution du pays. C’est pareil en république démocratique du Congo : plus de 400 partis politiques dont 90% au moins sont inconnus de la population.

Les dénominations de nombre de ces groupements prêtent parfois à sourire : Union nationale pour l’intégration vers la solidarité ; Mission absolue et suprême ; Parti d’amour, de foi et d’espérance ; Mouvement des masses pour le travail ; Parti bolchevik du Burkina, etc. 

Tous ceux qui ont eu l’outrecuidance de douter de l’utilité de ces centaines de partis politiques dans des pays où il y a manifestement tant d’urgences à résoudre, ont été traités de nostalgiques du parti unique et traités comme tels. Il ne faut surtout pas s’aviser d’appeler à un assainissement du milieu politique. La démarche serait aussitôt combattue par les entrepreneurs politiques qui ont fait de la création de formations politiques leur principal fonds de commerce.

Il se trouve que, la plupart du temps, on crée un parti politique comme on ouvre une boutique. C’est d’abord un business que l’on s’emploie à rendre le plus lucratif possible. L’Etat a beau édicter des règles avantageuses pour inciter les citoyens à investir dans l’économie, à créer des Pme, des citoyens malins considèrent que le chemin le plus court  pour devenir riche, est d’accéder à des postes politiques. Lorsque le cadre ne parvient pas à s’imposer au sein de sa formation politique originelle, il s’en va créer son propre parti, généralement à l’approche des élections présidentielles. Il s’arrange pour faire le maximum de bruit. Il vilipende le régime en place pour se faire remarquer, puis, crée les conditions d’une négociation avec le pouvoir, pour rejoindre en grande pompe la « majorité présidentielle » et s’assurer un avenir. L’émiettement du champ politique africain n’est ainsi, rien d’autre, qu’une manifestation de ce que l’auteur J.F. Bayart nommait « la politique du ventre ». On crée un parti politique pour obtenir un ticket d’entrée dans le cercle où se partage « le gâteau national ». C’est pour cette raison que le phénomène de « la transhumance » politique est si généralisé. Les retournements de veste sont d’autant plus aisés, que ceux qui les opèrent ne sont arrimés à aucune idéologie ou conviction forte.

C’est cette mentalité qu’il s’agit de changer. L’Afrique se portera mieux lorsque ses élites investiront moins dans la création de micro-partis alimentaires, et davantage dans la création des Pme.

 

Valentin Mbougueng