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Philippe Hien (Président du Conseil régional du Bounkani): “Dire merci aux populations pour leur adhésion à notre vision du développement”

vendredi, 07 décembre 2018 08:44
Philippe Hien, Président du Conseil régional du Bounkani, le 6 décembre à Bouna Philippe Hien, Président du Conseil régional du Bounkani, le 6 décembre à Bouna Crédits: Véronique Dadié

Promoteur du festival des danses traditionnelles de la région du Bounkani, le président du Conseil régional a rappelé les grandes lignes de la 6ème édition de cet important événement qui a ouvert ses portes hier dans la région hôte.

Philippe  Hien (Président du Conseil régional du Bounkani) : “Dire merci aux populations pour leur adhésion à notre vision du développement”

Quel sens donnez-vous à cette 6ème édition du Festibo qui a démarré le 6 décembre ?

Un sens important dans la mesure où, pour nous, le Festibo est le plus grand rendez-vous culturel de la région du Bounkani. La 5eédition avait été très appréciée mais en même temps il y a eu des récriminations en ce sens que cette édition était bâtie sur une politique d’ouverture et les populations pensent que nous avions fait la part trop belle à l’extérieur. C’est leur ressenti que nous avons pris en compte dans la programmation de la sixième édition qui a démarré le 6 décembre. Ils ont raison, mais nous pensons qu’une population ne peut pas rester enfermée sur elle-même. Elle a besoin de se développer, aller de l’avant et s’ouvrir au monde parce que nous sommes dans la globalisation. L’expérience de 2017 nous a fait prendre conscience que nos populations sont dans une situation qui nous oblige à aller progressivement avec elles. Aller avec elles dans une certaine position transitoire pour qu’elles comprennent elles-mêmes la nécessité de se mettre sur le marché international. Vous savez qu’elles étaient restées longtemps repliées sur elles-mêmes, comme si elles étaient à l’abandon ; et ce n’est pas facile, car les habitudes ne changent pas du jour au lendemain.

Est-ce pour cette raison que le Festibo 2018 ne compte pas d’invités spéciaux ?

Il est vrai qu’il n’y a pas d’invités spéciaux cette année, mais pas parce que les populations n’en veulent pas. Disons que nous avons été pris de court cette année. N’oubliez pas que le festival coïncide cette année avec la fin des campagnes électorales. Nous étions donc en campagne électorale et il nous était dans le même temps difficile de démarcher pour des invités spéciaux. Donc nous avions voulu faire une édition de remerciement aux populations pour leur adhésion à notre vision de développement. Dans le remerciement, nous lançons le projet de sédentarisation des jeunes. Nous avons voulu les intéresser davantage à cette édition parce que nous pensons que ce sont  eux qui devraient porter le développement. En tant qu’acteur, nous conduisons le développement mais nous pensons amener les jeunes, qui constituent 70% de notre population, à y adhérer sinon nous échouons. Si la population de notre société qui est composée à grande échelle de jeunes n’adhère pas, il est clair que notre projet n’aboutira pas. C’est pourquoi nous disons à nos populations  « Merci pour tout ce qui a été fait hier, mais en même temps, il y a du boulot à faire pour un lendemain meilleur ».

Cela justifierait-il le choix du thème de cette année en direction de la jeunesse ?

Effectivement ! Ce choix justifie le thème de cette année à savoir « Jeunesse ivoirienne face aux dangers de la migration clandestine ». L’année passée, l’accent avait été mis sur les femmes pour leur apport incommensurable au développement rural. Cette année, plusieurs sous-thèmes seront abordés à savoir : «Jeunesse et entrepreneuriat » et un projet de formation concernant « Initiation aux techniques de montage de projets ». Nous nous sommes donc intéressé à cette jeunesse qui pense qu’elle aura son salut en prenant tous les risques pour aller de l’autre côté par la traversée de la méditerranée. Les jeunes sont prêts à le faire simplement parce qu’ils ont perdu espoir et ne croient plus en rien. Nous voulons faire renaître cet espoir en leur faisant découvrir que chez eux, il y a de l’espoir, il y a de la richesse. Il faut  leur faire savoir qu’ils peuvent transformer cette richesse naturelle en richesse matérielle pour une meilleure condition de vie. Nous pensons que c’est avec leurs idées, leur manière de voir et leur manière de comprendre qu’ils y arriveront. C’est par cette vision que nous voulons les amener à se prendre en charge et faire d’eux des jeunes capables de créer des richesses et heureux de vivre chez eux. Au-delà de la danse, le Festibo doit pouvoir aller dans ce sens.

Revenons sur les grandes lignes de cette rencontre qui sera vécue du 6 au 8 décembre ?

Il s’agira de mettre la jeunesse au cœur de la rencontre. Après la causerie débat sur le thème général qui a eu lieu hier, outre les compétitions de danses traditionnelles, la journée du 7 décembre enregistrera la nuit du maracana au complexe sportif de Bouna. Cette année, nous aurons beaucoup plus de danses du terroir. Nous aurons des rencontres touristiques sur les pierres sacrées de Gbadjouho.

L’innovation sera que sur ce site nous ayons un déjeuner champêtre. Il est vrai que la région a connu une crise difficile, mais les populations arrivent aujourd’hui à communiquer. Il est vrai que Sa majesté Djarakoroni 2 nous a quittés et, aujourd’hui, nous avons son successeur du nom de Nèguègbliman. En malinké, ce nom signifie « Le fer lourd ». Ce nom s’explique car il souhaite composer avec un royaume soudé, un royaume qui a besoin de tous ses fils pour  le bâtir. Nèguègbliman veut nous donner le message selon lequel il nous faut absolument être soudés et solidaires car  personne ne peut, seul, soulever un fer lourd sans l’apport des autres membres de la société. C’est donc un appel à l’union qu’il lance. L’union à travers les arts et la culture. Et pour nous, le Festibo est un événement qui compte dans les mœurs et les habitudes des populations de la région du Bounkani.

Interview réalisée par BRIGITTE GUIRATHÉ

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