Nicole Faitai, Conceptrice de "Maman Fashion" : "Militer pour une Côte d’Ivoire sans grossesse précoce"
  • Accueil
  • Focus
  • Interview
  • Nicole Faitai, Conceptrice de "Maman Fashion" : "Militer pour une Côte d’Ivoire sans grossesse précoce"

Nicole Faitai, Conceptrice de "Maman Fashion" : "Militer pour une Côte d’Ivoire sans grossesse précoce"

mardi, 23 décembre 2014 11:57
Nicole Faitai, Conceptrice de "Maman Fashion" Nicole Faitai, Conceptrice de "Maman Fashion" Crédits: T K

Lancé en 2012 par Nicole Faitai, "Maman Fashion", le défilé de mode atypique et original, les mannequins étant exclusivement des femmes enceintes, est de retour pour la seconde édition qui aura lieu du 25 au 26 juin 2015. Au menu : une journée de sensibilisation avec l’appui de l’Aibef sur le problème des grossesses précoces et un défilé de mode.

A quoi renvoie le concept de "Maman Fashion" ?

C’est une inspiration divine selon moi. Car fallait y penser. Faire défiler, utiliser des femmes enceintes comme mannequins, une première mondiale, était un pari non seulement osé mais complètement fou. Des femmes enceintes occasionnellement sur des ‘‘T’’, des tapis rouges, on en voit. Mais un défilé de mode où les mannequins sont exclusivement des femmes enceintes, il fallait oser le faire et nous l’avons fait lors de la 1ère édition en 2012.

Quels messages voulez-vous véhiculer à travers ce concept ?

Le premier objectif de "Maman Fashion" est de célébrer la femme enceinte, la mettre dans la lumière, la mettre en valeur. Faire prendre conscience à nos sœurs, mères, cousines ; en gros à toutes les femmes que la grossesse n’est pas la fin de la vie. Au contraire : elle représente le renouveau, le début d’une nouvelle aventure. C’est pourquoi, nous voulons qu’elles changent de mentalité, nous voulons leur donner une nouvelle vision, une nouvelle conception de la maternité ; leur inculquer de nouvelles valeurs. En finir avec les tabous et autres clichés qui veulent que la femme enceinte dans nos sociétés urbaines soit occupée à autre chose qu’à son épanouissement personnel et celui du futur bébé.

L’Etat de grossesse d’une femme n’a-t-elle pas un impact sur sa beauté physique ?

Dès qu’une femme tombe enceinte sous nos cieux, on a l’impression que la vie s’arrête. Ce qui est archi-faux parce que la vie continue de plus belle. C’est pourquoi, nous, à "Maman Fashion", nous disons qu’une femme enceinte a des droits.

Lesquels ?

Le droit de continuer à se faire belle, coquette, glamour et pourquoi pas sensuelle. Malheureusement en Afrique, on vit la grossesse comme un fardeau voire la fin de tout. Dès lors, la plupart de nos femmes voient en la grossesse, une licence, un permis pour tout et n’importe quoi. Allant de la négligence, au-laisser-aller en passant par une alimentation désastreuse ; la mal-bouffe. La porte ouverte à tous les excès, tous abus contrairement aux occidentales qui continuent à faire l’effort de prendre soin d’elles, de leurs corps et de leur apparence. C’est à cette prise de conscience que nous voulons amener les ivoiriennes et pourquoi pas au-delà de notre pays.

Mais pourquoi un défilé de mode ?

Tout d’abord, un défilé de mode parce que l’on parle de beauté, du corps de la femme ainsi que des soins que ce soient vestimentaires ou corporels à y apporter. Ensuite, pour susciter l’engouement, l’envie, créer le besoin auprès des Ivoiriennes qui, on le sait ont le sens du style, aiment les belles choses et aiment s’habiller. Enfin, faire prendre conscience à nos couturiers pour qu’ils se lancent également dans la danse, se réapproprient la chose en prenant en compte les besoins de ces dames. Car je suis intimement convaincue qu’il y a une demande forte mais malheureusement, l’offre inexistante. D’où toutes ces femmes toutes classes sociales, âges confondus qui se croient obligés de porter ces vêtements informes, ces boubous qui les enlaidissent. Si des couturiers leur proposent des tenues de ville, de sortie et de soirée, vous verrez que les ivoiriennes changeront de mentalité et se laisseront faire, guider. Attitude que nous avons constatée lors de la première édition.

Justement, comment les gens et le public ont-ils réagi face à ces mannequins et cette mode d’un autre genre ?

Tous au début me regardaient avec un drôle d’air. Certains comme toujours en Afrique ont essayé de me dissuader de continuer cette aventure jugée folle. Je me suis fait gruger mais nous avons par la grâce de Dieu tenu bon contre vents et marées et avons pu organiser ma toute petite équipe et moi en un mois et demi, la première édition avec l’appui moral, psychologique et le soutien matériel de certaines personnes surtout au niveau des medias que je remercie encore infiniment pour leur aide mais aussi la caution morale de certains ministères. C’est ainsi que, nous avons organisé la première édition qui a connu un véritable succès ,de  l’estime auprès du public et un succès médiatique. Toutes les femmes présentes ont été étonnées par la grâce, le professionnalisme des mannequins et par le savoir-faire des couturiers qui n’ont eu qu’un mois pour faire leur collection aux couleurs de l’Afrique qui était le thème du défilé et ont pris conscience, que la grossesse ne peut et ne saurait être un frein à l’épanouissement.

"Maman Fashion", c’est également un combat sur le plan de la santé ?

En effet, primo : nous n’avons nullement pour mission de faire l’apologie de la grossesse. C’est-à-dire, inciter la jeune fille, l’adolescente à tomber enceinte pour être "in", dans le vent ou "fashion" ; être à la mode. Nous, nous adressons à des femmes en âge de procréer. Secundo : une femme enceinte a certes des droits mais elle a également des devoirs. Envers elle et envers le petit-être qu’elle porte dans son sein car nous avons pour slogan : « une femme enceinte dans un corps sain pour un bébé sain ».  Pour nous, une "Maman Fashion", c’est celle-là même qui respecte sa santé et celle de son bébé en suivant les recommandations prénatales et post-natales, qui va régulièrement au centre de santé, fait ses examens médicaux et suit à la lettre les conseils et autres exhortations du corps médical, du personnel de santé.  Notre rôle est de sensibiliser toutes ces femmes qui pour diverses raisons : paresse, inconscience, négligence mais aussi pauvreté, ne se rendent pas dans les centres de santé, quand on sait que le premier trimestre est primordial. En effet, c’est là que l’on peut découvrir certaines maladies à même d’être traitées et pallier certaines malformations. Choses qu’on ne peut ni rattraper ni corriger si la future mère ne fréquente aucun centre de santé ou néglige le fait d’y aller.  En conclusion, "Maman Fashion" milite pour une meilleure prise de conscience de nos sœurs face aux dangers qui guettent toute femme qui attend un enfant.

Y a-t-il des innovations pour cette 2ème édition ?

Nous avons décidé de placer cette 2ème édition qui aura lieu du 25 au 26 juin 2015 sous le sceau de la sensibilisation à travers une journée d’information sur le phénomène des grossesses précoces, qui prend de l’ampleur dans notre pays car cela touche plus particulièrement des mineurs, des élèves du primaire, du collège, des gamines qui n’ont même pas encore fini elles-mêmes leur croissance ; de grandir. D’où le thème pour cette édition 2015 : « l’adolescente face à la sexualité ». Avec l’appui et le soutien de l’Aibef (association ivoirienne pour le bien-être familial), nous avons décrété le 26 juin comme la journée de la sensibilisation et de la lutte contre ce phénomène qui en plus de détruire des vies, n’honore pas notre pays. Le pis, c’est que nous avons tous (pouvoir public, parents, écoles) démissionné et laisser ces enfants face à leur détresse psychologique. Nous envisageons donc d’aller à la rencontre de nos populations en vue de les sensibiliser, les informer et les éduquer pour qu’elles prennent conscience des dangers que courent nos enfants. Des dangers réels qui qui ont pour noms : le cancer du col de l’utérus, les fistules, les IST(les infections sexuellement transmissibles) dont le Vih-Sida, la déscolarisation, la prostitution etc. Car il est urgent que tous, nous prenions conscience du danger que court notre jeunesse, l’avenir de notre pays et prenions notre bâton de pèlerin et militions pour une Côte d’Ivoire sans grossesse précoce.

 

Que prévoyez-vous pour le défilé ?

Le défilé qui aura lieu le lendemain de la journée de sensibilisation c’est-à-dire le 27 juin viendra clore cette 2ème édition 2015. Aux commandes, nous aurons une nouvelle génération de talentueux couturiers tels que Wahouié Judicaël (lauréat du concours Uniwax 2012), Kamissoko Ibrahim (l’habilleur des présélections Miss CI Abengourou, 2ème lors de Ouaga Fashion Week2014  etc.), une jeune dame, Mb Design et enfin Hortie Design qui n’est plus à présenter.

Outre la journée de sensibilisation, nous aurons également en terme d’innovation, un défilé  de mode avec des nourrices vêtues selon les rites et coutumes des cinq régions de la Côte d’Ivoire (nord, sud, est, ouest et centre) lors des cérémonies dites de "sortie de bébé". "Maman Fashion" pour l’édition 2015 est placé sous le sceau de la sensibilisation car nous devons tous combattre ce fléau qu’est le phénomène des grossesses précoces dans notre pays. Il y va de la survie même de la femme de demain voire du pays.

 

Entretien réalisé par

Théodore Kouadio

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Lu 2928 fois Dernière modification le mardi, 23 décembre 2014 12:06