Jean Lemierre (président du groupe BNP PARIBAS): ‘’L’Afrique a un grand potentiel de développement et de croissance...’’
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Jean Lemierre (président du groupe BNP PARIBAS): ‘’L’Afrique a un grand potentiel de développement et de croissance...’’

mercredi, 10 février 2016 14:44
Jean Lemierre, président du conseil d'administration du Groupe BNP Paribas. Jean Lemierre, président du conseil d'administration du Groupe BNP Paribas. Crédits: Paulin N. Zobo

Publi-reportage/ A l’occasion de sa visite à Abidjan, les 21 et 22 décembre 2015, le Président du conseil d’administration du groupe Bnp Paribas, nommé le 1er décembre 2014, a présenté les ambitions de son institution aux autorités ivoiriennes. M. Lemierre fait ici une analyse de la dynamique économique dans laquelle s’est inscrite la Côte d’Ivoire depuis près de quatre ans.

Monsieur le Président, quelles sont les raisons de votre visite en Côte d’Ivoire, la première en tant que Président du Conseil d’Administration de votre groupe ?
C’est avec un grand plaisir que je reviens en Côte d’Ivoire. Il s’agit de mon tout premier séjour en tant que Président du Groupe Bnp Paribas. Je suis en compagnie de mes collègues de Paris et du directeur général de la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie de la Côte d’Ivoire (Bicici), qui est le 4ème acteur du marché et prend une part active à la dynamique économique du pays.

Au premier jour de votre séjour, vous avez co-animé, avec le ministre Bruno Koné, une rencontre avec des grands patrons ivoiriens au cours de laquelle il a été longuement question de l’Afrique qui est en pleine dynamique économique, mais qui a également des difficultés. Compte tenu de votre connaissance de l’économie mondiale, quelle est votre analyse de l’intérêt aujourd’hui suscité par le continent ?
De mon point de vue, l’Afrique a un très grand potentiel de développement et de croissance. D’abord, par la qualité de ses femmes et de ses hommes, mais aussi par ses ressources en matières premières et en énergie, sa capacité industrielle et agricole et par son insertion dans l’économie mondiale. Certains pays ont un parcours et une tradition sur ces différents points, et font des réformes qui leur permettent d’avoir des croissances élevées. La Côte d’Ivoire est l’un d’entre eux, après avoir connu des tensions et des difficultés.
J’étais ici, il y a environ trois ans dans les circonstances que vous connaissez et, aujourd’hui, l’économie est en forte croissance, de l’ordre de 8%.
C’est également une croissance soutenable qui s’appuie sur la stabilité politique comme viennent de le démontrer les élections d’octobre. La sérénité dans laquelle le processus électoral s’est déroulé défi nit bien le cadre pour l’avenir, qui sera structuré par une série de réformes économiques, et par l’exploitation de matières premières diversifiées, notamment agricoles, bien insérées dans le marché mondial et utilisant les bons réseaux de vente. C’est une économie qui poursuit un parcours de réformes notamment dans les infrastructures.
La Côte d’Ivoire est un bon exemple de parcours politique stable, de bonne gouvernance et de bonne insertion dans l’économie mondiale. Tout ceci crée de la confiance - base de l’économie- à l’égard des investisseurs locaux et internationaux qui sont nos clients. La confiance des marchés financiers également, puisque la Côte d’Ivoire a levé des fonds dans de bonnes conditions, avec une dette qui se tient bien et qui est respectée. J’espère que ce très bon exemple sera suivi par beaucoup de pays africains.

Quelle est l’ambition du Groupe BNP Paribas en Afrique en général et en Afrique subsaharienne en particulier, compte tenu de la forte concurrence des banques au niveau international ?
Dans les pays qui se développent dans des conditions de stabilité politique et de bonne gouvernance, le Groupe Bnp Paribas est désireux d’accompagner le financement de la croissance et d’aider au développement de relations transfrontalières ; c’est-à-dire à l’insertion dans l’économie internationale. La Côte d’Ivoire, encore une fois, est un bon exemple. L’économie ivoirienne est en cours de bancarisation et la Bicici se développe. Le nombre de clients de la Bicici a augmenté, en quatre ans, de 120 000 à 170 000. C’est un effort global que nous faisons, mais nous ne sommes pas les seuls. Nous développons nos crédits à un rythme plus élevé que la croissance du pays, ce qui veut dire que nous contribuons d’une manière claire et ferme au financement de l’économie ivoirienne. Par ailleurs, nous accompagnons nos clients à la fois dans l’investissement domestique et dans les relations internationales. Notre mission -et c’est le rôle d’une banque- est de financer et d’accompagner le développement économique.

Au cours de votre séjour, vous avez inauguré une nouvelle agence, rencontré des partenaires et échangé avec des autorités ivoiriennes avec en tête le Président de la République Alassane Ouattara. Que faut-il retenir de l’entretien avec le Chef de l’État ?
De la confiance. Je connais le Président Ouattara depuis longtemps, j’ai un très grand respect pour son action. Nous avons eu l’occasion de prolonger une conversation régulière et ancienne. Il m’a indiqué les projets qu’il avait pour le pays et je lui ai dit que nous étions prêts à participer à leur financement. Nous avons également parlé de la Région, où nous sommes un acteur majeur. Les vues du Président et sa sagesse sont très importants pour nous. Il m’a aidé à comprendre les ambitions de la région et la volonté politique d’instaurer un dialogue entre les Etats.

Peut-on avoir quelques exemples de projets majeurs que vous financez et qui s’inscrivent dans l’objectif visé par le Chef de l’Etat ivoirien, qui est de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020 ?
Nous sommes très attentifs à l’investissement dans l’équipement productif. La Banque a participé au financement de l’effort d’équipement en haut débit du pays. Le haut débit équivaut à la modernisation, à tout ce qui tourne autour de la diffusion du monde digital. Elle participe aussi au financement des grandes infrastructures de type commercial comme PlaYce Marcory, où nous avons ouvert une agence. Ce qui est important en termes de modernisation et d’attractivité. Nous allons contribuer à la modernisation de l’aéroport, nous intervenons dans des projets industriels, dans l’agri business, et aussi dans de grands projets sociaux dans le domaine hospitalier. De manière plus générale, la Bicici finance les entreprises et les PME ivoiriennes et étrangères. BNP Paribas et la Bicici sont des banques de financement de l’entrepreneuriat, donc de l’économie réelle puisque ce sont les entreprises qui créent les emplois. Depuis le début de l’année 2014, les encours de crédit ont progressé de l’ordre de 15 à 20%, ce qui signifie que notre volonté de prêter à l’économie ivoirienne est supérieure à la croissance moyenne.

On dit de la banque de demain qu’elle sera particulièrement digitale. Un sujet d’ailleurs au centre des ‘‘Journées du banquier 2015’’ organisées par l’Apbef (Ndlr : Association professionnelle des banques et établissements financiers) et qui viennent de prendre fin. Quelle est l’approche du groupe BNP Paribas sur ce sujet et spécifiquement concernant ses filiales africaines ?
La banque repose sur la confiance. Fondamentalement, c’est une activité de services et toute l’économie digitale est tournée vers le développement des services. Cela offre des possibilités nouvelles pour les pays qui visent l’émergence comme la Côte d’Ivoire. Notamment en termes de pénétration du système bancaire et d’offre de services bancaires. C’est une question complexe que le groupe BNP Paribas connaît dans toutes ses activités et ses territoires. Et nous y prêtons une très grande attention.
Cela suppose de réunir plusieurs éléments. D’abord, la capacité à intégrer de nouvelles technologies. C’est le cas du travail avec les start-up, avec tous ces jeunes qui inventent de nouveaux systèmes, qui réfléchissent à la création de mécanismes nouveaux et efficaces de communication directe.
A titre personnel, je pense qu’il ne faut pas opposer les banques digitales et non digitales. Les banques qui vont réussir demain seront celles qui arriveront à cumuler le meilleur des deux mondes. Le meilleur du monde digital, c’est l’accès facile sur le téléphone, la tablette, en temps réel, aux informations concernant ses propres comptes et aux services bancaires. La grande vertu du digital, c’est donc la grande souplesse d’accès, la grande fluidité ; ce qui suppose des systèmes informatiques appropriés.
Cependant, tout ceci n’est pas suffisant. Le client voudra aussi du conseil, du contact humain, de l’information donnée par des collaborateurs compétents, qui connaissent leur métier et le client ; et qui pourront répondre aux questions avec pertinence. La banque de demain, qui est en cours de création, va cumuler les deux qualités. Le groupe BNP Paribas y est attaché. Nous avons d’excellents collaborateurs et une grande capacité informatique pour fournir aux clients le meilleur des deux mondes.

Avec quels sentiments partez-vous d’Abidjan ?
Un sentiment de confiance qui résulte du parcours accompli par les Autorités du pays, de même que du dynamisme denos clients. Au plan interne, c’est une fierté à l’égard de la Bicici, qui prend sa part dans ce parcours de la Côte d’Ivoire. Plus de 560 collaborateurs de la banque ont la volonté d’y jouer pleinement leur rôle.

Paulin N. ZOBO

Lu 3174 fois Dernière modification le mercredi, 10 février 2016 15:30