Ousmane Diagana (directeur des opérations de la Banque mondiale): “L’Ida doit financer le social et créer les conditions d’attraction du secteur privé’’
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Ousmane Diagana (directeur des opérations de la Banque mondiale): “L’Ida doit financer le social et créer les conditions d’attraction du secteur privé’’

jeudi, 29 octobre 2015 16:53
Ousmane Diagana Ousmane Diagana Crédits: Paulin N. Zobo

Le représentant de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Burkina Faso, le Bénin et le Togo dresse le bilan de Lima et de sa mission. Il parle aussi des perspectives de développement de l’Afrique avant son départ pour Washington où il rejoint son nouveau poste de vice-président.

Vous avez pris part aux réunions annuelles 2015 du Groupe de la Banque mondiale (Gbm) et du Fonds monétaire international (Fmi), à Lima, au Pérou, du 9 au 11 octobre. Que doit-on retenir de ces rencontres pour l’Afrique en général et pour les pays que vous administrez en particulier ?

Les Assemblées annuelles de Lima se sont tenues à la veille de la Cop 21 et de l’impact du changement climatique prévue à Paris, fin novembre-début décembre. L’autre contexte de ces réunions, c’est la fin du super cycle concernant le boom des produits miniers, de l’industrie extractive. Un super cycle ayant permis à beaucoup de pays, en particulier des pays africains, de connaître une croissance sans précédent. La question qui se pose est donc de savoir quels sont les nouveaux chantiers à ouvrir pour que la fin de ce super cycle ne se traduise pas par une baisse des taux de croissance. Il est donc question de réfléchir aux axes stratégiques pertinents. Voilà en ce qui concerne l’Afrique. Pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire, les Assemblées se sont tenues au lendemain de l’adoption, par notre Conseil d’administration, d’une nouvelle stratégie de partenariat pays. Laquelle permettra de mobiliser des ressources conséquentes, dans les quatre années à venir, qui seront investies dans les secteurs et programmes prioritaires, de manière à aider la Côte d’Ivoire à consolider la croissance, faire reculer la pauvreté et créer également les conditions d’une prospérité partagée.

L’actualité, c’est également votre promotion comme vice-président de la Banque chargé de l’éthique et de la gouvernance à Washington. Est-ce le fruit de votre mission à Abidjan ou de l’ensemble de votre carrière et en quoi consiste la fonction ?

Cela fait 23 ans que je suis à la Banque où j’ai eu à occuper diverses fonctions sur le terrain sur le continent ainsi que des fonctions techniques, opérationnelles, de management. Cela fait cinq ans que je suis directeur des opérations, un poste que j’ai exercé dans d’autres pays d’Afrique avant de venir en Côte d’Ivoire. Et la prochaine étape, pour un directeur des opérations, c’est celui de vice-président, la fonction qui vient après, même s’il n’est toujours donné d’y accéder. Il est clair que c’est une reconnaissance pour ce que nous avons fait au niveau de notre institution, mais également pour le travail de terrain que nous abattons au quotidien avec nos clients. Il est aussi évident que la Côte d’Ivoire est un pays qui donne une certaine visibilité. Qui est d’abord liée à la qualité de notre partenariat et à l’engagement par rapport aux réformes, à la façon dont elles sont portées et aux résultats obtenus. C’est visiblement une combinaison certainement d’un mérite personnel et de l’opportunité de travailler en Côte d’Ivoire mais aussi sur l’ensemble des pays que je couvre et qui sont également exposés à plusieurs problématiques de développement.

Notamment la Guinée, l’un des trois principaux pays victimes, en 2014, de l’épidémie de la fièvre Ébola.

Effectivement, il a fallu réfléchir et trouver des solutions novatrices pour que les objectifs de développement du pays ne soient pas compromis à cause de cette épidémie. Il y a également eu le Burkina Faso, qui a subi un choc très fort, notamment avec le soulèvement populaire. Là aussi, il a fallu prendre des mesures pour épargner la population. Les deux derniers pays sont le Bénin et le Togo, des pays confrontés, entre autres, à des problèmes d’érosion côtière.

Que retenez-vous, en termes d’évolution et de défis majeurs, pour ces cinq pays partenaires ?

Ces cinq pays évoluent dans la même sphère géographique, en Afrique de l’Ouest et ont, par conséquent, des défis communs. Mais sont, en même temps, exposés à des problématiques différentes selon leurs spécificités. Je retiens, cependant, l’espace d’expression donné à tous les citoyens de ces pays, au vu du mouvement démocratique effectif ; une problématique fondamentale par rapport à la problématique de la gouvernance. Cette question figure au nombre des priorités des citoyens et des efforts sont en train d’être déployés pour leur amélioration. Que ce soit au niveau du système éducatif que de l’accès à l’emploi. En outre, je retiens les améliorations en matière d’accès aux services. En revanche, je note que beaucoup de progrès doivent être déployés à ce niveau car en prenant le cas de l’éducation, bien que le taux d’accès se soit amélioré de manière significative, la question de la qualité se pose. Si bien que les jeunes qui sortent du système ont des problèmes d’accès à l’emploi. C’est certainement l’une des faiblesses. Autre élément, c’est la volonté fortement exprimée de faire du secteur privé un partenaire réel pour le développement. Mais, en même temps, les conditions pour améliorer le climat des affaires doivent être consolidées. Et comme tous ces pays se situent en Afrique de l’Ouest, ils sont confrontés à des problèmes de fragilité, de vulnérabilité et généralement de chocs exogènes liés à l’insécurité ou autres. Ce qui contrarie parfois les politiques publiques. Comme au Burkina Faso où le soulèvement populaire crée des problèmes de sécurité.

La finalité de vos interventions, c’est l’humain. Mais il convient de reconnaître que la pauvreté et la question du développement intégral sont des réalités pour les peuples. Sans rechercher de solution miracle, quel remède préconisez-vous pour ces pays que vous avez administrés afin d’arriver à une vie convenable?

Vous touchez le cœur de la mission de la Banque mondiale qui est la réduction, voire l’élimination de la pauvreté. Nous y avons travaillé par une mobilisation de financements encore plus importants en faveur de ces pays. Cela a permis d’atteindre des résultats puisque le taux de pauvreté a reculé dans la plupart des pays, en termes de pourcentage, même si le nombre absolu de pauvres reste élevé. Cela est aussi une conséquence de l’accroissement de la démographie qui reste très forte. Dans l’espace que je couvre, le taux de croissance démographique tourne, en moyenne, autour de 3,3% par an. En établissant le rapport entre le taux de croissance économique moyen des cinq pays qui tourne autour de 5% (la Côte d’Ivoire étant une exception avec un taux de croissance d’environ 8%) et le taux de croissance démographique, on se retrouve avec un gain net de croissance de moins 2%. Ce qui pose le défi de pouvoir ré- pondre, de manière rapide et qualitative, aux besoins des populations qui augmentent d’année en année, en termes de création de nouvelles infrastructures et de services. L’autre élément, c’est la question de la gouvernance. La gestion équitable de la richesse passe par la répartition efficace et efficiente des ressources qui sont générées. Sur ce chapitre, même si beaucoup de pays ont fait des réformes significatives et ont eu des résultats tangibles, il reste que des marges d’amélioration de la gouvernance restent encore importantes. Sous le leadership des populations et des dirigeants, il faut continuer de renforcer ce dossier. Je dois reconnaître que de plus en plus, ces questionnements sont pris en charge par les pays et la Banque mondiale se trouve dans une position plus confortable qui est celle de les accompagner à les régler. En utilisant un certain avantage comparatif non pas seulement pour l’aspect du financement, mais en termes d’amélioration de connaissances et de conseils. L’un de ces avantages, ce sont nos expériences dans le monde. Il faut partager nos ‘‘Best practices’’ (meilleures pratiques) pour le règlement des problèmes. L’autre avantage comparatif, c’est notre expertise mondiale qui peut être mise gratuitement à la disposition de nos clients. Nous avons aussi pour rôle de mobiliser plusieurs partenaires et de les fédérer autour de projets de développement de manière à ce que chaque partie apporte ses idées et ses ressources. C’est ce qui permet à la Banque d’être efficace auprès de ses clients.

A Lima, votre collègue, Makhtar Diop, a suggéré au Premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, l’idée d’utiliser les financements alloués pour lever des fonds supplémentaires, plutôt que de servir uniquement au financement de projets. Comment un tel schéma fonctionnera-t-il ?

L’idée émise par mon collègue vice-président pour la région Afrique, Makhtar Diop, doit être placée dans le contexte actuel du pays. Voilà un pays qui ambitionne d’être émergent qui a besoin de mobiliser des financements massifs pour mettre en œuvre son agenda de transformation structurelle qui passe par le financement des infrastructures. Un pays qui a besoin de moderniser davantage son agriculture et de faire en sorte que ses différentes filières produisent des valeurs ajoutées. Quand on prend tous ces éléments et qu’on les met en rapport avec les mécanismes de financement de la Banque mondiale, en particulier ceux dont dispose l’Association internationale de développement (Ida), on se doit de reconnaître qu’il faut d’autres approches novatrices. Parmi celles-ci, nous pensons qu’il est possible d’utiliser l’argent de l’Ida, c’est-à-dire la partie de la Banque mondiale qui s’occupe du financement en faveur des pays les moins développés. Une partie du montant sera utilisée pour le financement du développement humain et l’autre pour créer les conditions pour permettre au secteur privé ou aux partenariats public-privé d’investir massivement dans le pays. La Banque doit lancer des études pour expérimenter des programmes très spécifiques ou des programmes pilotes. Ainsi, lorsque les conditions seront plus propices, d’autres viendront s’appuyer là-dessus et amèneront plus d’argent. Il n’est pas possible d’utiliser les 700 millions de dollars que l’Ida accorde, à la fois pour construire des ports, des aéroports, des écoles, des routes et s’assurer que les centres de santé fonctionnent ; ni de créer les conditions pour une meilleure formation des enseignants et financer des projets de lutte contre la pauvreté. L’Ida étant une monnaie pas chère, sans taux d’intérêt, utilisons une partie directement au profit des pauvres : la santé, l’éducation, l’accès à l’eau potable, etc. Et l’autre pour réunir les conditions permettant de générer d’autres ressources, c’est ce qu’on appelle une capitalisation. Il faut attirer le privé dans des secteurs rentables au sens économique du terme, à moins de créer les conditions minima dans le domaine qui relève de l’intervention du secteur public comme l’État mais aussi de la Banque mondiale.

INTERVIEW RÉALISÉE PAR
AGNÈS KRAIDY ET PAULIN N. ZOBO


Ousmane Diagana (Banque mondiale): “La Banque financera un projet de développement des villes secondaires”

Dans ce second et dernier volet de l’entretien qu’il nous a accordé, le directeur des opérations sortant salue les performances de l’économie ivoirienne et présente les défis futurs.

Vos deux ans de présence en Côte d’Ivoire ont été marqués par deux événements majeurs: la célébration du cinquantenaire du partenariat Côte d’Ivoire Banque mondiale et les consultations nationales pour l’élaboration de la nouvelle stratégie pays. Dans le premier cas, vous aviez résumé votre analyse en quatre temps forts successifs: le temps de la complicité, des difficultés, de la fragilité et de la maturité et de l’efficacité. Confirmez-vous que la Côte d’Ivoire est à la dernière étape?

A regarder le chemin parcouru par la Côte d’Ivoire, au sortir de la crise, on ne peut qu’être admiratif. J’ai traversé de nombreux pays fragiles et même vécu dans certains d’eux. Rarement, j’ai vu un pays qui a parcouru de manière aussi rapide ce chemin, notamment en ce qui concerne la stabilisation sur le plan macroéconomique, la remise en état des infrastructures économiques et dans certains secteurs sociaux. J’ai aussi rarement vu un pays qui sort de crise et qui s’est donné les moyens d’amorcer une trajectoire de transformation, dans un horizon temporaire relativement court ; vouloir atteindre l’émergence en 2020. Et au regard des performances, on se dit que c’est possible. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une institution comme la Banque mondiale doit mobiliser à la fois des financements et l’expertise pour ce que cela se réalise. Et si l’on réussit ensemble, cela donnera beaucoup d’autres raisons d’espérer en d’autres pays. Ainsi, nous pourrons sortir de cette fatalité ou ce cercle vicieux de pauvreté et nul ne pourra dire qu’on n’aboutit pas à des résultats lorsqu’on investit en Afrique. Nous savons que les problématiques de développement sont complexes, mais si nous concentrons nos interventions sur un certain nombre de domaine et qu’on arrive à mobiliser de manière novatrice des financements, ce sera faisable. D’autant que les résultats recherchés, aujourd’hui, ont été obtenus par le passé. Dans la période 1960-1980, le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire était à moins de 20%, le pays avait le système éducatif le plus performant, une industrie naissante et fonctionnelle et recevait des produits de marque en provenance du monde entier. La crise a freiné cet élan, aujourd’hui, une reprise s’amorce et je crois qu’il faut créer toutes les conditions pour la consolider. Mais en même temps, amplifier les effets bénéfiques des réformes pour que le processus des réformes soit irréversible. Si l’on arrête les réformes, on ne pourra pas aller loin.

Que retenir des consultations nationales des couches socioprofessionnelles menées dans le cadre de la nouvelle stratégie ?

Nous avons consulté des composantes importantes de la population ivoirienne : les femmes, les jeunes, le milieu rural, le secteur privé, les politiques, les intellectuels… Il est clair que ces catégories auront des visions et des préoccupations différentes, mais elles aspirent toutes à une utilisation judicieuse des ressources du pays et à la création de conditions de développement qui bénéficient à l’ensemble des Ivoiriens. Nous avons noté beaucoup de convergences. Notamment la problématique foncière présentée comme une contrainte au développement de la Côte d’Ivoire et qui est aussi une source potentielle de crise. Cela s’est démontré par le passé, il convient donc de l’aborder de manière à trouver des solutions idoines. De même, la question de l’emploi ou de l’employabilité des jeunes constitue une priorité, l’amélioration et le renforcement continu du système éducatif sont essentiels. Il est aussi revenu que la Côte d’Ivoire est riche de son système agricole, mais qu’elle peut et doit faire mieux pour le moderniser pour attirer davantage de jeunes. Pour nous, si les Ivoiriens ont mentionné toutes ces questions qui sont très profondes, cela revient à dire que ce sont des priorités. Par conséquent, la Banque mondiale doit en tenir compte pour orienter et définir son programme de développement par rapport à ces priorités. C’est ce qui nous a orientés pour proposer un type nouveau de programme qui, je l’espère, va adresser ces problèmes.

Vous avez l’habitude de dire que vous préférez regarder le verre à moitié plein au lieu du verre à moitié vide. Quel est ce vide que vous refusez de regarder ?

C’est tout à fait normal, en tant que citoyen d’un pays, d’être critique vis-à-vis des pouvoirs publics pour les inciter à faire mieux. C’est aussi tout à fait normal qu’on soit critique vis-à-vis des institutions internationales ou des partenaires bilatéraux ou multilatéraux. Dans cette critique, l’on a tendance parfois à mettre l’accent sur ce qui ne fonctionne pas : inexistence d’énergie, d’eau potable, système éducatif non fonctionnel, la croissance d’accord, mais on ne la mange pas, etc. Je ne sais pas si ces critiques sont nécessaires, mais je ne suis pas forcément d’accord avec une telle perception des choses. Prenons le cas de la croissance, lorsqu’on parle d’augmentation du taux de croissance, cela signifie qu’il y a eu une augmentation de la production, donc de la richesse. Et c’est la richesse qu’on peut justement partager. Ne pas enregistrer de croissance signifie qu’il y a eu une stagnation ou un accroissement de la pauvreté. Or la pauvreté ne saurait être partagée, on la subit. Donc il faut déjà reconnaître les efforts qui ont favorisé cette croissance. Ensuite continuer à encourager les acteurs pour rendre la richesse pérenne et qu’elle soit mieux distribuée. Deuxièmement, la dimension qualité et l’amélioration de l’efficacité du système éducatif sont extrêmement importants. Cependant, pour y parvenir, il faut déjà s’assurer que les enfants intègrent le système. D’où l’importance de saluer les efforts en matière de l’augmentation de l’accès par la création de nouvelles salles de classes et de leur équipement. Mais il reste maintenant que les enfants qui y entrent apprennent quelque chose, qu’ils soient séduits parce qu’ils sont appelés à devenir des citoyens, des opérateurs économiques qui seront, demain en compétition avec d’autres enfants du monde. Pour revenir au verre à moitié plein, je veux simplement être lucide pour reconnaître les progrès faits. En même temps, je veux que nous œuvrions ensemble pour corriger ce qu’il faut et que le chemin non encore parcouru le soit.

Vous évoquiez tantôt la nécessité de réformes. En matière d’amélioration de l’environnement des affaires, les rapports Doing Business ont été l’occasion de saluer les efforts fournis par la Côte d’Ivoire. Pour autant, quelles recommandations pouvez-vous faire pour accroître les investissements privés ?

Je considère la réforme comme une exigence. Les pays développés sont constamment en réforme. Aux Etats-Unis, en France, on ne parle que de réformes. Ce n’est pas une question liée à une catégorie de pays mais tout le monde doit le faire et je crois que la Côte d’Ivoire l’a bien compris, au regard des réformes structurelles majeures qui ont été faites ou qui sont envisagées. Cependant, il est important que les ré- formes ne soient pas uniquement sur le papier mais qu’on puisse voir leur traduction effective ; ce qui permettra de résoudre les problèmes qui ne l’ont pas encore été. Dans ce cas, cela donnera l’impression à certains que le verre est à moitié vide. Si nous prenons le domaine des investissements publics réalisés après la crise, qui ont été très importants et qui ont contribué à la forte croissance, il est important –et le gouvernement l’a commencé -- qu’ils ne soient pas concentrés uniquement à Abidjan et ses environs. Chacune des villes ivoiriennes a un potentiel de développement extrêmement fort, que ce soit à San Pedro, Korhogo, Yamoussoukro, Daloa, Man, Bouaké, etc. En combinant à la fois les investissements publics bien distribués pour mieux exploiter ces potentialités et des réformes plus conséquentes en faveur des investisseurs privés, cela permettra à la Côte d’Ivoire d’aller encore plus loin, de créer des emplois et de fixer les jeunes dans ces villes de l’intérieur. Et au finish, d’arriver à un développement beaucoup plus équitable, plus harmonieux.

Vous êtes pour la décentralisation réelle et effective, un sujet d’ailleurs en rapport avec l’atelier de restitution de l’étude sur l’urbanisation en Côte d’Ivoire, qui a eu lieu il y a quelques mois, en présence du Premier ministre ? Quels sont les résultats ?

Effectivement, nous avons fait une revue sur la problématique de l’urbanisation en Côte d’Ivoire qui a révélé que les villes ont des potentiels différents mais qui se complètent. Comme résultat, dans notre nouvelle stratégie, nous allons financer un projet spécial appelé «Projet de développement des villes secondaires ». Ce sera une combinaison de financements particuliers et il se fera avec les Ivoiriens.

Dans le cadre des appuis institutionnels, vous avez travaillé sur la réforme de la passation des marchés publics. Les résultats sont-ils à la hauteur de vos attentes ?

Je disais que les réformes ne sont jamais achevées. Cette question entre aussi dans la catégorie des réformes et je dois reconnaître qu’il y a eu beaucoup de progrès. Toutefois, un chemin important reste à parcourir. A notre arrivée, le gré à gré était la règle, or il ne permet pas fondamentalement de réaliser les principes directeurs d’un bon système de marchés publics. A savoir la recherche de l’économie et de l’efficacité. Nous avons eu beaucoup de discussions et aujourd’hui, le gré à gré est une exception. Les codes des marchés publics de tous les pays du monde l’autorisent mais à titre exceptionnel et la Côte d’Ivoire y est parvenue. Les marchés publics consistent aussi à s’assurer que les activités réalisées, que ce soient les infrastructures ou les services se déroulent dans un temps très court avec au bout, la qualité. Mais on peut faire nettement mieux. Et je crois que le Président de la République a, lors d’un Conseil des ministres, soulevé cette question et interpellé les ministères. C’est dire que les autorités au plus haut niveau partagent le souci et la Banque mondiale ne peut qu’encourager les réformes et surtout que celles qui sont sur papier soient réalisées. De même, la qualité peut être améliorée. Là, il est important de regarder les spécifications techniques, les contrats, les marchés, etc. Ce que je trouve très rassurant et très réconfortant, c’est que les intervenants sur la chaîne des marchés publics et les autorités étatiques se posent exactement les mêmes questions et essaient, chaque jour, d’y apporter des réponses. Je le remarque également dans les délibérations des Conseils des ministres et réunions techniques. Des évaluations sont faites presque chaque semaine suivies de propositions de solutions. Pour notre part, dans le cadre de notre nouvelle stratégie et de l’amélioration de la gouvernance, nous avons prévu un projet spécifique d’assistance technique pour que toutes les idées et réformes puissent être réalisées.

Quelle est votre appréciation à l’égard du secteur privé ivoirien et sous-régional? Le jugez-vous dynamique et quelle contribution peut-il attendre à nouveau de la Banque ?

L’un des projets majeurs que nous avons réalisé était destiné au secteur privé, et à juste titre, parce qu’il avait été particulièrement impacté par la crise. Il fallait donc venir à son secours. Des résultats probants ont été obtenus grâce aux compétences existantes dans le secteur privé (formel et informel), aux intervenants, aux ressources et à la position stratégique du pays. Mais il faut continuer les réformes pour réunir les conditions en faveur d’un secteur privé plus dynamique. Cela passe par une bureaucratie légère ou moins lourde, une pression fiscale sur un certain nombre de groupes plus supportable, une justice rapide et efficace pour tous. Ce sont là autant de facteurs pour un secteur privé plus compétitif. Une compétitivité qui ne soit pas mesurable uniquement à l’intérieur du pays mais aussi par sa capacité à gagner des parts de marchés à l’extérieur. Le gouvernement a pris des mesures notamment concernant la commande publique et je pense qu’il est extrêmement conscient des défis qui restent. L’autre question essentielle, c’est celle du financement. A cet effet, un projet spécifique est prévu cette année pour un montant de 50 millions de dollars.

En quoi consiste votre mission dans le cadre de vos nouvelles fonctions? Se limite-t-elle à la Banque ou s’étend-elle aux États ?

Ma mission se limite essentiellement au sein de l’institution, concernant nos staffs dans le cadre de l’application de notre Code de conduite et la gestion des ressources mises à la disposition des pays. Cependant, la Banque mondiale étant un instrument au service des pays, il est possible que cette expertise soit exportée ou utilisée au niveau des pays surtout dans un contexte où l’éthique est au cœur du développement.

INTERVIEW RÉALISÉE PAR
AGNES KRAIDY ET PAULIN N. ZOBO

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