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Shinichi Kitaoka: ‘’Notre pays accorde une importance particulière à l'Agenda 2063 de l’Union africaine’’

jeudi, 18 juillet 2019 17:06
Le président de l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), Shinichi Kitaoka Le président de l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), Shinichi Kitaoka Crédits: DR

Le président de l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), Shinichi Kitaoka, principal organisateur du voyage de presse du 30 juin au 12 juillet, a réaffirmé à ses hôtes la volonté du gouvernement japonais de renforcer sa coopération avec le monde et particulièrement avec le continent africain.

Ces derniers temps, des pays africains ont connu l'instabilité politique et le terrorisme. Ces phénomènes peuvent-ils amener la JICA à repenser sa stratégie de coopération avec l’Afrique ?

Les différentes interventions de la Jica visent la consolidation de la paix, la construction d'une société en sécurité. La paix et la stabilité sont les conditions préalables et les fondations importantes pour la croissance et le développement d’un pays. Il est nécessaire de nouer le maximum de coopération tout en assurant la sécurité. La JICA accorde une grande importance à la gestion de sécurité du personnel de terrain. La preuve, au Soudan du Sud, les projets se sont poursuivis en dépit de la situation difficile qui y prévaut.

Comment les interventions du Japon s'alignent-elles avec l'Agenda de l'Union africaine et des plans de développement des différents pays ?

Le Japon accorde une importance particulière à l'Agenda 2063 et la stratégie de développement de l'Union africaine. C’est pourquoi, la Jica met en œuvre le développement de corridors qui est inscrit dans le Plan d'action prioritaire (Pap) du Programme pour le Développement des Infrastructures en Afrique (Pdia). De même, la JICA apporte son appui à la mise en œuvre de la Coalition pour le développement du riz en Afrique (Card) et l'Approche Smallholder Horticulture Empowerment & Promotion (SHEP ou l'approche pour l'autonomisation des petits exploitants horticoles) dans le cadre du programme global de développement agricole pour l'Afrique (Caadp).

En ce qui concerne la zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) qui est entrée en vigueur en mai 2019, le Japon souhaite contribuer à la promotion de commerces dans la zone notamment à travers les postes-frontières uniques et le renforcement des capacités des douanes. Ces interventions sont mises en œuvre en collaboration étroite avec le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) conformément au Mémorandum d'entente que la Jica a signé avec cette institution.

Comment le Japon entend-il, à travers la JICA, aider l’Afrique à atteindre les Objectifs de développement durable ?

Les interventions de la JICA couvrent presque tous les 17 Objectifs de développement durable (Odd). Les concepts « la Sécurité humaine » et « la Croissance de qualité » que la JICA s’efforce de réaliser sont cohérents avec les finalités des Odd. De ce point de vue, les activités de la Jica permettent d’accélérer et de promouvoir l’atteinte des Odd, à travers trois piliers convenus lors de la TICAD VI, à savoir « Qualité Afrique », « Résiliente Afrique » et « Stabilité Afrique ».

Les Odd pourront être atteints sous les effets synergiques du développement socioéconomique, de la préservation de l’environnement et de la paix et la stabilité. En outre, les Odd ne peuvent pas être atteints uniquement par l’aide publique au développement.

Une croissance économique inclusive par la participation du secteur privé très diversifié est nécessaire. Dans ce sens, une grande ouverture est faite à l’implantation des entreprises japonaises en Afrique avec un appui conséquent de la JICA aux investissements des entreprises privées. De plus, la JICA accéléra l’atteinte des Odd en favorisant l’essor du développement socioéconomique de l’Afrique par la Science, la technologie et l’innovation (Sti).

Comment conjuguez-vous l’appui technique et financier pour marquer la présence effective de la JICA en Afrique ?

La JICA fournit ses appuis de façon dynamique aussi bien en matière d’aide financière (prêts et dons) que d’assistance technique. Ceci s’explique par le fait que l’assistance technique représente le mieux la philosophie de l’aide japonaise qui consiste en « l’appui à l’autonomie ». Il s’agit de contribuer au développement de la capacité de sorte que le pays bénéficiaire puisse se développer de façon autonome. Quant à l’aide financière, la JICA prend toutes les précautions possibles pour éviter la corruption et les détournements de fonds.

M. Abe Shinzō, le Premier ministre japonais, s’est engagé, lors de la TICAD VI, à investir 30 milliards de USD dans les trois prochaines années, notamment pour la construction des infrastructures. Quel est l'état d'avancement de ce projet ?

Lors de la réunion ministérielle de la Ticad tenue en octobre 2018, M. Taro Kono, le ministre des Affaires étrangères, avait fait le point sur le montant des investissements japonais en Afrique. Ce rapport sera rendu public à la TICAD VII, en août prochain. Dans tous les cas, l’état d’avancement de ce projet de construction des infrastructures de qualité est positif avec un financement, dans le cadre de l’Appui public au développement (APD) qui se chiffre à environ 840 milliards de yens, soit 7,7 milliards de USD.

Quels sont les thèmes qui feront l'objet de discussion dans le cadre de la TICAD VII ? En outre, quels seront les nouveaux domaines qui intéresseraient les investisseurs japonais ?

Le thème proposé pour la Ticad VII discuté lors de la réunion des hauts fonctionnaires tenue le mois précédent est « Faire avancer le développement en Afrique par les personnes, la technologie et l’innovation ». C’est à juste titre que la JICA entend soutenir toutes les initiatives d’investissement portant en particulier sur l’innovation.

En relation avec les thèmes clés de la TICAD VII, quels sont les types de partenariat public-privé que la JICA envisage pour le développement de l'Afrique ?

La JICA a réalisé, à ce jour, 168 projets de partenariat public-privé en Afrique. Il s’agit d’études de marché menées par les entreprises japonaises et de programmes de vérification appuyés par la JICA. L’Initiative ABE est également un programme qui offre aux jeunes africains du secteur public et du secteur privé une occasion d'obtenir un diplôme de master et de bénéficier d'un stage en entreprise au Japon pour former les futurs partenaires d’affaires des entreprises japonaises.

Depuis 2014, plus de 1200 étudiants ont été accueillis et nombreux d’entre eux œuvrent activement avec les entreprises japonaises après leur retour au pays. A travers le thème de la Ticad VII, la JICA souhaite désormais s’attaquer au développement d’affaires innovatrices en partenariat avec les entreprises en Startup. Car l’intérêt que le secteur privé du Japon porte sur l’Afrique s’accroît au fil des années.  C’est pourquoi, les ministres des Affaires étrangères, de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, ainsi que le représentant de la Communauté d’Affaires du Japon ont mis en place, le 6 juin, le Conseil des Affaires africaines.

La JICA participe à ce conseil et s’attaquera au partenariat public-privé notamment en matière d’infrastructures, agriculture, santé, startup et développement de ressources humaines. Selon les études relatives à la tendance d’investissements du secteur privé telles que fournies par le ministère des Affaires étrangères et la JETRO, la JICA a investi, au titre des aides, un montant approximatif de 840 milliards de yens (7,7 milliards de USD) depuis la TICAD VI (2016-2018), notamment dans les domaines des infrastructures, du secteur privé, de la santé, de l’agriculture et de l’éducation.

Selon vous, que doit faire l’Afrique pour mieux tirer profit de l’expérience du Japon qui a réussi, malgré les dégâts causés par la deuxième guerre mondiale, à rebâtir une économie prospère en un temps très court ?

La Jica souhaite vivement que l’Afrique tire les leçons des expériences et connaissances de la modernisation du Japon. Le Japon a fusionné les connaissances technologiques occidentales avec ses propres connaissances, expériences, technologies et coutumes depuis 150 ans, depuis la restauration de Meiji. C’est grâce à une telle accumulation d’expériences et du capital humain que la reconstruction économique et la croissance rapide d’après-guerre a été possible.

En outre, l’éducation est indispensable pour la sécurité humaine et par conséquent, le niveau d’éducation de l’Afrique devra donc être rehaussé rapidement. Dans ce cadre-là, le Japon appuie le secteur de l’éducation en mettant en valeur ses particularités. On peut citer les projets de « Ecole pour tous », l’éducation à la japonaise en Egypte qui accorde une importance à la proactivité. Nous souhaitons aussi que les pays africains tirent les leçons de notre histoire et expériences. A cet effet, la Jica a démarré un programme en anglais l’année dernière, Programme d’études sur le développement, élaboré conjointement avec l’Ecole d’enseignement post universitaire de développement et se propose de le déployer davantage.

Aussi, pour rattraper le retard accusé par le continent africain, il est nécessaire d’accélérer le développement dans de nombreux domaines tels que l’économie, l’éducation et la santé, il est également nécessaire d’accroître l’investissement et d’améliorer la productivité, en incitant les investissements étrangers et en modernisant l’agriculture. La Jica est plus que déterminée à apporter son appui et son accompagnement aux peuples africains dans le processus de développement de leur continent.

Pensez-vous que l'intronisation du nouvel empereur japonais sur les relations avec les pays africains ?

Avec l'intronisation du nouvel empereur, le Japon est entré dans l'ère de « Reiwa, la belle harmonie ». Le Japon et les pays africains devraient s'efforcer de développer davantage leur relation dans l'esprit de la « belle harmonie ».

Interview réalisé par le groupe de dix journalistes africains au Japon