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Pedro Pires: "J’ai appliqué à la pratique politique les vertus, les habitudes de sacrifice, de rigueur"

lundi, 22 avril 2013 13:24

3e lauréat du prix du leadership d’excellence "Mo Ibrahim" en 2011, l’ancien président du Cap Vert, Pedro Pires est l’un des dirigeants les plus considérés d’Afrique. Dans cet entretien, il explique son combat politique et sa recette pour une bonne gouvernance démocratique en Afrique de l’Ouest. Une zone secouée par les instabilités politiques et conflits armés.

Comment expliquez–vous votre nomination au prix « Mo Ibrahim » quelques années après ?

J’ai appliqué à la pratique politique et à l’exercice du leadership de l’Etat,  les vertus, les habitudes de sacrifice, de rigueur, de sobriété et de simplicité de la vie de guérillero que j’ai acquise durant les années de la lutte de libération nationale, en tant que combattant et dirigeant politique et militaire. J’ai intériorisé cette manière d’être, relativement austère mais qui est devenue une authentique norme de conduite.

Que représente ce prix pour vous ?

C’est une reconnaissance de mon parcours. Je suis reconnaissant à la Fondation Mo Ibrahim pour cette distinction d’honneur et de bienveillance.

Peut-on dire que votre combat politique a été influencé par le leader emblématique du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert (Paigc), M. Amilcar Cabral ?  

Notre manière d’être et d’agir a beaucoup à voir avec ce que nous avons appris avec la personnalité et le style pédagogique de leadership d’Amilcar Cabral. Nous avons intensément vécu avec lui. Dans la vie politique, j’ai cherché à observer et à mettre en pratique le legs de Cabral, mais également à l’approfondir dans un contexte toutefois différent, et en compagnie et avec la coopération de mes “compagnons de route”.

Vos amis politiques ont-ils toujours compris votre démarche ?

Nous avons réussi à expliquer le bien-fondé de notre démarche. Il faut avoir à l’esprit que nous sommes, comme toujours, face à une œuvre collective où interviennent simultanément, à divers niveaux de responsabilité, différents acteurs politiques et sociaux.

Comment concevez-vous la politique ?

C’est un processus de construction et d’apprentissage où il devient difficile de séparer les moments constitutifs les uns des autres. Il s’agit, en fait, d’un cheminement entrecroisé où les frontières entre le présent et le passé et, éventuellement, entre le futur proche et le présent, sont assez tenues et imprécises, car ces moments sont complémentaires.

Êtes-vous personnellement satisfait de la politique développée dans votre pays durant votre exercice du pouvoir ?

Dans un parcours ardu de construction des bases matérielles et humaines de poursuite du processus de libération nationale, bases nécessaires au développement institutionnel, socio-économique et culturel de l’Etat indépendant et les résultats nous réconfortent aujourd’hui. 

Quelle doit être la recette pour les nouvelles classes politiques en Afrique de l’Ouest pour avoir une bonne gouvernance du pouvoir d’Etat ?

Pour réussir, il faut établir, pour les politiques publiques, des priorités sûres, efficaces et génératrices de nouvelles ressources humaines et matérielles qui, à leur tour vont servir de base à la croissance et au développement. Parmi les priorités, il faut souligner la nécessité de créer les conditions qui permettent d’impulser l’Éducation, la Recherche et l’Innovation, éléments déterminants pour la maîtrise des technologies modernes, l’édification d’une économie dynamique, productive et compétitive et une société moderne, bien préparée et entreprenante.

Quelle politique pour la jeunesse africaine ?

Pour moi, il est clair qu’il revient à la jeunesse africaine la tâche ardue et complexe de transformer structurellement les sociétés africaines et d’assurer le succès de leur développement pluridimensionnel et juste.

Que faut-il faire ?

Il faut l’acquisition de capacités, la mobilisation de volontés et l’assomption des attitudes correspondantes. La réalisation de cet objectif historique exige de l’audace, de l’ambition, de la confiance, de l’esprit de sacrifice, de l’esprit de mission et beaucoup de générosité. Enfin, la jeunesse devra se convertir en une force lucide et généreuse, de changement, de progrès, de solidarité sociale, de libération des énergies et des capacités des sociétés africaines.

Interview réalisé à Dakar

Par Théodore Kouadio

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Un parcours politique

Après avoir étudié les sciences à Lisbonne, Pedro de Verona Rodrigues Pires est appelé à combattre sous le drapeau Portugais. Il déserte en 1961, fuit la capitale et part rejoindre Amilcar Cabral avec qui il intègre en 1961 le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert (PAIGC). Une guerre du peuple qualifiée par le politologue français Gérard Challiand comme « la guerre la plus juste et la plus rationnelle du XXe siècle ». En 1975, il est le premier chef du gouvernement Cap Verdien, avant de rejoindre l’opposition. Un nouveau parti, le Parti africain de l’indépendance du Cap Vert (PAICV), voit le jour. Président de la République du Cap Vert depuis 15 ans, il quitte volontairement le pouvoir le 9 septembre 2011 en organisant des élections pour faciliter l’arrivée de son successeur. Cette décision de ne pas se représenter a été particulièrement appréciée par la fondation Mo Ibrahim.

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