Musique/Guéi Thomas: ‘’La musique d’Ernesto Djédjé me parle’’

Musique/Guéi Thomas: ‘’La musique d’Ernesto Djédjé me parle’’

dimanche, 09 décembre 2018 19:07
Guéi Thomas, un percussionniste ivoirien. Guéi Thomas, un percussionniste ivoirien. Crédits: DR

A la sortie de la 3e édition du festival 100 tambours, son initiateur, le percussionniste ivoirien, en dresse un bilan et situe les enjeux des éditions à venir.

Que retenir de l’édition 2018 ?

Une montée en grade car nous avons livré deux spectacles les mercredi 28 et vendredi 30 novembre contrairement aux éditions précédentes où le public avait eu droit à un spectacle unique. Ce public a répondu massivement, et a apprécié ces deux spectacles différents. Après le tambour bèlè martiniquais en 2017, cette année, c’est un Coréen qui a été l’invité d’honneur ! Une fusion plurielle pour un seul objectif, la transmission ! Les retours sont satisfaisants alors que nous ne sommes qu’à la troisième édition.

Est-ce rentable ?

Déjà ? Non pas du tout. Économiquement il n’y a pas de ressources générées et c’est pourquoi nous voulons saluer l’implication et le soutien d’Haidar Salman ; un opérateur économique qui a offert des billets d’avion, acheté des instruments à offrir aux jeunes du centre social, mis un minibus à disposition pour les déplacements... Mais sur le plan artistique ce fut une réussite avec des ouvertures.

Vous faites allusion au thème autour de l’Asie je présume…

Tout à fait. Le thème a permis notamment à Hwan Jin Jung de proposer, en duo avec moi, une prestation. Et comme le prétexte est de valoriser les percussions de chez nous, l’Ivoirien Daniel Oupoh (Ndlr : transfuge du village-Kiyi, il y a appris au côté de Boniface Gnaoré, père de Dobet, le tamanoi qu’il joue à merveille) a, lui aussi, été en duo avec la  guitariste américaine Catherine Capozzi, présente déjà lors de la deuxième édition.

A quel besoin ça a répondu de reprendre la pièce Bliwana (Ndlr : Les chanteurs) d’Ernesto Djédjé ?

La musique de Djédjé me parle beaucoup. Elle est encore d’actualité et ne prend aucune ride. Les arrangements sont rythmés, scandés de sorte qu’on croirait volontiers qu’ils sont le fait d’un percussionniste. A cela il faut ajouter le fait qu’enfant nous avons dansé sur les rythme de Djédjé. C’était ma façon à moi de lui rendre un hommage mérité. Et sa musique est tellement bien élaborée que nous avons ajouté d’autres instruments à cordes sur les percus proposés. Le public a aimé.

La batterie est tenue par l’excellent Paco Séry qui a commencé comme la plupart des batteurs, percussionniste. Qu’est- ce qui vous maintient à la percu et pourquoi n’avez-vous pas franchi le pas pour devenir batteur ? 

Je ne dirais pas que je suis maintenu dans la batterie. Ça donne une impression de contrainte. Je joue de la batterie de façon effective mais je préfère rester dans la percu. Car un batteur est fait pour accompagner les autres. Il y a tellement à faire en percu que certains la limitent au Djembé mais il y a les congas, le tamanoi, le doundoun, le tambour d’aisselle, etc., qu’il conviendrait d’explorer. Personnellement, je suis pour l’ouverture. Depuis ma formation à l’Edec, j’ai appris à écouter d’autres genres musicaux, le jazz notamment aux côtés d’Emmett Mac Donald, le mari de Rose Guiraud. J’écoutais les standards comme Take five, les  titres d’Art Blakey par exemple.

Vous êtes percussionniste solo, n’est-ce pas une revanche avec ce festival, quant à l’anonymat, à l’ombre dans lequel on catégorise et confine le Djembéfola ?

Le mot revanche est trop fort mais j’avoue que j’aimerais bien les valoriser surtout quand comme moi on a eu à accompagner des ballets de danse et qu’on a acquis de l’expérience.

La  prestation est tellement synchro sur scène qu’on ne s’aperçoit pas vraiment des fausses notes. Y en-a-t-il eues ?

Joker. C’est un secret que je ne saurais dévoiler ici de peur de décupler l’attention du public et déclencher en lui une recherche systématique de l’erreur. Non nous jouons en évitant de nous tromper. Ce sont beaucoup d’heures de répétitions.

Quelle est la dose d’improvisation dans vos spectacles ?

Quand c’est une de mes compositions je respecte scrupuleusement les partitions mais quand nous nous retrouvons dans le cadre d’un spectacle vivant, c’est la fête. J’obéis à la structuration du morceau mais par endroits j’embarque tout le  monde dans mon monde et c’est à ce moment que l’improvisation triomphe. Je réagis dans ces cas en fonction du public qui a effectué le déplacement et à qui je dois faire plaisir.

Vous avez emmené sur scène des jeunes défavorisés. Pourquoi ?

Nous essayons de transmettre à la plus jeune génération. Notre choix s’est porté sur le centre social d’Anono. Nous avons travaillé quelques jours avec les enfants pour fournir ce spectacle et avons également offert des djembés et des cloches.

A  quoi doit-on s’attendre  pour la 4e édition ?

Je rêve d’une programmation avec Boni Gnaoré le vulgarisateur du tamanoi. Je pourrai faire un duo. Une programmation avec les Sofas de la Guinée, un groupe marocain et un autre français.

Avez-vous les moyens ?

Un festival n’a pas de prix, c’est pourquoi il faut y aller avec l’audace d’une  belle programmation, une équipe soudée, le reste suivra. Je rêve de voir ce festival grandir par la valorisation d’un patrimoine qui fait route avec la modernité et le reste du monde.

A quand finalement la sortie de ton album que vous préparez voici une décennie ?

Pour bientôt et je suis sûr que Freedom plaira car il y a plein de surprises, des featuring, je ne peux en dire plus pour l’instant.

Interview réalisée par
ALEX KIPRE

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