L’abbé Marc-Arthur M’Bala: "On peut extirper les jeunes du broutage"

samedi, 23 septembre 2017 08:04
L’abbé  Marc-Arthur Niamkey M’Bala, vicaire et aumônier des jeunes de la paroisse Notre Dame de la Tendresse de Cocody-Riviera L’abbé Marc-Arthur Niamkey M’Bala, vicaire et aumônier des jeunes de la paroisse Notre Dame de la Tendresse de Cocody-Riviera Crédits: Joséphine Kouadio

Cet enfant a fait ses premiers pas dans la cybercriminalité, ensuite, il est passé à une étape supérieure… Ses agissements ont été détectés par ses parents qui étaient plutôt attentifs.

L’abbé Marc-Arthur M’Bala: "On peut extirper les jeunes du broutage"

Il fait partie des rares personnes qui croient qu’au-delà des maux qui minent la société, dont le phénomène du broutage (une sorte d’arnaque), il y a toujours une issue. L’abbé  Marc-Arthur Niamkey M’Bala, vicaire et aumônier des jeunes de la paroisse Notre Dame de la Tendresse de Cocody-Riviera est optimiste sur ce point. Par la fougue qu’il dégage dans son sacerdoce et  dans l’encadrement de la jeunesse, ce jeune vicaire fait penser à Norbert Abekan. Prêtre charismatique, spécialisé dans l’exorcisme et actuel curé de ladite paroisse. Dans cet entretien, l’abbé Marc-Arthur propose ses solutions pour affranchir les jeunes du phénomène du broutage.

La jeunesse et le broutage

La jeunesse chrétienne n’est pas à l’abri du « broutage ». Parce qu’elle ne vit pas en dehors de l’État ou de la nation ivoirienne. C’est une jeunesse qui évolue au sein de la société influencée par tous les maux.

Cas d’un brouteur reconverti

Un tout-petit en âge est allé rencontrer les manipulateurs de l’occulte pour  lui donner des potions pour faire rapidement fortune. A l’issue de ces consultations occultes, ils lui ont donné le pouvoir de voler facilement sans violence et sans être repéré par ses victimes. Cet enfant a fait ses premiers pas dans la cybercriminalité, ensuite, il est passé à une étape supérieure… Ses agissements ont été détectés par ses parents qui étaient plutôt attentifs. Ils se sont rendu compte qu’il avait déserté l’école et découchait. Il était certes jeune, mais avait un pseudonyme  de guerrier, de dur à cuir dans le quartier.

Ses parents ont sollicité l’aide de l’église. Avec beaucoup de prières et d’écoute, l’enfant a repris petit à petit le chemin de l’école. L’expérience n’a pas été facile. Cela demande qu’il quitte son milieu, qu’il déménage. Parce que les jeunes subissent l’influence de leurs amis, de leur entourage. Et ce sont des choses qui ne sont pas faciles. Il faut avoir beaucoup de volonté pour renoncer à cette pratique. Il y a des cas de conversion, c’est possible. Mais, ce n’est pas un chemin de non-retour. Encore faut-il que les auteurs de cette pratique prennent conscience de leur déroute.

Le coupé-décalé et le broutage

Il faut situer le phénomène dans une généralité. Ce n’est pas un phénomène détaché de la vie ivoirienne.  Le broutage appartient à la sphère de plusieurs maux qui minent  notre jeunesse aujourd’hui. De quoi s’agit-il ? Il y a un esprit qui a été développé, celui du gain facile,  de la vie facile, « le boucan », « le travaillement (terme local qui consiste à jeter les billets de banque sur quelqu’un) ».

Nous avons des brigades de mœurs, mais quand une jeunesse n’a pas de modèle  ou qu’elle manque de modèle, elle copie celui qui s’offre à elle. Ainsi, des artistes qui font l’apologie de l’arnaque dans leurs productions sont présentés aujourd’hui comme des modèles à la jeunesse.  À la télévision comme dans d’autres supports médiatiques…Ils  distribuent de l’argent sans qu’on en  sache l’origine…  Sans que cela n’inquiète quelqu’un. Que voulez-vous que la jeunesse retienne ?

Des jeunes de 14, 15, 16, 20 ans aujourd’hui veulent tous avoir des millions de francs Cfa, aller en boîte, s’habiller dans des pantalons moulants qui descendent sous les fesses. Où gagner cet argent si ce n’est pas par le détour du vol ? S’ils n’ont pas le cran de s’adonner au vol à main armée, au moins ils peuvent le faire par l’entremise de la cybercriminalité qui est moins sanglante et moins risquée pour eux.

L’église face au broutage

L’église a toujours une solution et cette solution c’est Jésus-Christ. L’église, en tant qu’une société dans la société et au cœur de celle-ci, est appelée à développer les valeurs de l’évangile et à prêcher la bonne nouvelle du salut. C’est-à-dire porter le message de Jésus.

C’est de dire à tous que Dieu nous aime. Et qu’on ne développe pas un esprit qui absolutise le matériel. Or, Dieu a mis en tout homme la force de réussir honnêtement par ses propres moyens en se battant, en travaillant. Le développement est inscrit au cœur de la création qui est l’œuvre de Dieu. On est dans une société où, au nom de la liberté, on veut que tout soit permis. Mais l’église est là pour nous rappeler que tout n’est pas permis à l’homme.

Le broutage ou mauvais usage de l'intelligence

La jeunesse ne croit plus en ses chances. C’est pourquoi, elle veut utiliser des détours pour réussir. Nos jeunes ne rêvent plus. Ils veulent vivre tout et en même temps. Rêver grand, c’est avoir des ambitions et se donner les moyens de les réaliser. C’est bas de chercher à réfléchir et de mettre son esprit au service du mal. Or l’intelligence mis au service du bien nous permettra de réussir et de développer notre pays.

Isabelle Somian
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