Contez-moi la fête des mères

Contez-moi la fête des mères

mercredi, 01 juin 2016 14:19
Contez-moi la fête des mères Crédits: DR

Les boutiques ont refait leurs étals pour accueillir  de nouvelles marchandises pour l’occasion. La fête des mères, c’est aussi des opportunités commerciales à saisir. Je crois qu’en Côte d’Ivoire, ce genre de circonstances fait beaucoup plus la joie des commerçants que des personnes célébrées. Comme à l’accoutumée, toute la gent féminine a réclamé toutes les attentions, tous les regards et toutes les générosités.

Contez-moi la fête des mères

J’ai appelé en vain mon amie Anta le lundi 30 mai dernier. Elle n’a pas décroché. Le soir, elle m’a envoyé  un message pour m’exprimer tout son mécontentement : je ne lui ai pas souhaité bonne fête des mères, la veille, c’est-à-dire le dimanche 29 mai 2016. Pis encore, je ne lui ai pas envoyé de cadeaux ni de fleurs. Anta  est fâchée contre moi. Parce que moi, son ami, je ne lui ai pas souhaité une bonne fête des mamans, en lieu et place de ses enfants. Faites l’effort d’y comprendre quelque chose !

Il y a quelques années, des collègues féminines avaient fait bloc contre moi parce que je ne les avais pas comblées de cadeaux pendant la même fête. Le dimanche dernier, il s’est trouvé encore et toujours des flatteurs pour envoyer des messages de sympathie : « Je souhaite longue vie à ta mère qui a mis au monde un tel fils. Je lui souhaite une longue vie ».

L’expéditeur du message ne sait même pas que ma mère n’est plus de ce monde, tout comme les collègues féminines ne savent pas qu’une fête des mères peut être un grand moment de solitude et de tristesse pour d’autres personnes ayant perdu les leurs.

Les boutiques ont refait leurs étals pour accueillir  de nouvelles marchandises pour l’occasion. La fête des mères, c’est aussi des opportunités commerciales à saisir. Je crois qu’en Côte d’Ivoire, ce genre de circonstances fait beaucoup plus la joie des commerçants que des personnes célébrées. Comme à l’accoutumée, toute la gent féminine a réclamé toutes les attentions, tous les regards et toutes les générosités.

Les élus, maires ou députés, ont organisé de grandes cérémonies, à coups de dizaines de millions de francs pour offrir des babioles à nos mamans. Comme ils les aiment, nos chères mamans, cette source intarissable de voix électorales… à chacun son plaisir et son bonheur dans cette fête !

Il en a été ainsi le 8 mars dernier à l’occasion de la désormais institutionnelle Journée internationale de la Femme. Il en sera ainsi pendant la fête des pères. Les pères, ces pingres, il faut bien qu’à l’occasion de leurs fêtes à eux, ils fassent de magnanimes dons et cadeaux à nos mères encore ; n’est-ce pas grâce à elles qu’ils sont devenus pères ? Allez, petits avares de pères, apprêtez-vous  à vous débarrasser des billets encombrants de vos poches.

A force d’avoir mis autant l’accent sur le côté ludique et commercial des fêtes qui célèbrent la gent féminine, nous avons fini par oublier le sens de ces fêtes. Avons-nous pu discuter des solutions à apporter aux mères qui meurent en couches par centaines ? Avons-nous à l’occasion de la fête des mères pensé à ces mamans qui élèvent seules leurs enfants face aux difficultés de la vie ? Qu’ont retenu nos mères de chaque célébration ? En dehors des pagnes qu’elles recevront et qui seront très vite défraîchies, que garderont-elles comme leçon de la fête des mères ce 29 mai 2016 ?

Les dépenses agrégées de ces fêtes sur l’étendue du territoire national par des personnes ou des institutions s’évalueront à des milliards de francs, qui, s’ils étaient rationnellement dirigés vers de solides projets d’autonomisation rendraient des mères et leurs familles heureuses pour le restant de leurs vies. Elles nous seraient plus reconnaissantes que nos fleurs, nos mots flatteurs, nos cadeaux de bas niveau et nos sourires que les mères paieront cher le jour même ou après la fête. Elles méritent bien plus que ces attentions opportunistes et intéressées.

Bonne fête à toutes femmes, celles qui sont mamans et celles qui ne le sont pas, celles qui le seront et celles qui ne le seront jamais, celles qui vivent et celles qui sont dans l’au-delà.

Par VINCENT TOHBI IRIÉ 

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