Débats et opinions : " Avec de l’argent, on fait parler les morts…"

dimanche, 17 septembre 2017 22:32
Débats et opinions : " Avec de l’argent, on fait parler les morts…" Débats et opinions : " Avec de l’argent, on fait parler les morts…" Crédits: DR

« Avec de l’argent, on fait parler les morts ; sans argent, on ne peut pas faire taire les muets » Proverbe chinois

Un aîné de la presse africaine m’a  fait remarquer, il y a peu, l’obsession de plus en plus grandissante de l’argent chez les Africains. Obsession qui fausse les relations humaines, corrompt la politique et détruit les liens familiaux. Je me promettais d’écrire encore sur le sujet et curieusement, trois faits récents ont achevé de me convaincre de l’acuité du thème.

Le vendredi dernier, je reçois un coup de fil à l’aube, juste après la prière de Fadjr. Celui qui m’appelle, d’un numéro portant l’indicatif d’un pays de la sous-région, dit s’appeler Cheick Hamallah. D’une voix monocorde et caverneuse, il dit être « hanté » par mon nom et mon numéro depuis une semaine qu’il est en kalwa (retraite spirituelle). Voici ses propos : « Ma fille Oumou, je suis Cheick Hamallah. J’ai plus de 70 ans et c’est la première fois que cela m’arrive. Depuis une semaine, je suis en kalwa pour un ministre et chaque fois que je prends mon chapelet, je vois ton nom inscrit en lettres d’or devant moi et ton numéro apparaît. Tu es une lolo mousso (femme chanceuse). Tu seras immensément riche bientôt, très bientôt. Tout dépend de toi. Et on croira même que c’est l’œuvre des génies, pourtant c’est Dieu, Dieu seul. Et bla bla bla… » En ce mois de Ramadan, l’illuminé n’a pas trouvé autre chose à psalmodier sur son chapelet que j’imagine kilométrique, que mon nom. Et j’ai été harcelée ainsi trois jours durant. Le fameux Cheick n’ayant pu me convaincre de ses dons a dû, je suppose, proposer ses visions prometteuses à d’autres personnes. Il me demandait de lui expédier une centaine de nos francs pour financer des cérémonies et sacrifices indispensables  à ma gloire future.

Deuxième mésaventure : je suis dans un taxi et au feu rouge, une jeune fille vient exhiber une photo à faire pleurer un rocher. L’image montre une gamine ensanglantée avec une jambe littéralement en pâté. « Ça s’est passé il y a trois jours à Abobo. Elle est au Chu de Cocody. Aidez-moi  tantie, sinon ma sœur va mourir » dit-elle. Le taximan a le réflexe de retourner la photo, elle est datée du 28 juin 2005. Sans vergogne, celle qui pleurait comme une Madeleine reprit son fonds de commerce et se dirigea vers d’autres automobilistes…

Ces comportements, et il y en a bien d’autres que ces colonnes ne suffiraient pas à lister,  illustrent l’immoralité  face aux gains faciles. Tout y passe ! L’arnaque téléphonique, la mendicité avec support pictural, la petite corruption clandestine et quotidienne dans l’administration, la cybercriminalité aux mains d’adolescents en mal de repères, séduits par le narcissisme et la prodigalité des nouveaux riches, et plus abominables, les sacrifices humains, les parricides en vue d’hériter, etc.

Les relations humaines se tissent aujourd’hui en fonction de la consistance du portefeuille et des comptes bancaires. La cellule familiale n’est pas en marge de cette obsession. Le chef de famille, dans de nombreux cas n’est plus le « menton velu et les talons rugueux », pour dire comme Hampâté Bâ, mais bien celui qui roule carrosse. En politique, il n’y a qu’à voir les transhumances et autres revirements spectaculaires pour savoir que là aussi, l’argent a la primauté sur n’importe quelle idéologie en ‘’isme’’. La conjoncture économique mondiale difficile que nous vivons et la cherté de la vie en Côte d’Ivoire ne sont  bien évidemment pas de nature à mettre un bémol à notre gloutonnerie de l’argent à tout prix. Derrière cette course effrénée à l’argent, cependant, il y a l’homme. Notre quotidien serait sans doute inimaginable sans ces espèces sonnantes et trébuchantes que nous utilisons, dépensons, économisons pour faciliter notre quotidien. Mais, l’argent ne devrait pas être l’étalon d’évaluation de notre vie, celui qui met un prix sur les valeurs  d’une existence digne.

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