• Accueil
  • Focus
  • Interview
  • Soro Mamadou (président de l’Afecam-CI): ‘’99% de nos membres ne savent pas les dangers et les maladies auxquels ils sont exposés’’

Soro Mamadou (président de l’Afecam-CI): ‘’99% de nos membres ne savent pas les dangers et les maladies auxquels ils sont exposés’’

mardi, 12 mars 2019 23:16
Soro Mamadou, président de l’Afecam-CI. Soro Mamadou, président de l’Afecam-CI. Crédits: Sébastien Kouassi

Dans cette interview, le patron de l’Association des ferrailleurs des casses modernes de Côte d’Ivoire, évoque les circuits des déchets électroniques et électriques, ainsi que les projets en cours pour les recycler de façon moderne.

Qu’est ce qui a suscité la mise sur pied de l’Association des ferrailleurs des casses modernes de Côte d’Ivoire ?

Il s’agit de promouvoir l’action sociale au sein de nos activités et gérer ensemble les problèmes que nous traversons, c’est un domaine informel. Il y a beaucoup de problèmes. Notre action ne se limite pas à ce que nous appelons les trois E, entendez par-là, équipements électriques et électroniques. Nous avons des branches qui font des métaux mécaniques, par exemple, le traitement des véhicules en fin de vie. Ce sont les responsables de l’Afecam-Ci qui ont créé la casse d’Abobo-Anador spécialisée en traitement de pièces détachées d’automobiles à la différence de celle d’ici (Marcory-Anoumabo) spécialisée dans le traitement des équipements électriques et électroniques…

D’où viennent ces équipements dont vous parlez ?

Les origines sont diverses. Il y en a que nous récupérons sur place et d’autres qui viennent de l’étranger. Concernant la récupération locale, nous avons des pisteurs qui sortent d’ici et qui sillonnent les quartiers pour faire la récupération de tout ce qui n’est pas en état de marche dans les foyers, tout ce qui est encombrant…Ventilateurs, congélateurs…Une fois qu’ils les ont, ils reviennent à la casse avec tout ça. Ici, il y a une organisation par spécialité. Il y a des experts en réparation des climatiseurs, en reconditionnement des chambres froides, des  Tv, etc.

La deuxième origine d’où nous trouvons ces équipements électriques et électroniques, c’est les importations. Il y a des importateurs qui viennent avec des conteneurs. Au dépotage, ils disent qu’ils vendent « non test ». Ce qui veut dire qu’ils vendent les appareils sans les tester. Si vous les achetez et qu’ils marchent, tant mieux, c’est votre chance.Mais, si ça ne marche pas, il est impossible de retourner l’appareil et espérer un remboursement ou un remplacement. Les gens trient ce qui est bon et il y en a qui restent en vrac et ne sachant où les mettre, l’importateur sollicite nos membres pour les acheter en gros. Quand ils achètent en gros, ils vont effectuer un tri pour voir ce qui peut être fait, s’ils peuvent les remettre en état de marche ou non.

Une fois que les équipements arrivent ici, que se passe-t-il ?

Les experts récupèrent selon leur domaine spécifique de compétence. Certains sont les spécialistes de ventilateurs, d’autres, ce sont les chambres froides, etc. Lorsqu’ils parviennent à refaire fonctionner ces appareils, ça devient un produit d’occasion qui est revendu.

Et lorsque vous ne parvenez pas à les remettre en bon état, que se passe-t-il ?

Dans ce cas, l’appareil est démantelé et on essaie de voir les éléments qui constituent le mécanisme. On récupère le cuivre, l’aluminium, le fer, le zinc, etc. Il y a des circuits de commercialisation pour ces différents métaux. Par exemple, le fer qu’on récupère ici se retrouve plus tard dans les aciéries pour être fondu. Ce qui devient par la suite, du fer à béton, des biellettes, etc. Si ce n’est pas recyclable, c’est mis à la poubelle. Nous ne jetons rien dans la lagune, nous avons une plage qui est très propre.

A combien achetez-vous ces équipements usagés que vous remettez en l’état ?

Il n’y a pas de prix fixe. Mais, quand on a acheté et qu’on a réussi à le remettre en bon état, on ne le revend pas au prix auquel on l’a acheté.

Vos membres sont-ils conscients de ce que les équipements qu’ils travaillent peuvent avoir un impact sur leur santé ?

On sait que cela a un impact sur la santé. Quand on prend les statuts et le règlement intérieur de l’Afecam-Ci, on se rend compte que c’est un sujet qui nous préoccupe. Surtout après les contacts que nous avons eus avec les experts, et qui nous ont permis de mettre en expérimentation notre Ong qu’on appelle « Expérience Vers 2025 » pour dire que d’ici 2025, on devrait arriver à sensibiliser nos membres sur les dangers qu’ils courent en manipulant ces objets. On peut attraper beaucoup de maladies. Il y a des éléments cancérigènes dans ces objets. On peut dire toutefois qu’il y a une prise de conscience dans ce sens. Mais, 99% de nos membres ne sont pas allés à l’école. Ce ne sont pas des intellectuels, ils ne savent pas le danger qu’ils courent. Le rôle de l’Afecam-Ci n’est pas de leur expliquer le danger qu’ils courent, mais de les organiser et de faire fructifier l’activité, et l’Ong qui viendra en appui aura pour rôle de sensibiliser tout le monde aux effets néfastes.

Jusqu’ici, il n’y a jamais eu de cas de maladie liée à cette activité ?

Même s’il y a des maladies, on ne peut pas dire avec certitude que c’est lié à nos activités. Il n’y a pas encore d’études sur l’impact de ces équipements au plan sanitaire.

Cette casse est située en bordure de lagune, des riverains ne vivent pas très loin ; en tenez-vous compte dans la gestion de cette casse pour éviter les pollutions et nuisances qui pourraient survenir ?

C’est une casse spécifique. 26 000 m2 dans un enclos. Le démantèlement qui se passe ici, montre que les objets ne sont pas incinérés à ciel ouvert. Cette casse est comme un atelier où on démantèle, où on fait des tris, et on essaie de mettre les objets dans un circuit de commercialisation et dans un système de recyclage. Mais, on remet des machines en l’état qu’on revend. Il y a ici des chambres froides, des cuisinières, etc. qu’on revend…C’est dommage que des équipements électriques et électroniques qui ne sont pas en état de marche se retrouvent à Adjamé Mirador. Il y a la convention de Bâle, ainsi que celle de Bamako qui régulent les mouvements transfrontaliers de ces équipements. Ce qui n’est pas en état de marche ne devrait pas quitter l’Europe pour arriver ici. Une structure devait se rassurer depuis l’Europe que tous les équipements sont en état de marche avant d’embarquer.

Vous disiez tout à l’heure que les équipements non utilisables sont incinérés. Où sont-ils incinérés ?

Un espace a été aménagé pour cela. Mais,  nous récupérons entre 60 et 70% des matières et le reste se retrouve dans les bacs à ordures et est transporté à la décharge.

L’Afecam-Ci a-t-elle des projets de revalorisation de ces équipements ?

Oui. Nous avons des projets pour moderniser la gestion de ces équipements. Nous sommes en discussions avec certains partenaires pour aller jusqu’à la transformation des déchets en produits finis tels que les piles et accumulateurs, ou les batteries par exemple. Nous avons une section à Yopougon. Là-bas, les « ferrailleurs » récupèrent tout ce qui est batterie. Ils cassent, ils  séparent les éléments constitutifs et ils envoient à l’étranger. C’est un circuit de revalorisation des déchets. Nous sommes en discussion avec certains partenaires pour voir s’ils peuvent transformer tout cela sur place. Si c’est transformé sur place, la valeur marchande va augmenter. Il y a quelques années, nous avons reçu un entrepreneur ivoirien vivant en France et les discussions sont bien avancées avec lui…Il y a également le ministère de l’Environnement qui vient en appui avec la Société africaine de recyclage. Elle est en train de faire des études pour le recyclage des déchets sur place.

Propos recueillis par
Francis Kouamé et Valentin Mbougueng

Read 125 times Last modified on mardi, 12 mars 2019 23:54