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Pr. Justin Koffi (directeur général de l'ARRE): ‘’C’est un nouvel écosystème qui va transformer les zones rurales en zones de prospérité’’

samedi, 16 mars 2019 20:07
Pr. Justin Koffi, directeur général de l’Autorité de régulation du système de récépissés d’entreposage (Arre). Pr. Justin Koffi, directeur général de l’Autorité de régulation du système de récépissés d’entreposage (Arre). Crédits: Véronique Dadié

Le patron de cet organe de régulation expose quelques pans du dispositif du Système de Récépissés d’Entreposage (Sre) qui  pourrait véritablement développer l’agro-industrie en milieu rural.

M. le directeur général, pouvez-vous nous donner les raisons qui ont amené le gouvernement ivoirien à créer cette Autorité de régulation ?

Comme vous le savez, le gouvernement est résolument engagé dans la vision de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020. La réalisation de cet objectif suppose une meilleure valorisation des chaînes de valeur de nos matières premières agricoles pour renforcer la compétitivité et la performance de l’économie ivoirienne.

Dans cette perspective, la transformation de ces produits demeure l’une des priorités du gouvernement qui a pour ambition d’atteindre un taux de transformation de 50% de la production nationale de cacao estimée à 2 millions de tonnes et de la noix brute de cajou estimée à 750 milles tonnes.

A ce jour, nous sommes à un taux de  35% pour le cacao et autour de 11% pour la noix brute de cajou. Et l’on constate malheureusement une insuffisance dans le financement des activités de production dans les différentes chaînes de valeur agricoles et agro-industrielles, en particulier pour les transformateurs des matières premières.

C’est pour répondre à cette problématique que le Gouvernement a mis en place le Système de récépissés d’entreposage (Sre) par la loi n°2015-538 du 20 juillet 2015 qui permet de délivrer un titre sur les produits agricoles de nos braves paysans, les stockés et les sécurisés dans des entrepôts.

Ce titre appelé « Récépissé d’entreposage », du fait de son caractère négociable et transmissible par simple endossement, facilite les échanges et sécurise les revenus de producteurs, les financements du secteur bancaire et l’approvisionnement des unités de transformation.

Quels sont alors les produits éligibles et prioritaires ?

Tout produit qui peut être entreposé est éligible au Système de récépissés d’entreposage. Et les conditions et les critères  sont définis pour chaque produit agricole. A titre d’exemple, la durée d’entreposage du produit sans qu’il ne soit détérioré est un critère essentiel au moment de l’émission du récépissé.

Pour les besoins de transformation locale des produits comme le café, le cacao et l’anacarde, l’Autorité de régulation du Sre veille à ce que les normes de qualité appliquées permettent l’entreposage pour une durée d’au moins une année, en attendant la campagne suivante. En dehors des produits secs, les produits frais sont également éligibles au Sre.

Qu’en est-il des produits vivriers qui sont vite périssables ?

Nous sommes en partenariat avec le ministère en charge du Commerce notamment, la direction du Commerce intérieur, avec qui nous travaillons sur les marchés de gros. Et nous avions défini des critères et conformités en fonction des produits qui passent par les marchés de gros : l’igname, la banane plantain, le manioc, etc.  L’idée est d’avoir des entrepôts Sre qui vont se mettre en place pour sécuriser la pérennité de ces produits vivriers.

Une étude stratégique initiée par l’Arre est en cours pour que tous ces produits soient pris en compte. Notre rôle est de définir les normes des entrepôts et les critères d’entreposage des produits frais comme secs. Et nous avons engagé des travaux avec l’Organisation centrale des producteurs exportateurs d'ananas banane et autres Fruits (Ocab) pour faire la promotion des entrepôts de produits frais.

Comment comptez-vous financer vos activités en tant structure de régulation ?

Il faut savoir que c’est une autorité de régulation qui va gérer un outil. Et cet outil a trois pans majeurs: la sécurisation des revenus du producteur, la sécurisation des financements, et la garantie que les matières premières sont disponibles en qualité et en quantité pour les transformateurs locaux. Par conséquent, cette autorité doit vivre de redevances de tous ces acteurs. Ce sont, d’abord, les gestionnaires d’entrepôts- ceux qui sont propriétaires des magasins de stockage.

Sachant que les produits séjournent dans leurs magasins sur la base du séjour, ce séjour est facturé à l’acheteur final. Il y a alors du business qui est fait sur le produit qui se trouve dans l’entrepôt appartenant à un gestionnaire. Puis, il y a d’autres acteurs comme les inspecteurs d’entrepôts qui sont chargés de certifier les normes techniques des entrepôts ; les contrôleurs de qualité et de poids qui certifient la quantité et la qualité des produits déposés, etc.

Tous ces acteurs, ont une part de redevance à verser à l’Arre, en application du décret n°2018-227 du 28 février 2018 fixant les frais d’actes et des prestations de l’Arre. Ensuite, nous avons les subventions qui doivent venir des organes de gestion des filières agricoles, notamment le Conseil café-cacao, le Conseil coton-anacarde, et les structures de gestion et de régulation des autres filières existantes. Conformément aux textes en vigueur, ces organes participent à l’exercice des activités de l’Arre, aussi bien techniquement que pour son financement.

Nous avons également les frais de retrait des dossiers des demandes d’agréments et les droits perçus au titre de la délivrance des agréments, dans la mesure où nous agréons les différents acteurs qui interviennent dans le système. Ce sont des redevances annuelles que les acteurs paient. Une quote-part est également perçue sur les tarifs des prestations des exploitants qui utilisent le Sre.

Hormis les producteurs, tous ceux qui font des opérations via la plateforme doivent apporter leur contribution à l’Arre. Et enfin, il y a la subvention de l’Etat puisque l’Arre est une nouvelle structure étatique. Sans bien entendu ignorer les contributions des partenaires techniques et financiers.

Et dites-nous maintenant, comment votre dispositif Sre pourrait améliorer le bien-être des populations, surtout celles du milieu rural ?

L’objectif du gouvernement est d’arriver à transformer sur place les produits cultivés dans leur zone de production. Ce qui va dans un premier temps limiter les pertes post-récoltes. Ces producteurs seront formés par les filières et toutes les parties prenantes, à bien produire dans les bonnes conditions.

Avec le Sre, le producteur aura désormais un titre en main qu’il pourra utiliser pour être bancarisé. Ce qui fait que le paysan sera connu des acheteurs finaux et des établissements financiers. Lors de la campagne suivante, il peut solliciter et avoir des prêts bancaires pour scolariser ses enfants, construire une maison, avoir accès à la couverture maladie, etc.

Dans la mesure où le paysan dispose désormais de titres qui deviennent des bulletins de paie pour lui. Ce qui lui permettra de vivre décemment et de faire des investissements rentables. Ce système est créé pour le bien-être du paysan.

En Ethiopie par exemple, il y a eu plus d’un million de paysans qui ont été sortis de la pauvreté grâce à la mise en œuvre du Sre. Ce système va créer un nouvel écosystème qui permettra de transformer les zones rurales en zones de prospérité. Si la matière première est disponible et transformée, cela va générer des milliers d’emplois aussi bien pour les jeunes que les femmes et contribuer à la paix sociale.

Quelles sont alors vos projections en termes d’entrepôts à construire et leur géolocalisation ?

Comme indiqué précédemment, nous démarrons avec la noix brute de cajou conformément aux priorités définies par le gouvernement ivoirien. Pour réaliser l’objectif du taux de transformation de 50%, les besoins d’entreposage sont estimés à 400 000 tonnes.

Dans cette perspective, nos projections portent sur 200 entrepôts aux normes pour l’anacarde dans les zones de production, notamment dans les régions du Béré, du Hambol, du Gontougo, du Gbêkê, du Worodougou, du Poro, du Kabadougou, de la Bagoué, du Haut Sassandra, de la Marahoué et du Boukani.

Concernant le cacao où nous sommes à 35% de transformation, les besoins sont également évalués à 200 entrepôts dans les grandes zones de production. Pour ces deux produits, notre objectif est de faire la promotion de 400 entrepôts sur le territoire national pour soutenir les objectifs de transformation locale.

Interview réalisée par
EMELINE PEHE  AMANGOUA