Ces indices si têtus de sous-développement

jeudi, 26 septembre 2013 11:38

Le fait a sans doute semblé banal, mais je l’avoue, c’est une photo qui m’a heurté et continue de heurter ma sensibilité de critique et d’apôtre de la défense de l’enfant.

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Ces indices si têtus de sous-développement

A nos ministres, anciens, actuels et futurs. Fraternité Matin du lundi 23 septembre, p.10 Je lis : la ministre « Kandia Camara engage les élèves à la propreté dans les écoles ». L’article, bien enjolivé, est illustré par une photo de la ministre, donnant le coup de balai exemplaire.

Le fait a sans doute semblé banal, mais je l’avoue, c’est une photo qui m’a heurté et continue de heurter ma sensibilité de critique et d’apôtre de la défense de l’enfant. Pour dire vrai, cette photo a gâché toute ma journée du lundi, et j’ai mis sur son compte la poussée hypertensive que j’ai eue — oh ! Juste 14/9.

Observez bien la photo ‘‘criminelle’’: la ministre de l’Education nationale est au milieu d’une trentaine de gosses à qui elle entreprend d’inculquer les vertus de la salubrité. Vous y remarquerez la couche de poussière que dégagent ces coups de balai. Et alors ?, me répondriez-vous ?

Et alors, analyser bien l’image : la ministre porte un cache-nez ; mais les enfants, ces gosses fragiles (dont je situe l’âge entre huit et dix ans), aucun ! Ils ont pris toute cette couche nocive de poussière plein les poumons, les yeux, les oreilles, les habits. Dans un pays où la Première dame déploie des efforts immenses pour la protection de l’Enfant, reconnaissez-moi le droit d’exprimer le choc que j’ai reçu de voir cette scène atroce qui ferait pleurer Mme Dominique Ouattara !

Oh !, il ne me viendrait point à l’idée d’accuser Mme Camara (que je connais bien) d’avoir soumis des gosses à des actes de maltraitance. Je suis même certain qu’elle n’avait pas prévu de porter un cache nez sans penser à en faire porter aux gosses. Je suis surtout certain que le port de ce cache nez solitaire et voyant, trop voyant, est une mise en scène pensée sur place par quelque Chargé de missions, Chef de cabinet zélé, ou par le chef de l’établissement des lieux. Et c’est là que le fait me paraît grave.

Oui, il l’est, car il est symptomatique de l’entretien des insuffisances que les pays sous-développés traînent sur eux, comme un manteau de Nessus ! Au nombre de ces tares qui indiquent notre niveau de sous-développement, figurent, en bonne place, l’habitude de l’improvisation, la situation de l’Enfant, de la Femme, celle de l’Environnement et, par ricochet, l’indice de salubrité et de santé.

Enfants, on nous a appris, au village, comment balayer la cour sans soulever de couche de poussière : il suffit d’asperger d’une légère couche d’eau le sol ! Aujourd’hui, dans nos cités africaines, à Abidjan plus précisément, le spectacle de femmes balayant les rues et soulevant des nuages fous de poussière, est plus qu’affligeant : toute cette poussière vogue gaiment dans l’air, entre dans les maisons, se pose sur les aliments (pain, aloco, wonmi,  gbofloto et autres galettes) vendus à l’air libre, sans aucune protection. Sur ces aliments, prospèrent des bataillons de mouches noires qui se livrent à des ballets dégoûtants.

Au vu et su de tout le monde. Comme si nous n’avions pas de ministères de la Salubrité, ni de la Santé ! Et nos populations démunies, mal instruits des donnes modernes de la Santé, se nourrissent de ces mets infectés.

Et nos hôpitaux ne cessent d’enregistrer la recrudescence de la fièvre typhoïde. Et nos ministres ne cessent d’effectuer des missions à Genève, à Londres, en Israël, à Paris, etc., pour s’inspirer de… quoi au fait ?

Le coût de toutes ces missions suffirait à prendre et faire appliquer des solutions pratiques à toutes ces tares écœurantes que nous cultivons et qui signent l’échec de nos politiques endogènes.

Qu’est-ce qui empêche, par exemple, nos deux ministres de la Santé et de la Salubrité de prendre des mesures fermes et utiles afin que le balayage des voies publiques, ainsi que la vente de mets en bordure des routes, soient soumis à des règles de salubrité ?

Par exemple, tout met vendu dans les rues devra désormais être recouvert, sous peine de sanctions sévères !...

Non, l’exemple de la ministre de l’Education nationale, balayant un coin d’une cour de récréation en soulevant la poussière, n’est pas que médiatiquement erroné. Il est symptomatique d’un manque de didactique du développement et d’éducation des masses.

Or, il nous faut éduquer nos populations aux défis de l’émergence. Jeudi prochain : « Problématique de l’émergence : penser et construire un type de citoyen ».

 

Tirbuce Koffi