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Mamadou Kamara (Ecrivain): ‘’Ma fondation vise à collecter et faire connaître les traits culturels et artistiques Dan’’

samedi, 01 juin 2019 12:48
Mamadou Kamara, Ecrivain Mamadou Kamara, Ecrivain Crédits: Véronique Dadié

L’auteur que nous avons rencontré, en marge du Sila 2019, nous parle de sa production littéraire et nous fait découvrir la fondation Koblé des Mandé sud qu’il a mise sur pied.

De vos fonctions administratives, politiques à votre passion pour les lettres, Mamadou Kamara est un monsieur à plusieurs casquettes.

On pourrait le dire, j’ai plusieurs casquettes au regard de mes fonctions et de mes passe-temps favoris. J’écris depuis 1990. A la base je ne suis pas un homme de lettres. J’ai une formation d’ethnologue-sociologue effectuée à l’université d’Abidjan. J’ai été sous-préfet dans plusieurs circonscriptions de la Côte d’Ivoire, j’ai été secrétaire de préfecture à Daloa, et j’ai été le premier préfet du département de Kong. J’ai occupé cette fonction pendant 3 années jusqu’à ce que, sur proposition ministérielle, je sois nommé secrétaire général de la chambre des rois et chefs traditionnels à Yamoussoukro depuis octobre 2015. Et, c’est dans le cadre de mes passe-temps, notamment de la lecture, qu’il m’est arrivé d’écrire des livres.

Vous êtes présent au Salon international du livre d’Abidjan (Sila 2019) dans le cadre de la promotion de votre dernier livre ?

«Affection partagée» est ma quatrième et dernière œuvre en date. Il s’agit d’une compilation de 8 nouvelles : 4 consacrées aux hommes et 4 autres à des femmes, tous atteints de la même maladie. Chacun de ces acteurs se questionne de savoir avec lequel, ou laquelle de ces partenaires il a contracté la maladie. En fouillant dans leur passé commun, chacun se focalise sur les différentes aventures qu’ils ont réciproquement partagées.

C’est une œuvre qui interpelle, qui appelle à faire attention aux comportements sexuels à risque. Les cas présentés dans l’œuvre sont fictifs, mais ils sont très proches du quotidien des gens, afin que ceux-ci puissent s’y identifier. J’ai écrit ces nouvelles à Oumé où j’étais sous-préfet, pendant la rébellion. On était oisifs, on avait beaucoup de temps et c’était favorable à l’écriture. Alors j’ai rassemblé mes idées afin d’écrire ces nouvelles.

Outre «Affection partagée», vous avez écrit 3 autres œuvres littéraires ?

La toute première s’intitule «Les fonctions de masques dans la société Dan de Sipilou», une œuvre qui met en exergue les conséquences de la perte de notre patrimoine culturel. Surtout les objets de culte qui sont vendus et qui se retrouvent dans les musées en Europe. Puis j’ai écrit «Ton nom est qui ?», un éventail de noms proverbiaux dans la culture Dan, notamment du département de Danané. Et enfin «Mémoire d’automobile», une chronique des accidents de la voie publique. Elle met en situation un véhicule qui, au cours de sa traversée de la Côte d’Ivoire, rencontre d’autres véhicules qui ont été victimes d’accidents, et engage le débat avec ces derniers pour en comprendre les circonstances.

Il s’agit de votre première participation à ce salon ?

Je suis à ma 2e édition du Sila. J’y étais déjà l’année dernière. C’est une initiative salutaire pour tous les amoureux du livre.

Vous vous battez pour la protection et la valorisation de la culture Dan. Et dans cette perspective, vous avez créé une fondation ?

La fondation est baptisée «Fondation Koblé des Mandé sud». Les Mandé sud, ce sont les peuples Dan, Toura, Gouro, Dagou, Ouan pour ne citer que ces derniers. C’est donc un peuple vaste, caractérisé par beaucoup de relations à plaisanteries. Comparativement à certains groupes ethniques de Côte d’Ivoire, nous sommes peu connus. Alors que sur le plan de la richesse culturelle et de la préservation des biens culturels, ce sont des peuples qui sont très bien connus à l’étranger. Notamment en Europe et en Amérique. C’est pourquoi dans le cadre de mes relations amicales avec les responsables du musée Rietberg de Zurich, j’ai eu l’idée avec le soutien de quelques amis de créer cette fondation.

Le but de cette fondation est de collecter et faire connaître les traits culturels et artistiques de ces peuples. A Man, nous avons bâti un siège sur 1200 m2 qui comporte une bibliothèque équipées d’environ 2000 livres. Nous avons aussi un musée, de nombreux objets d’art qui concernent aussi bien la culture vestimentaire, agricole, musicale, que les objets cultuels, usuels… nous disposons aussi d’un amphithéâtre couvert de 250 places assises que nous avons dédié au Pr Georges Boua Niangoran. Nous avons ainsi voulu rendre hommage à cet enseignant qui a suscité en nous l’envie de faire de la sociologie.

C’est une fondation déjà active ?

Nous organisons de nombreuses activités dans le cadre de la fondation. Notamment des festivals, La parade des chefs qui est une activité unique en son genre créée par la fondation. La première édition s’est déroulée le 3 mars 2017 au siège de la fondation. C’était la première fois qu’une telle activité avait lieu à l’attention des chefs. Et ceux-ci se sont réjouis de l’avènement de cette parade. Nous avons aussi des ateliers de vacance culture et bien d’autres initiatives.

La fondation rencontre des difficultés dans son fonctionnement ?

Au-delà de l’enthousiasme  qu’elle engendre, force est de reconnaître que la Fondation Koblé  des Mandé Sud connaît des difficultés de financement de ses activités et projets. En fait, depuis l’inauguration, les activités réalisées ainsi que les charges de fonctionnement de la fondation sont financées par les ressources personnelles de son fondateur.

Cette situation limite les possibilités d’organisation des activités et lie étroitement la vie de la fondation aux ressources limitées du fondateur. Dans le but de permettre à la fondation d’atteindre ses objectifs et de réaliser effectivement sa mission, nous invitons toutes les organisations et toutes les personnes sensibles à la promotion et à la valorisation de l’art et de la culture, à soutenir la fondation à travers le financement de ses activités.

Dans cet élan de quête de financement, nous voulons compter sur le soutien de toutes les personnes et de toutes structures (entreprises, organisations, institutions, …) éprises de l’art et de la culture des peuples dans le monde et particulièrement de ceux de la Côte d’Ivoire. La Fondation Koble des Mandé Sud a un vaste chantier à réaliser. Elle dispose déjà de la bonne volonté de ses membres, de l’enthousiasme des populations et des infrastructures nécessaires. Seule l’étroitesse de ses ressources financières constitue un frein à la bonne application de ses projets.

Propos recueillis par
DRAMOUS YÉTI