Patrick Achi: ‘’Cette visite a permis aux cadres et fils de la Mé de se rapprocher…’’

lundi, 11 mai 2015 10:48
Le ministre Patrick Achi a accordé un entretien à la presse en marge de la visite du Président Ouattara dans la région de la Mé. Le ministre Patrick Achi a accordé un entretien à la presse en marge de la visite du Président Ouattara dans la région de la Mé. Crédits: DR

[11-05-2015. 11h00] En marge de la visite d’Etat du Président de la République dans la région de la Mé, le ministre Patrick Achi a accordé un entretien à la presse à la fin de cette tournée à son domicile privé.

Le Président a procédé au lancement des travaux d’une zone industrielle a Adzopé. A cette occasion, il a annoncé un investissement de 5 milliards Fcfa. A quoi vont servir ces cinq milliards et quelles sont les perspectives de création d’emplois dans la région ?

Vous savez aujourd’hui que pour le président du conseil régional que je suis, une des grandes difficultés dans les missions  qui sont les miennes, c’est que (ce sont les statistiques qui le disent) quand 77% de la population a moins de  35 ans, c’est dire que votre population est particulièrement jeune. Lorsque cette population a un bon niveau comme c’est le cas dans notre région où le taux de scolarisation est très élevé et qu’il n’y a que du travail dans le secteur agricole, qui souvent n’est pas toujours en adéquation avec leur formation, le vrai défi est celui de l’emploi.
Nous avons souhaité profiter de l’avantage que nous avons c'est-à-dire d’être à proximité de la capitale d’une part, et d’autre part que le gouvernement ait décidé de faire des pôles de croissance, un axe de croissance de la stratégie de développement industrielle. Aujourd’hui, on se rend compte que plus de 80% des activités économiques sont concentrées dans la capitale économique, Abidjan.
Vous imaginez cela fait qu’Abidjan ne fait que grossir et un quart de la population du pays se retrouve dans la capitale. Une ville ne peut pas continuer à croître comme cela. Il faut forcément décentraliser et transférer dans d’autres régions le développement de l’activité économique. L’autre raison, c’est qu’on ne peut pas assister à une sorte d’exode rural vers la capitale. Or, lorsque les investisseurs arrivent et qu’ils veulent construire des usines qui sont créatrices d’emplois, ils ont besoin d’un endroit où ils peuvent avoir facilement de l’espace mais où il y a également de l’électricité en qualité et en quantité, de l’eau en quantité et en qualité et la voirie.
C’est pourquoi, ils viennent tous à Abidjan. Mais aujourd’hui, les zones industrielles de Yopougon et de Vridi sont saturées. Quand ils (les investisseurs) arrivent, ils ne trouvent plus de places et on les envoie vers Anyama. Mais là-bas, il n’y a pas d’électricité, pas de voirie pour y accéder et finalement si on est capable d’avoir une zone où toutes les structures de viabilisation primaire sont présentes, on pense que ces gens là vont être intéressés. Voila la logique de la création de la zone industrielle d’Adzopé. Elle est Adzopé maintenant, donc il faut envoyer l’eau et l’électricité en quantité, il faut des voiries. Et les cinq milliards annoncés par le Président vont permettre de construire les infrastructures qui vont rendre cet espace attractif aux investisseurs qui viennent.

M. le ministre, à la fin de cette visite d’Etat, quels sont les grands enseignements que l’on peut tirer ?

Je pense qu’ils sont de trois ordres. Le premier enseignement, est qu’après la crise post-électorale, cette région qui est quelque part au cœur de tout le débat sur la réconciliation parce qu'un certain nombre d’acteurs de cette crise qui sont exilés, ou qui ont fait objet de poursuite judiciaire ont été partie prenante dans cette période difficile. Donc aujourd’hui, ce qui était important, c’est que la réconciliation qui est prônée et qui est effective dans un certain nombre de régions du pays, puisse également l’être  ici.
Il était donc important pour ces populations de communier directement avec le Chef de l’Etat pour qu'il puisse leur transmettre encore une fois de plus le message de paix, de pardon, de réconciliation pour qu’ensemble nous puissions tourner une page du pays pour ouvrir une nouvelle page de l’émergence. Je crois qu’au bout de trois ou quatre ans, nos parents ici ont eu le temps de se préparer à ce nouveau pacte en regardant ce que fait le gouvernement, ce que fait le Chef de l’Etat, pour ne plus le juger sur des préjugés mais sur des choses concrètes.
Ils se sont rendus compte que finalement on l’a peut-être un peu trop diabolisé, ils se sont rendus compte que quand on regarde ce qu’il fait, il apporte le développement et c’est ce que tout le monde cherche. Donc à la fin, cela les a apaisés et ils se sont dit qu'eux aussi c’est le développement qu’ils cherchent, c’est ce qu’il apporte, autant cheminer ensemble. Mais si cela avait été deux ou trois ans en arrière avant que tous ces actes n’aient été posés et que le pays retrouve la paix, le  retour de son positionnement et son rayonnement international, soit en chantier, peut-être qu’il aurait été beaucoup plus difficile de convaincre les gens en leur disant qu’il est comme cela ou il n’est pas comme cela.
Ces trois ans ont été très riches d’enseignements à tel point qu’au moment où cette mission se fait, le Président de la République trouve une population prête à recevoir son message de réconciliation et de développement. Donc cette mobilisation massive n’est pas le fait d’une scène de théâtre. Si vous avez entendu les messages des élus qui pour un grand nombre d’entre eux sont des élus qui étaient au Fpi, et ils ont parlé avec sincérité. Voici cela le premier enseignement, la réconciliation dans la région est effective, elle est en marche, les deux acteurs majeurs de cette réconciliation, à savoir une région qui a été fortement partie prenante de la crise et un Président de la République qui est en quête de ramener la paix à travers la réconciliation, se sont directement rencontrés. Ils se sont parlé et ils se sont compris.
La deuxième chose c’est le développement. Dans les nombreuses interventions, les populations ont cherché à se faire comprendre parce que beaucoup de personnes non au fait des questions liées à la région, se sont posées des questions pour savoir comment une région pétrie de talent, remplie d’intellectuels, ont pris a un moment donné des positions qui quelquefois n’ont pas été très compréhensibles.
Je crois qu’à la faveur de cette tournée, ils ont clairement expliqué au Président qu’en fait ce n’est pas un problème idéologique ni un problème de personne mais que longtemps, à tort ou à raison, cette région s’est sentie oubliée par les programmes  économiques, oubliée par le fait que ces cadres n’avaient pas les promotions auxquelles ils devaient s’attendre  et que les frustrations et les rancœurs les ont amenés à adopter une attitude dans laquelle ils n’ont pas toujours été en phase avec l’Etat. Mais que finalement, à la pratique, en regardant ce qui se passe aujourd’hui, ils ont des raisons de croire qu’ils peuvent faire partie de cette marche vers l’émergence et prendre toute leur part en tant qu’intellectuels, pour eux-mêmes et  leur région. Il y a une approche lucide et structurée de ce qu’effectivement on peut avoir un développement économique.
Les promesses et les décisions prises par le Chef de l’Etat montrent que ces grands projets structurants vont changer la donne dans le pays. Il y a une  très bonne entente et beaucoup d’espoirs mutuels à ce niveau et on en est satisfait. Enfin, troisième point, c’est que les cadres de la région se sont rencontrés. Il y a bien sûr une réconciliation entre les personnes qui se sentent frustrés par l’Etat, il y a l’Etat central qui peut considérer qu’ils ont posé des actes anti-républicains.
A la fin, ce sont les gens de la région qui se sont divisés. Tant qu’ils ne vont pas se mettre ensemble  pour se parler et tourner la page, quel que soit l’effort que le gouvernement fait, cela ne pourra pas marcher. Or, à la faveur de cette tournée, vous avez vu que les cadres de tous les partis, de toutes les tendances politiques se sont mis ensemble pour organiser l’accueil du Président de la République. C’est pour cela que la population est sortie de façon massive. C’est parce que les cadres étaient unis et allaient ensemble avec un même message vis-à-vis des populations. « Le Président arrive, c’est une visite républicaine, c’est le développement attendu et tant recherché qui arrive et nous devons tous y aller  comme un seul homme.»
Ces cadres se sont  retrouvés, se sont entendus et se sont parlé et cela va favoriser  véritablement le développement de la région. Quels que soient les investissements qui vont être faits, si ceux qui reçoivent ces investissements ne sont pas capables de s’entendre, de s’organiser, ils ne pourront pas en bénéficier. Et, je crois qu’une fois que la confiance est revenue, ces exilés qui ont le sentiment que les conditions ne seraient pas remplies, seront  en confiance et pour nous, cela est le point de départ d’un renouveau qui sera important pour le futur de notre région.


Quel sera votre rôle  en tant que cadre pour que des exilés, surtout le ministre Emmanuel Monnet rentrent?

Je pense qu’on ne dit pas sur la place publique les actions que les uns et les autres entreprennent pour que les frères du pays et de la région particulièrement reviennent. Mais vous imaginez bien qu'on est partie prenante parce que ce sont des frères, on les connaît et on est en contact avec eux. On parle avec eux pour les rassurer. Vous verrez qu'un certain nombre sont venus, vous parlez du ministre Monnet et vous avez vu sa femme qui était en exil tout à l’heure  au lieu du meeting, vous avez vu le ministre Atsé Benjamin qui était aussi en exil.
Le processus est en cours, on continue à parler aux uns et aux autres et quelquefois les raisons pour lesquelles ils ne sont pas là ne tiennent pas à des appréhensions ou des inquiétudes, il y a plusieurs facteurs mais on est toujours à pied d’œuvre et on est en phase avec les chefs. On est donc satisfait d’avoir atteint un tel résultat en deux ou trois ans. Certainement après les élections d’octobre prochain, il y aura un retour massif pour le quart d’entre eux.


Propos retranscrit par
Ouattara Ouakaltio
envoyé spécial dans la Mé

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