• Accueil
  • Focus
  • Interview
  • Terence P. McCulley: ‘’ Il y a de plus en plus d’intérêt du secteur privé américain à investir en Côte d’Ivoire’’

Terence P. McCulley: ‘’ Il y a de plus en plus d’intérêt du secteur privé américain à investir en Côte d’Ivoire’’

jeudi, 11 août 2016 18:11
Terence P. McCulley: ‘’ Il y a de plus en plus d’intérêt du secteur privé américain à investir en Côte d’Ivoire’’ Terence P. McCulley: ‘’ Il y a de plus en plus d’intérêt du secteur privé américain à investir en Côte d’Ivoire’’ Crédits: Archives (DR)

Avant de quitter définitivement la Côte d’ivoire, où il a passé près de trois ans, l’ambassadeur des États-Unis en Côte d’Ivoire part non sans jeter un regard sur l’avenir ‘’radieux’’ de ce pays et sur la coopération bilatérale entre les deux pays, en plein essor.

Qu’avez-vous apporté de plus, dans la coopération bilatérale, déjà excellente, avec la Côte d’Ivoire ?

Comme j’ai dit lors de l’audience que m’a accordée le président de la République, Alassane Ouattara, les relations bilatérales entre la Côte d’Ivoire et les Etats-Unis d’Amérique sont au beau fixe. Je voudrais souligner que c’est un travail d’équipe. J’ai eu l’honneur et le privilège de diriger cette mission.

Depuis ces dernières années, nous avons apporté beaucoup à la Côte d’Ivoire. Dans un 1er temps, vous savez que nous sommes le 1er investisseur dans le secteur de  la santé, notamment avec le Pepfar, le programme de lutte contre le Vih-sida. Par ce programme, nous sauvons des vies surtout celles des populations les plus vulnérables dont les enfants et les orphelins, avec nos investissements. On a pu réduire la transmission du virus de mère à enfant. On a fait énormément de progrès pour renforcer la capacité du secteur sanitaire pour sauver des vies. Nous sommes très fier de ces investissements. Je voudrais ajouter que depuis mon arrivée, avec le programme de sécurité sanitaire mondial, nous avons même augmenté nos investissements dans ce secteur. Le soutien audit secteur est d’environ 150 millions de dollars Us par an, avec la participation de plusieurs agences américaines.

En matière de soutien au processus démocratique et à la consolidation de la démocratie, nous avons également beaucoup fait. Nous avons accompagné la Côte d’Ivoire tout au long du processus électoral de 2015 : assistance technique à la Commission électorale indépendante, assistance à la société civile. Nous travaillons également avec la justice, l’Assemblée nationale etc. Tout cela pour vous dire que nous essayons d’accompagner le gouvernement et le peuple ivoirien à consolider et promouvoir le processus démocratique en Côte d’Ivoire.

Depuis 2013, nous avons énormément travaillé avec le gouvernement ivoirien sur le Millenium challenge corporation (Mcc). La Côte d’Ivoire a reçu un programme Threshold en 2014 et en 2015, et le Conseil d’administration de Mcc a décidé que la Côte d’Ivoire est éligible pour un Programme Compact dont on est en train de négocier. Ce Compact va appuyer les projets d’infrastructures, le transport régional, le renforcement des capacités en matière de formation professionnelle. C’est donc un grand pas en avant et un grand pas dans la coopération avec les Etats-Unis d’Amérique.

Finalement, je peux dire que depuis un certain moment, il y a de plus en plus d’intérêt du secteur privé américain à investir en Côte d’Ivoire. C’est une priorité pour notre ambassade ; ce d’autant que nous sommes convaincus que la Côte d’Ivoire est devenue un pôle d’investissement important, non seulement en Côte d’Ivoire, mais c’est également une plateforme pour investir dans la sous-région. Voici, en quelque sorte, ce que nous avons essayé d’apporter durant notre mission.

Pour vous donner une idée des échanges, je vous dirai que le volume des échanges commerciaux et des investissements directs américains en Côte d’Ivoire se sont chiffrés à 1.41 milliards de dollar $ (1.29 milliard en échanges commerciaux et 112 millions  en investissements directs) en 2015. Soit une croissance de 5% depuis 2010, ou encore de 6% comparativement à 2008.   

Votre mission à Abidjan prend fin après trois ans passés en côte d’Ivoire. Quels changements avez-vous apporté durant ce temps ?

 J’ai marché dans les pas de mes prédécesseurs. Ce n’est pas une personne mais la politique d’un gouvernement. Je constate que depuis un certain moment, l’Afrique est devenue de plus en plus importante en matière de politique étrangère des Etats-Unis, comme destination pour des investissements en matière de santé, de démocratie et de bonne gouvernance etc. Je pense modestement y avoir apporté ma contribution.

Le fait que Barack Obama, le président américain, soit venu deux fois en Afrique sans venir en Côte d’Ivoire, n’est-il pas un échec personnel, quand on sait que chaque ambassadeur fait tout son possible pour une visite officielle de son Président dans le pays où il est en mission ?

Pas du tout. Nous avons eu un rythme d’activités qui s’accroit avec la visite d’investisseurs américains en 2014 pour participer au Forum investir en Côte d’Ivoire (Ici), conduit par un haut responsable du département d’Etat. Il y a eu une très forte délégation américaine à la prestation de serment du Président Alassane Ouattara, après son élection. Le Président Barack Obama est venu en Afrique pour renforcer son intérêt et celui de son gouvernement au continent africain. Je crois que la Côte d’Ivoire, à travers différents programmes et différentes initiatives que le Président Obama a lancés, a bien bénéficié.

Ces derniers temps, on déplore de nombreux noirs tués par des policiers blancs. Le racisme est-il en train de refaire surface aux Etats-Unis ?

C’est un problème pour lequel nous avons lutté depuis le début de notre indépendance. On a fait une guerre civile pour mettre fin à l’esclavage. Les noirs américains ont lutté pendant cent ans, pour réaliser leur droit civique. Pour les Etats-Unis d’Amérique, l’important est qu’il faut mettre l’accent sur les valeurs fondamentales qui doivent nous unir. Il faut qu’on débatte de nos différences et qu’on arrive aux solutions de manière pacifique, animé par le respect mutuel. C’est un problème pour n’importe quel pays démocratique. Ici en Côte d’Ivoire, vous avez connu aussi une guerre civile, une crise postélectorale. Ces questions montrent l’importance de promouvoir la réconciliation nationale avec un débat, un dialogue loyal, fraternel, républicain pour essayer d’arriver à des solutions pour mettre fin à ce genre d’incidents. Ce sont des questions pour lesquelles les Américains luttent tous les jours. Ce sont des problèmes qui sont amplifiés par les médias sociaux, les réseaux sociaux etc. La conclusion que je tire, est que les Américains dans leur ensemble souhaitent qu’il y ait un dialogue pacifique pour résoudre nos problèmes et pour faire avancer la démocratie et les relations entre les différentes communautés.

Excellence, l’Amérique a étonné le monde avec l’élection d’un noir à la Maison Blanche. Va-t-elle encore le faire en élisant une femme, en l’occurrence Hilary Clinton au soir du 8 novembre ?

 Il faut attendre le lendemain des élections, qui auront lieu le 8 novembre prochain. C’est déjà un moment historique qu’un de nos grands partis politiques, ait investi une femme pour briguer la magistrature suprême. On va voir. On a déjà des femmes qui ont été élues comme au Liberia, en Inde, en Grande Bretagne etc. Le fait qu’il y ait des femmes qui se présentent comme candidates, n’est pas nouveau. On va voir…ça va être une élection très serrée. Un  débat bien animé. Et c’est le peuple américain, dans sa sagesse, qui va trancher.

Qui allez-vous voter ?

(Rires) ; ça c’est privé. Bulletin secret !

Vous partez définitivement de la Côte d’Ivoire pour la retraite. Quel souvenir gardez-vous de ce pays ?

Je quitte la Côte d’ivoire avec un sentiment d’optimisme pour l’avenir de ce pays. Cela fait plus de trois décennies que je travaille sur le continent africain. Je vois qu’ici en Côte d’Ivoire, tellement de promesses, tellement de possibilités. Vous avez des ressources naturelles et humaines très impressionnantes. Un souvenir que je garde, c’est au moment de l’élection présidentielle en octobre dernier. Nous avons soutenu une plateforme ivoirienne pour observer cette élection, composée d’une quarantaine d’Ong ivoiriennes. J’ai tourné moi-même pour observer ladite élection. J’ai été très encouragé de voir les représentants de la société civile ivoirienne présente, sur place, dans les bureaux de vote, observant, faisant leur devoir civique. J’ai même visité le centre d’opérations de ce consortium d’Ong ivoiriennes et j’ai vu des jeunes, hommes et femmes, animés ce centre d’opérations. Ils étaient tellement engagés. Ils sont convaincus que le travail qu’ils faisaient, était important pour l’avenir de leur pays. A la fin de l’élection, la communauté internationale avait déclaré que c’était l’élection peut-être, la plus transparente de l’histoire de la Côte d’Ivoire. C’est bien que la communauté internationale se prononce, mais ce qui est plus important, c’est le peuple ivoirien, la société civile ivoirienne, ces jeunes des Ong, qui représentent l’avenir du pays, qui se prononcent sur la transparence des élections. Ça, c’est le plus important. C’est un souvenir que je vais garder en quittant ce beau pays. Je retiens aussi la beauté naturelle de la Côte d’Ivoire, l’accueil chaleureux que le peuple ivoirien m’a réservé ; sans oublier sa presse dynamique et un débat politique très riche ; même si les uns et les autres ne tombent pas d’accord sur chaque question. Je trouve que c’est un débat loyal et républicain et c’est impressionnant.

Qu’allez-vous faire de votre retraite, écrire des mémoires sur l’Afrique où vous avez passé plus de trente ans ?

Je ne sais. Je vais cultiver mon jardin (rires).

Je voudrais demander aux Ivoiriens d’être optimistes pour l’avenir de leur pays. S’ils participent à la construction de la Nation, ils vont y arriver et réaliser leurs espoirs de devenir un pays émergent à l’horizon 2020 et consolider leurs institutions pour que la Côte d’Ivoire retourne à sa situation naturelle, au centre de l’espace ouest-africain. S’ils travaillent, ils vont y arriver. ‘’Côte d’ivoire is back’’, c’est vrai, mais il faut continuer à lutter.

 

Interview réalisée par SYLVAIN NAMOYA

 

 

Read 1250 times Last modified on jeudi, 11 août 2016 18:20