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Monseigneur Raymond Ahoua (Evêque du Diocèse de Grand-Bassam): " Les jeunes sont la lumière du monde "

mardi, 08 mai 2018 15:25
Monseigneur Raymond Ahoua (Evêque du Diocèse de Grand-Bassam): " Les jeunes sont la lumière du monde " Crédits: DR

Ils étaient un peu plus de cinq mille jeunes venus du Diocèse de Grand-Bassam, rassemblés au Centre Don Orione de Bonoua  du 20 au 22 avril, pour la septième édition du Pélé-jeunes. Trois jours de formation, d’enseignement, de médiation et de prière sur lesquels revient l’Evêque du Diocèse de Grand-Bassam dans cet entretien…

Monseigneur, le 22 avril dernier, fut organisée, à Bonoua, la messe de clôture du septième Jubilé du pèlerinage des jeunes de votre diocèse. Le thème de cette rencontre était « Pour un esprit saint dans un corps sain, jeunes chrétiens, fuyons la drogue ». Qu’est-ce qui a justifié le choix de ce thème ?

Le choix du thème est important pour la jeunesse dans la mesure où aujourd’hui, la cohésion entre le corps et l’esprit est parfois gravement remise en cause. Le corps a son importance. Or, au regard de tout ce qui se passe avec le tourisme de la sexualité, le trafic d’organes, le trafic des enfants, il faut que nous parlions de la personne humaine, sans dissocier son corps de son esprit. La parole de Dieu recommande que le corps sain doit être la demeure d’un esprit sain. En affectant l’adjectif « sain » qui qualifie Dieu au corps et à l’esprit, nous voulons que les jeunes chrétiens répondent à leur vocation de créature façonnée à l’image et à la ressemblance de Dieu.

 

La drogue détruit le corps, temple de l’esprit, mais pourquoi avez-vous décidé cette année de parler d’un tel sujet ?

La drogue peut détruire le corps qui, même lorsqu’il est inanimé, lorsqu’il est cadavre, est toujours l’objet d’attention, au point qu’on réserve des funérailles dignes de ce nom à la personne humaine qui n’est plus. Le corps est sacré, parce que c’est le temple de l’esprit ; sacré parce que c’est une œuvre de Dieu. Le corps n’est pas un habit qu’on enlève et qu’on met à sa guise et selon son inspiration. Selon la parole de Dieu, selon la volonté de Dieu, le corps à une divinité que nous devons respecter.
Or, nous savons que parmi les activités des jeunes et de certaines personnes, l’usage de la drogue peut altérer, non seulement la volonté, mais aussi la beauté et de tout ce qui fait la constitution normale du corps. Un corps livré à l’alcool et à certaines pratiques se déprave, se détériore, la volonté devient faible et l’intelligence s’appauvrit.


Le pèlerinage des jeunes du Diocèse de Grand-Bassam était à sa septième édition cette année. En regardant quelques années en arrière et en marquant un arrêt aujourd’hui, avez-vous l’impression que les jeunes comprennent l’enjeu d’un tel rassemblement ?

L’important est que les jeunes sont les meilleurs missionnaires des jeunes. A la première édition, ils étaient un peu plus de 3000 rassemblés. Au fur et à mesure que nous avons avancé, de plus en plus de jeunes ont pris part à cette rencontre parce qu’ils y ont trouvé des choses importantes pour leur vie et pour leur avenir. En sept ans, nous avons dépassé le cap des 5000 jeunes. Ce qui nous montre bien qu’ils sont prêts à venir se faire aider, s’instruire et préparer leur avenir. Il y a aussi la volonté de mieux comprendre certaines problématiques. La drogue est pour les jeunes une menace permanente, que ce soit à l’école, dans la cité, dans leurs relations avec d’autres jeunes. En venant prendre part à l’édition de cette année, certains ont compris qu’il y a une dimension juridique dans la consommation de la drogue. Les jeunes sont satisfaits des thèmes que nous leur proposons et nous comprenons tous que les jeunes ont besoin de l’Église tout comme l’Église a besoin des jeunes.

 

L’espérance traduite d’un langage trivial fait dire aux Ivoiriens que « Dieu a un plan pour chacun de nous ». Monseigneur, quel est « le plan de Dieu » pour la jeunesse ivoirienne ?

La jeunesse constitue l’avenir de toute société, et elle constitue aussi l’avenir de l’Église. Si nous avons des jeunes qui sont médiocres, notre avenir sera médiocre. Et ce que nous voulons pour les jeunes, c’est qu’ils soient catholiques, c’est-à-dire qu’ils aient des valeurs dans leur esprit et dans leur cœur. Qu’ils aient des valeurs à proposer aux autres. Je leur dis, comme nous l’enseigne le Christ, « vous êtes la lumière du monde, vous ne pouvez donc pas marcher derrière des personnes qui n’ont pas de lumière. Ne marchez donc pas dans les ténèbres… » Lorsque les jeunes comparent les valeurs dont nous leur parlons et celles que leur donnent le monde, ils se rendent compte qu’ils ont parfois marché dans les ténèbres.

 

Votre Diocèse a fait de 2018 l’année des enfants et de 2019, celle des jeunes. Pourquoi ?

Il faut partir du début et toute vie commence par l’enfance. Dans le cadre de la préparation du Jubilé des 125 ans de l’évangélisation de la Côte d’Ivoire, notre pays, Grand-Bassam a été retenue comme la porte de la foi et ce sont les faits historiques qui établissent cette vérité. En effet, l’évangélisation commence à Grand-Bassam avant de s’étendre aux extrémités du pays.

La vie, nous le rappelons, commence avec l’enfance. Nous commençons donc ce jubilé avec les enfants dont l’innocence et la volonté d’être ouverts à tous nous permettent, comme Dieu le voudra, d’être ouverts à sa volonté, à l’avenir, à la préparation du Jubilé et de tout que Dieu nous promet.

L’année prochaine, les jeunes vont prendre le flambeau des mains des enfants et le porter un peu plus haut vers un nouvel horizon, une nouvelle vision et des valeurs renforcées. Ils seront les missionnaires des jeunes dans toute la Côte d’Ivoire, parce qu’un jeune sait parler à un autre jeune. Pour rester dans le contexte du Jubilé, nous dédions la troisième année aux familles.

 

Monseigneur, de plus en plus de jeunes choisissent d’aller à l’aventure vers les terres européennes, quitte à mourir dans le désert ou dans la mer, que de vivre chez eux, en Afrique… Partir pour mourir, n’est-ce pas un manque d’espérance ? Quels sont vos souhaits et prières pour la jeunesse africaine ?

Ma prière est que Dieu donne aux parents et aux jeunes l’occasion de comprendre que naître sur une terre, vivre dans un pays, c’est peut-être providentiel… Mais mon bonheur, je peux le réaliser là où je suis né. Le lieu où nous naissons, quel que soit le continent, n’est pas un lieu de condamnation. Ma prière : que les jeunes comprennent que l’Afrique regorge de ressources humaines et économiques, et que la dimension économique de la vie n’est pas le seul élément à prendre en compte et justifier qu’on ait besoin de s’exiler. Avec la patience et le travail, on peut transformer ce qui est perçu comme maudit en objet de bénédiction. Dans le désert, il y a toujours une oasis. Nous avons toujours mille raisons d’agir pour transformer nos vies, même quand cela paraît difficile. Il y a des femmes et des hommes qui ont relevé des défis dans des conditions difficiles et qui sont devenus pour beaucoup d’entre nous des sources d’inspiration.

 

Quelles sont pour vous les valeurs que les jeunes doivent incarner ?

Pour notre pays, nous parlerons de la sincérité, de l’honnêteté, en somme, de la vérité. Si je suis pauvre, je dois accepter ma condition de pauvreté. Je n’ai ni besoin de me maquiller, de me masquer, ni de me déguiser pour paraître riche pour montrer de moi autre chose que je ne suis pas. Et puis, être pauvre n’est ma condition finale. Si se n’arrive pas à bien travailler à l’école, je demande à mon voisin ou à ceux qui comprennent mieux les matières de m’aider. Les jeunes doivent vivre dans la vérité. En plus de la vérité, ils doivent vivre dans les bonnes relations d’amour et de fraternité avec les autres. Nous ne sommes pas en compétition les uns contre les autres ; nous ne sommes pas nés sous les mêmes étoiles, nous n’avons pas les mêmes atouts… Il nous faut donc fondre nos atouts individuels pour bâtir ensemble notre communauté de vie. Il faut qu’il y ait une ardeur sincère dans le cœur des jeunes.

Une autre valeur que je recommande : la patience. La patience dans le travail, dans les études, dans tout ce que nous entreprenons. La patience dans nos relations avec les autres. Nous ne pouvons pas penser tout ficeler avec un programme informatique et d’un clic réaliser nos projections relationnelles avec les autres selon notre désir et notre volonté. Les jeunes doivent apprendre à vivre dans la vérité, dans la patience et dans le travail.

Interview réalisée par A. KRAIDY

 

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