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A nos frontières: " Des délimitations sujettes à des frictions susceptibles de dégénérer en conflits ouverts.

jeudi, 05 novembre 2015 10:50
A nos frontières: " Des délimitations sujettes à des frictions susceptibles de dégénérer en conflits ouverts. Crédits: DR

« Frontières. En géographie politique, ligne imaginaire entre deux nations, séparant les droits imaginaires de l'une des droits imaginaires de l'autre. » Ambrose Bierce  (Le Dictionnaire du diable)

A nos frontières

Au-delà des clivages idéologiques, la frontière est généralement perçue comme une construction humaine. Mais même si la représentation des bornages est largement influencée par la notion de frontières naturelles issues des montagnes et des lignes de partage des eaux, les délimitations sont encore aujourd’hui sujettes à des frictions, à des revendications, dont certaines sont susceptibles de dégénérer en conflits ouverts.

Le basculement de la Crimée dans le giron russe, les conflits récurrents dans la Corne de l’Afrique et même au Mali, sont la preuve que la question des frontières et de leur délimitation définitive alimente des conflits  et donne lieu à des affrontements. Et, malheureusement,  il n’est pas à exclure que l’on assiste encore à la résurgence de conflits territoriaux liés - ou non - aux richesses du sous-sol (l’impérialisme de Daech, les groupes armés dans l’Est de la Rdc, le conflit israélo-palestinien, etc.) à travers le monde.

En Afrique, on a souvent parlé de balkanisation du continent et dit que les « Blancs » (terme générique dédié aux colons) ont construit des États aux frontières artificielles sans tenir compte de la carte des ethnies. Bien évidemment avec une préméditation qui visait à conserver le pouvoir sur les « indigènes » et à être en mesure, même après la décolonisation, à voir les pays africains comme des excroissances ou des départements de l’Europe. Mais et si  les délimitations des états africains  avaient  été faites dans une optique de continuation  de la tutelle coloniale et non dans l’idée qu’un jour le colonisateur plierait définitivement bagage ?

Les conflits ethniques auxquels nous assistons et qui contribuent à émietter encore les pays africains (cas du Soudan du Sud, du Somaliland, par exemple)  quasiment un demi-siècle après le départ des « Blancs » auraient-ils eu lieu si les anciens maîtres n’avaient pas rejoint leurs pays ?  En forçant quelque peu le trait et en prenant au mot la thèse selon laquelle les conflits ethniques ont leurs racines dans le tracé arbitraire des frontières (héritées de la colonisation), on pourrait affirmer qu’aujourd’hui, ce qui importe c’est d’arriver à pouvoir comprendre le concept de nation. En pensant nation, en effet, on pourrait régler bien des conflits qui ont lieu au nom de la pureté ethnique ou tribale.

La nation englobant un spectre plus large que les spécificités claniques, elle répond avant tout au projet de « bien » vivre collectivement, en fonction des règles de justice et à rebours des positions absurdes où chacun traite l’autre de « sauvage », en miroir… alors qu’une conception réfléchie impliquerait de reconnaître la diversité des valeurs et des pratiques culturelles.

Le colonisateur a souvent utilisé le schéma ethnocentrique pour légitimer ses entreprises colonisatrices qui furent dans bien des cas dévastatrices. À nos frontières, il faut parcourir le chemin inverse. Au nom de la nation. Et pour la paix et la stabilité.

 Par oumou d.

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