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Paul Koffi Koffi, Commissaire de l’Uemoa : " C’est une zone économique et monétaire stable et des plus performantes au monde "

dimanche, 24 septembre 2017 21:10
Paul Koffi Koffi, Commissaire de l’Uemoa : " C’est une zone économique et monétaire stable et des plus performantes au monde  " Paul Koffi Koffi, Commissaire de l’Uemoa : " C’est une zone économique et monétaire stable et des plus performantes au monde " Crédits: DR

Nommé depuis mai 2017, le nouveau Commissaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, chargé de l’aménagement du territoire, des infrastructures et des transports, parle de sa mission et déroule son agenda. 

En quoi consiste réellement votre mission à la tête de ce département de l’Uemoa ?

Je voudrais, avant tout, remercier le Président de la République Son Excellence Alassane Ouattara de m'avoir désigné comme Commissaire ivoirien à l'Uemoa pour représenter notre pays dans cette prestigieuse organisation qui fait la fierté de notre sous-région, après avoir longtemps servi ici dans l'administration publique.

Je suis responsable, à l'Uemoa, du département de l'aménagement du territoire, des infrastructures terrestres et des transports pour servir les 8 Etats conformément au Traité de l'Union  créée le 10 janvier 1994, à Dakar, au Sénégal et aux textes subséquents. Il s'agit de parvenir à un marché commun et une intégration des économies de ces Etats. Dans notre secteur, il s'agit pour l'essentiel d’élaborer la règlementation  et assurer l'harmonisation des textes communautaires à usage dans les Etats afin d'assurer l'intégration de ces secteurs; préparer les politiques, les programmes, les projets et les outils techniques pour les conduire au niveau communautaire; réaliser  les études préalables à des programmes ou projets transfrontaliers d'envergure impliquant au moins deux Etats comme l'autoroute Yamoussoukro-Ouagadougou; appuyer les Etats dans la mobilisation des ressources pour financer ces programmes et projets; et assurer l'impulsion, la coordination, le suivi et l'évaluation dans leur mise en œuvre tout en respectant le principe fondamental de la subsidiarité c'est- à- dire laisser aux Etats ce qu'ils savent faire le mieux.

Pour le cas spécifique de l'aménagement du territoire, il faut soutenir, entre autres,  les activités du Conseil des collectivités territoriales (Cct) dirigé par notre compatriote, le ministre Albert François Amichia en sa qualité de maire et ancien président de l'Uvicoci.

Un retour, pouvons-nous dire, à vos fonctions internationales…

Oui, on peut le dire ainsi. Je suis aujourd’hui à l’Uemoa après avoir longtemps servi ici dans l'administration publique, notamment au ministère du Travail, ministère de l'Economie et des Finances jusqu'au cabinet de cinq Premiers ministres et à des postes ministériels comme ceux en charge de la Défense juste après la sortie de crise, de l'Enseignement technique et la formation professionnelle, mais aussi déjà à l'extérieur dans la fonction publique internationale au Bureau international du travail (Bit) comme Expert en Guinée et à Madagascar, tout ceci pendant plus de 30 ans. J'ai aussi été consultant de plusieurs organisations internationales ou régionales comme le Pnud, le Fnuap, la Bad, l'UA, etc. Je rappelle que j'ai été élu Député de la Nation le 16 décembre 2016 dans la commune de Bouaké. Mais mes charges ont été,   actuellement, confiées à mon suppléant, l'Honorable Kouakou Abel. Je suis aussi écrivain à mes moments libres, puisque je viens de mettre sur le marché, depuis le mois de mai 2017,  l'ouvrage titré " les Années Bédié 1993-1999 et l'appel de Daoukro de 2014", édité par Frat Mat Editions pour mettre en exergue et rendre hommage à ce grand homme politique de notre pays, le Président Henri Konan Bédié,  après "le défi du développement en Côte d'Ivoire", en 2008 préfacé par Abdoulaye Mar Dieye, Coordonnateur résident du Pnud en Côte d'Ivoire à l'époque et " Houphouët-Boigny et les mutations de la vie politique en Côte d'Ivoire" en  2010 et préfacé par le Premier ministre Seydou Elimane Diarra. Bientôt, un quatrième ouvrage actuellement en imprimerie chez l'éditeur Tabala, intitulé "Management Stratégique" préfacé par  le vice-Président de la République,  Daniel Kablan Duncan. Il s'agit d'un manuel qui pourra servir dans les Universités, les Grandes écoles et les entreprises pour les managers. Un cinquième sera mis en chantier en 2018 sur l'émergence économique dans nos pays. En effet, nombreuses sont les économies africaines qui espèrent parvenir à l'émergence aux horizons 2020, 2030 ou 2040. Il s'agit d'apporter notre  contribution à la réflexion stratégique au débat.

De mai à septembre, il est peut-être trop tôt de vous demander un bilan, mais quel est le contenu de votre agenda à cette sous-commission ?

Effectivement, un bilan est prématuré mais je peux présenter l'essentiel de nos activités dans trois directions à savoir: la motivation et la remobilisation de l'équipe; la maîtrise des dossiers et la réalisation des activités dans les trois domaines du département.

En matière de motivation des équipes, après la prestation de serment, la passation des charges et l'installation, nous avons fait connaissance avec le personnel en consacrant à chaque cadre et au personnel d'appui une interview d'un quart d'heure à une demi-heure d'échange à bâtons rompus en parlant de leurs études et carrières professionnelles depuis le Bac et leur entrée à l'Uemoa, dans le département et à leur poste. Par ailleurs, nous avons également abordé la question de leur futur, notamment ce qu'ils escomptaient pour eux et pour le département dans l'avenir. S'agissant de la maîtrise des dossiers, nous les avons épluchés, notamment ceux remis par mon prédécesseur qui est également un compatriote, le Commissaire Augustin Tompieu-Zouo qui a fait un travail remarquable et que je voudrais féliciter. Nous avons organisé un séminaire d'imprégnation et de programmation des activités pour le second semestre 2017 conformément aux instructions données par le Président de la Commission Abdalah Bouréima, originaire du Niger.

Qu’en est-il de la mission de votre département ?

 Relativement à la mission du département, en matière d'aménagement du territoire, les activités ont porté sur l'élaboration des instruments pour la promotion des schémas nationaux d'aménagement du territoire à travers le schéma de développement de l'espace régional, pour une standardisation de ces outils de planification et de développement régional. Sur la décentralisation et la coopération transfrontalière par exemple, il s'agit de promouvoir des projets de développement local aux frontières des Etats. Par exemple un projet d'envergure qui va lier la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso et le Mali appelé SKBO (Sikasso au Mali, Korhogo en Côte d'Ivoire et Bobodioulasso  au Burkina Faso). Nos équipes étaient sur le terrain aux frontières communes des trois Etats en août 2017 pour visiter les localités concernées par le projet présidé par le Président du Conseil régional de la Bagoué, Bamba Siama. Le maire de la commune de Bouaké, Nicolas Djibo, préside depuis deux ans l'Association des villes secondaires de l'Uemoa et à ce titre, il a organisé une réunion des Experts de cette association avec nos équipes en août  2017 afin de préparer un plan d'action pour les futures années. Il y a le foncier urbain pour lequel un diagnostic de la gestion de ce domaine, dans les 8 pays, a été engagé afin de promouvoir la fiscalité en la matière. Puis nous avons les activités du Cct notamment la question du financement des collectivités locales pour lesquelles la Commission de l'Uemoa suggère que 20% des ressources publiques leur soient transférées alors que la moyenne actuellement est de 5% dans la région. Le Mali étant le meilleur élève avec plus de 17%. En matière d'infrastructures terrestres, 14 projets routiers dits transnationaux sont en cours de traitement. Nous avons le projet de Mali-Côte d'Ivoire par Tengrela, par exemple, le dossier de l'autoroute Yamoussoukro-Ouagadougou pour lequel les études préliminaires sont en cours  au niveau des deux Etats. Des postes de contrôle juxtaposés sont en études ou en cours de construction dont ceux d’après Ouangolodougou, de Laléraba entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso ainsi que celui de Zégoua, Côte d'Ivoire-Mali. Il faut aussi noter le projet ferroviaire Abidjan Burkina Faso Niger et Bénin qui est relancé à la faveur du TAC entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso en juillet 2017. Il faut noter les postes de pesage dont celui d’Alokoi sur l'autoroute, à la sortie d'Abidjan qui est opérationnel. Ceci, conformément à la mise en œuvre du Règlement 14 qui traite de la question des gabarits des camions et des charges à l'essieu, grosse source de dégradation des voies routières de la région. Abidjan va abriter  le 28 septembre 2017, une réunion des ministres des Infrastructures et des Transports, pour plancher sur cette question. Au mois de juillet 2017, les ministres des Transports ont validé le texte relatif aux statuts de l'Agence communautaire de supervision de la sécurité et de la sûreté de l'aviation civile (Acsac). Nous étions récemment à Abidjan pour la certification aux normes internationales de l'Aéroport Félix Houphouët-Boigny. Par ailleurs nous allons régulièrement sur le terrain, dans les Etats, pour suivre les chantiers et les infrastructures réalisées. Ainsi nous étions à la frontière Burkina Faso-Togo pour le poste de contrôle juxtaposé (PCJ) de Cinkansé, puis au Bénin avec la frontière Bénin-Niger pour le PCJ de Malanville,  et Bénin-Togo pour le PCJ de Hillacondji-Saveecondji. Nous étions à Dakar pour le Conseil des ministres au mois de juin 2017.

Vous étiez aux côtés du président de la Commission  Abdallah Bouréima, quand il remettait le rapport sur les instructions des Chefs d’Etat à l’issue de la session extraordinaire, au vice-Président Daniel Kablan Duncan. Quel est le contenu de ces conclusions ?

Je ne peux pas livrer le contenu de l'entretien, mais l'essentiel était dans le prolongement de la dernière visite du Président de la Commission aux autorités ivoiriennes suite à la nomination du nouveau collège et à leur prestation de serment le 9 mai 2017. En effet, le Président de la Commission est venu rendre visite aux autorités ivoiriennes,  saluer, remercier et prendre les conseils d'usage auprès du Président Ouattara qui est le Président en exercice des Chefs d'Etat et de Gouvernement,  suite au sommet extraordinaire du 10 avril 2017 à Abidjan. Par la suite, le Président de la Commission a invité le collège, le 10 août 2017 dernier, à un conclave de réflexion stratégique sur le futur de l'Uemoa à Ouagadougou, pour les 4 prochaines années. Il est donc venu présenter les conclusions de ces réflexions aux autorités ivoiriennes notamment au vice-Président de la République Daniel Kablan Duncan, compte tenu de l'absence du Président de la République en sa qualité donc de Président en exercice de l'Union.

Le débat sur le FCfa défraie la chronique sur les réseaux sociaux, quel est votre avis en tant que commissaire de l’Uemoa ?

La question du FCFA est gérée par la Bceao. Le Président de la Commission peut s'exprimer sur la question. Mais en ce qui me concerne, je n’ai pas reçu l'autorisation d'en parler. Néanmoins, nombreux sont les intervenants qui ne sont pas du tout informés sur les modalités de fonctionnement, d'émission et de gestion de cette monnaie pour les 15 Etats africains avec trois Banques centrales: la Bceao pour l'Uemoa (8 pays) , la BEAC pour la CEMAC (6 pays) et la Banque centrale des Comores (1 pays). Le débat est malheureusement d'ordre idéologique. J'avais moi-même été invité par Mme Gisèle Dutheil, il y a plusieurs années, à l'Université FHB pour un débat. C'est toujours la posture idéologique qui revient. L'Uemoa est une zone économique et monétaire stable et une des zones économiques parmi les plus performantes au monde. En tant qu'économiste, on peut conclure sans se tromper  que la stabilité monétaire y est un facteur essentiel de succès et de cette performance. Je vous suggère d'inviter la Bceao, l'Uemoa et des Universitaires pour un débat, cela permettra de mieux éclairer l'opinion.

Interview réalisée par

GERMAINE BONI

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