Brexit, so british…

mardi, 28 juin 2016 15:02
Brexit, so british… Crédits: DR

« Car comme il en a toujours été, c’est seulement à l’heure de la séparation que l’amour connaît sa propre profondeur. » Khalil Gibran

Brexit, so british…

En Europe, on ne digère pas la sortie cavalière. Les Britanniques ne sont pas aussi fauchés que les Grecs ni aussi petits que les Maltais et leurs 316 km2. Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord c’est ou plutôt c’était (eh oui, il va falloir apprendre à accorder les temps !) 15% du produit intérieur brut, autrement dit la deuxième puissance de l’Union européenne après l’Allemagne d’Angela Merkel. Alors toute la faune européenne gronde de fureur contre le Royaume qui se targue d’être uni et qui montre le mauvais exemple de la désunion. Parions 1 million de livres sterling que les décryptages sur ce qui est perçu comme un coup de Brutus et nos nombreux commentaires seront  aussi abondants que ceux faits lors de la chute du Mur de Berlin !

Dans le fond, les exclamations d’aujourd’hui couvrent ce pour quoi les Britanniques ont accepté d’adhérer à ‘’l’idée’’ d’une Europe forte et unie: le business,  le marché unique par lequel ils ont pu bâtir la City. C’est pour ce projet économique qu’ils sont entrés dans l’Union. En 2016, que voient-ils ? Une Europe qui n’en finit pas d’étaler ses oppositions sur la frayeur des migrations, la montée des populismes, la préférence nationale, la crise économique dans plusieurs états,  l’euroscepticisme, le doute des peuples, etc. Alors, de l’autre côté de la Manche, on a fredonné comme un certain cavalier solitaire le happy end : « I’m poor lonsome cowboy ». Le Royaume-Uni a quitté l’Europe sur un projet identitaire, so british…

Vu de l’Afrique, on a le sourire en coin. Le modèle européen, si tant est que l’on puisse parler d’un moule unique, à quoi ressemble-t-il ? L’union qui fait la force ne serait-elle que celle des portefeuilles ? Et bien qu’ayant rompu les amarres avec les 27 autres, le Parlement de Westminster donnera-t-il son accord à l’écosse pour qu’elle organise à son tour son propre référendum de maintien dans l’UE qui se traduirait par sa sortie du Royaume-Uni ?

Cette sécession serait en effet un pied de nez inadmissible pour le flegme anglais après que les Stuart eurent, un siècle durant, occupé le trône et après aussi les nombreuses guerres anglo-écossaises et leurs centaines de milliers de morts. On a vraiment le sourire en coin en imaginant la rue à Édimbourg ou à Londres battre le pavé et peut-être même provoquer des actes de violence pour cela. Comme en Casamance (Sénégal) ou dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Azawad (Mali) ou encore le Sahraoui.

Saprophyte ou ça profite ? À l’oreille on entend le même son et en France on fantasme côté Front national sur le Brexit comme une avancée pouvant permettre aux électeurs français de faire comme, c’est-à-dire voter pour le projet identitaire. On envisage  mal que Bruxelles, aussi souple que possible avec Pékin et Washington, décide d’imposer de nouveaux droits de douane à Londres, par humeur. L’enjeu le plus périlleux concerne les banques de la City qui pourraient perdre leur accès automatique à l’ensemble des marchés européens. Et là, ce qui a désuni pourrait réunir : money.

Par Oumou D.

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