Le ministre Sidi Touré : ‘’ Emploi des jeunes, nos solutions … »

vendredi, 07 juillet 2017 00:29
Le ministre Sidi Touré : ‘’ Emploi des jeunes, nos solutions … » Le ministre Sidi Touré : ‘’ Emploi des jeunes, nos solutions … » Crédits: Aip

Dans cet entretien, le ministre de la Promotion de la jeunesse, de l'Emploi et du Service civique, Sidi Touré présente les programmes et mécanismes disponibles pour adresser notamment les questions d’employabilité et d’insertion professionnelle des jeunes, tout en dévoilant les grandes lignes des actions à venir.

Quels sont les dispositifs en place aujourd’hui pour l’emploi des jeunes en Côte d’Ivoire ?

Merci pour l’opportunité que vous m’offrez, d’éclairer davantage nos concitoyens sur les nombreux challenges qui sont les nôtres, en matière d’insertion et d’emploi des jeunes. J’aimerais préciser d’entrée de jeu, que notre département ministériel n’adresse pas exclusivement l’emploi des jeunes, il a plusieurs missions. En effet, nous touchons tous les jeunes dans leur diversité, notamment au niveau de leur promotion, protection, autonomisation et leur culture aux valeurs civiques et citoyennes. Relativement à l’emploi, après une analyse de tout le dispositif national, le Président de la République a jugé pertinent de mettre en place un ministère spécifique, en charge de l’emploi des jeunes. Ainsi, nous avons engagé dès notre prise de fonction, une réforme du secteur qui a pris en compte les attentes de cette cible, à travers l’Agence Emploi Jeunes, désormais le Guichet unique de l’Emploi en Côte d’Ivoire.

Quel bilan peut-on faire de ces mécanismes qui ont été regroupés, selon le gouvernement, dans un souci d’efficacité ? Qu’est ce qui a changé depuis ?

Ce qui a fondamentalement changé aujourd’hui, ce sont tous les acteurs qui ont été bien identifiés. Chaque acteur agit dans son domaine de façon pertinente et la relation avec l’Etat est saine. De façon pragmatique, nous avons différents programmes qui sont mieux structurés et leur impact est visible et mieux apprécié par les jeunes. Tout cela a été développé dans notre Politique Nationale de la Jeunesse, dans sa déclinaison Stratégie Nationale pour l’Insertion et l’Emploi des Jeunes. Aujourd’hui, nous avons une réponse pour chaque catégorie de jeunes, des programmes spécifiques qui adressent chaque profil : analphabètes, déscolarisés, diplômés, urbains, ruraux. Chaque année, nous développons des programmes spécifiques et structurants pour ceux-ci. C’est un satisfecit partagé avec nos différents partenaires techniques et financiers, en l’occurrence la Banque mondiale qui accompagne cette démarche, à travers le Projet Emploi Jeunes et Développement des Compétences, en abrégé PEJEDEC, financé dans sa première phase à hauteur de 50 millions de dollars US, soit environ 28 milliards de Fcfa, et d’un financement additionnel de ce même montant depuis août 2016. Nous pouvons aussi citer la France à travers l’Afd (Agence française de développement) pour le Contrat de désendettement et de développement (C2D), qui accompagne l’Etat de Côte d’Ivoire à hauteur de 21 milliards 850 millions de Fcfa dans sa phase 2. Le C2D1 était quant à lui de 10 milliards 200 millions de Fcfa. Ce sont toutes ces ressources cumulées, plus celles de notre pays qui, de plus en plus, donnent un impact à l’action de notre institution à l’endroit des jeunes.

Vous avez parlé de plusieurs programmes adressés aux jeunes. Dans le cas spécifique d’un jeune diplômé qui est à la recherche d’un emploi, quelle démarche doit-il entreprendre et comment pouvez-vous l’orienter ?

La première porte d’accès est l’Agence Emploi Jeunes, à travers le site web www.emploijeunes.ci. Le chemin pour crédibiliser tout notre dispositif a été long. Ceci dans le but d’éviter l’intervention humaine dans le dispositif mis en place. Le jeune diplômé dont vous parlez, devra s’inscrire sur la plateforme de l’Agence. Il disposera d’un numéro identifiant et sera automatiquement mis en lien avec un conseiller-emploi, s’il est à la recherche d’un emploi salarié, ou un conseiller-projet s’il veut soumettre un projet pour financement. A partir de ce moment, une relation se développera entre l’Agence et lui et il aura donc la possibilité de choisir l’offre disponible qui l’intéresse. Ce sont deux acteurs qui interagissent sur la plateforme, en l’occurrence, les entreprises qui postent leurs offres et les jeunes qui sont à la recherche d’emploi. L’Agence Emploi Jeunes fait de l’intermédiation entre ces deux acteurs. C’est un dispositif que nous voulons, structuré et transparent, qui jusqu’ici, fait la satisfaction des jeunes.

Il y a une catégorie de jeunes qui estiment que le dispositif au niveau de l’Agence Emploi Jeunes ne correspond pas vraiment à leurs besoins. Je veux parler de ceux qui envisagent de créer de véritables start-ups et qui ont besoin de gros capitaux que les mécanismes actuels ne sont pas en mesure de couvrir. Que prévoyez-vous pour ceux-là ?

Comme indiqué plus haut, l’Agence Emploi Jeunes est le service public de l’emploi. Nous donnons un accompagnement initial en fonction des ressources disponibles aux défavorisés du système national, mais bien-sûr, tout le monde y a droit. Relativement aux financements de projets, nous soutenons les activités génératrices de revenus pour des projets allant de 100.000 FCfa à 700.000 FCfa. Par ailleurs, nous finançons également des projets au-delà de 700.000 FCfa, à travers la Plateforme de Financement des Projets Jeunes. Toutes les réponses aux préoccupations des jeunes se trouvent sur la plateforme technologique www.emploijeunes.ci.

Malgré la mise en œuvre de ces programmes et les résultats satisfaisants que vous venez d’évoquer, le chômage des jeunes reste préoccupant. L’agence emploi jeune estime même que les jeunes constituent près de 80% des chômeurs recensés. Comment expliquez-vous cela ?

En réalité, il faudrait modérer l’appréciation du terme chômage. En effet, le chômage en Côte d’Ivoire, au sens strict du Bureau International du Travail (BIT) était de 6,9% en 2015 et de 2,8% en 2016, selon la dernière enquête nationale ENSESI 2016. Pour revenir donc au taux que vous annoncez, ce sont en réalité 70,2% de jeunes qui ont été recensés dans le lot des personnes au chômage et qui constituent les 2,8% de l’enquête de 2016. Des efforts continuent d’être faits pour résorber ce taux, en référence aux 2.300.000 emplois créés en 2015, du fait de la dynamique économique de notre pays et de notre dispositif national d’emploi et d’insertion des jeunes, l’Agence Emploi Jeunes.

95% de jeunes en situation d’emploi sont dans l’informel dont la principale caractéristique est la précarité. Que pensez-vous de cette situation ? Qu’est-ce qu’il faut faire ?

C’est la nature même de notre économie qui fait que les choses sont telles que vous le dites, mais cela n’enlève rien à son impact positif sur cette économie. Selon la dernière enquête nationale sur l’emploi et le secteur informel de 2016, l’emploi formel représente 6%, et l’emploi informel 94%. Les jeunes ne sont pas les seuls impactés ; le secteur agricole représente 49,3% des emplois offerts à côté de l’industrie, le commerce et les services. Un atelier avec le BIT, sur la transition du secteur informel vers le secteur formel a été réalisé. Nous nous employons actuellement à inverser la tendance et offrir un emploi décent aux jeunes. Parmi les causes qui expliquent le chômage des jeunes, il y a la question de l’inadéquation formation-emploi qui revient sans cesse.

Est-ce un sujet qui vous interpelle ? Si oui, comment réagissez-vous face à ce problème récurrent ?

Cette inadéquation a été bel et bien observée au niveau gouvernemental et le sujet a été mis sur la table de discussion, lors du dernier séminaire gouvernemental. Ainsi, des réponses beaucoup plus structurelles sont en train d’être développées et seront mises incessamment à la disposition de tous les établissements de formation professionnelle et d’enseignement supérieur. En attendant que les résultats soient palpables au niveau institutionnel et structurel, notre département a pris des initiatives dans le but de développer des programmes pour donner un profil plus adapté aux jeunes qui sortent de nos universités et grandes écoles, afin de faciliter leur insertion dans le monde du travail. L’un de nos programmes dénommé FCQ (Formation Complémentaire Qualifiante) répond à cette préoccupation et c’est autant d’éléments qui existent.

Le mois dernier, des experts réunis à l’université Félix-Houphouët- Boigny d’Abidjan pointaient du doigt aussi le fait qu’il y ait peu de mécanismes de suivi-évaluation des programmes, des politiques de jeunesse de façon générale. Vous y pensez ?

Ce constat a été un catalyseur de la réforme de l’écosystème de l’emploi en Côte d’Ivoire, d’où la création d’une direction en charge du suivi-évaluation des projets et programmes développés à l’Agence Emploi Jeunes également au sein de notre département ministériel. Ceci, dans le but de nous assurer de l’impact réel de ces initiatives sur les jeunes, en termes d’amélioration de leur condition de vie.

Quels sont vos objectifs pour cette année ? A partir de quel nombre de jeunes effectivement insérés dans le circuit de l’emploi pourrez-vous dire : «j’ai accompli ma mission» ?

Je ne puis me satisfaire des résultats actuels tant qu’il y a encore un jeune au chômage. Je contribue à les aider à avoir quelques éléments de réponse, afin qu’ils puissent s’orienter et profiter au mieux de la dynamique de notre économie qui leur est offerte en termes d’opportunités d’insertion socio-économique et professionnelle. D’un point de vue programmatique, nous avons mis sur pied plusieurs projets et programmes tels que les Formations Complémentaires Qualifiantes (FCQ) qui en 2016, ont bénéficié à 1 821 jeunes et en 2017, ce sont 2 685 jeunes qui en seront bénéficiaires. Ensuite l’Opération «Une formation, mon passeport pour l’emploi» dont la troisième édition a été lancée le 5 mai 2017 à l’endroit de 30 000 jeunes ; en 2016, 16 500 jeunes ont bénéficié de ce type de formation. Nous avons le Programme national de stage jeune (PNSJ) qui consiste en des stages-écoles et des stages d’immersion respectivement au profit des jeunes étudiants et des lycéens. Les Stages écoles, en 2016 ont concerné 5000 étudiants et nous prévoyons mettre 10 000 étudiants en stage de validation de diplôme pour l’année 2017. Les Stages d’immersion en entreprise en 2016, ont touché 4 542 jeunes des lycées et collèges; en 2017, 25 000 lycéens et collégiens bénéficieront de cette opportunité. Les Stages de Pré-Emplois (SPE), ont permis en 2016, de prendre en charge 1 100 jeunes et en 2017, nous comptons atteindre 4 800 bénéficiaires. Les jeunes déscolarisés et sans qualification sont pris en charge à travers les Travaux à Haute Intensité de Main d’œuvre (THIMO). Ce sont 2 000 bénéficiaires qui ont été occupés en 2016 dans ce programme.

Pour 2017, 5 000 jeunes déscolarisés ou sans qualification seront mis en activité. S’agissant précisément de l’auto-emploi, quelles réponses prévoyez-vous concrètement ?

Merci de cette question qui permet d’indiquer sans ambages que l’auto-emploi est la solution alternative du développement de l’emploi et par conséquent, de l’insertion professionnelle des jeunes. En effet, c’est la meilleure réponse pour adresser la problématique du chômage des jeunes qui est aujourd’hui national, régional et mondial. Ainsi, au niveau de l’Agence Emploi Jeunes, plusieurs projets ont été développés à savoir, l’opération spéciale «Agir pour les Jeunes», lancée en 2015 sur toute l’étendue du territoire et qui a permis de financer des activités rémunatrices au profit de 12 000 bénéficiaires pour un montant de 3,6 milliards F CFA de prêts accordés. Les remboursements de ces prêts vont bon train, ce qui permettra de lancer la deuxième phase probablement cette année. Nous pouvons citer également la Plateforme de financement des Projets Jeunes, qui a été développée toujours par l’Agence Emploi Jeunes et qui permet aux jeunes entrepreneurs de soumettre leurs différents projets de création ou de développement de micro-entreprises et de bénéficier d’un accompagnement technique et financier. En 2016, les financements validés via la plate-forme de financement s’élevaient à 3,4 milliards de FCFA pour 5031 bénéficiaires ; cette année en cours, ce sont pour le moment 1 556 jeunes qui ont bénéficié du financement de leurs projets pour un montant global de 240 millions de FCFA. Un autre programme novateur qui connaît du succès, dénommé «Entreprendre à Zéro Franc» qui est un programme de formation et de sensibilisation du jeune, à se lancer dans l’entreprenariat à partir de très peu de moyen.

A propos des autres dimensions de votre département, vous avez évoqué la promotion de la jeunesse, et le service civique. Qu’en est-il ?

Lorsque le Président de la République nous a confié cette mission, nous avons tout de suite compris la nécessité de mettre en place une Politique nationale de la jeunesse, déclinée en 5 stratégies que sont, la Stratégie nationale de promotion et de coordination des initiatives en faveur des jeunes; la Stratégie nationale d’autonomisation des jeunes; la Stratégie nationale de protection des jeunes; la Stratégie de service civique national, de volontariat et de bénévolat et la Stratégie nationale d’insertion et d’emploi des jeunes. En effet, la dernière stratégie a longuement été développée par ailleurs. Ainsi, au titre de la Promotion de la Jeunesse, nous avons pour mission d’organiser le mouvement associatif des jeunes, d’améliorer leur environnement social des et de construire, réhabiliter et équiper les infrastructures d’encadrement de jeunesse. Dans ce sens, nous avons entre autres actions, procédé à la mise sur pied du Conseil National des Jeunes, qui est aujourd’hui l’organe consultatif de la jeunesse auprès du gouvernement. Relativement à la protection des jeunes, plusieurs campagnes de sensibilisation sont initiées, pour un changement de comportements de cette frange, face aux fléaux tels que la toxicomanie, la cybercriminalité, l’alcoolisme, les grossesses précoces en milieu scolaire etc…Pour ce qui est du Service Civique, du Volontariat et du Bénévolat, il est question de promouvoir le volontariat, le bénévolat et l’esprit civique, de réformer le service civique en Côte d’Ivoire par la création de l’Office du Service Civique National (OSCN), de créer un environnement juridique favorable au volontariat, de réhabiliter et construire des Centres de Service Civique Nationaux pour le Développement (CSCND). En effet, l’Office du Service Civique a pour mission d’adresser les questions d’incivilités de la jeunesse ivoirienne, à travers des programmes de volontariat, afin de d’occuper les jeunes et leur donner une démarche contributive au développement de la Côte d’Ivoire. Il existe aussi des programmes qui adressent les jeunes en situation de vulnérabilité et de marginalisation. Dans ce dispositif, nous prévoyons la prise en charge de 1 000 jeunes communément appelés «microbes» dans des centres spécialisés, dans le but de leur donner des perspectives d’avenir et un réarmement moral. Une autre action que nous menons chaque premier lundi du mois est le Salut aux couleurs, initié depuis notre prise de fonction. Voici autant d’éléments qui sont en train d’être opérationnalisés pour le bien des Ivoiriens.

L’incivisme des jeunes est en passe de devenir une donnée structurelle de notre environnement social d’aujourd’hui. Le Président de la République a lancé le concept de l’Ivoirien nouveau, qui implique de nouvelles normes comportementales, notamment davantage de civisme. Peut-on rêver, également, d’un jeune Ivoirien nouveau ?

La déclinaison de l’Ivoirien Nouveau dans notre département, c’est le Jeune IN, entendez Jeune Ivoirien Nouveau. La Politique Nationale de la Jeunesse que nous avons élaborée a également pour objectif de faire de ce Jeune IN un citoyen autonome, engagé, responsable et accompli au triple plan professionnel, civique et moral, qui épouse l’orientation du Chef de l’Etat, dans sa quête de l’émergence à l’horizon 2020. Votre question est donc bien à propos, eu égard aux agissements peu recommandables de certains jeunes, que nous observons çà et là. Cet a une interprétation sociologique assez profonde. L’éducation de l’enfant aujourd’hui n’est pas encadrée, en ce sens que certains parents ont démissionné, au point où leurs enfants sont devenus des laissés-pour-compte, voire des parias de la société. Ceci constitue inéluctablement un danger pour la société et la Nation toute entière. Sachez que les problématiques de la jeunesse ne sont pas l’apanage du Ministère de la Promotion de la Jeunesse, de l’Emploi des Jeunes et du Service Civique. Tout le monde est concerné, tous les départements ministériels, toutes les confessions religieuses, la société civile, les parents et les jeunes eux-mêmes. Notre appréciation est que chacun, doit prendre sa part de responsabilité et essayer d’enrayer la situation, en apportant des solutions constructives pour nos jeunes. C’est à cet effet qu’à notre niveau, nous avons déployé tout le dispositif précédemment énoncé, et n’avons de cesse d’inciter la jeunesse à l’adoption de comportements civiques et citoyens, ainsi qu’au respect des valeurs républicaines et des symboles qui les incarnent. Nous mettrons tout en œuvre afin que notre jeunesse se réconcilie avec elle-même, qu’elle regagne confiance en elle, qu’elle soit autonome, responsable et disciplinée.

Entretien avec

Valentin Mbougueng

 

 

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