Jacqueline Nizet: ‘‘La Francophonie a été un facteur de l’unité de la Côte d’Ivoire’’

samedi, 10 mai 2014 17:59

[10-05-2014. 18h00] Dans le cadre de la promotion de la Francophonie, Mme Jacqueline Nizet, une femme d’action et de conviction, a décidé de porter sur les fonts baptismaux l’Association pour la valorisation de la Francophonie (Avf). Par le truchement de la culture et de l’art, elle entend mener à bien ses actions. Pour Fratmat.info, elle s’est prêtée à l’exercice de l’entretien pour expliquer l’importance de la Francophonie en Afrique et dans le monde. Dressant le portrait robot du successeur d'Abdou Diouf, actuel Secrétaire général de l'Organisation internationale de Francophonie (Oif), elle a également indiqué le rôle que sa structure entend jouer dans la promotion des prochains Jeux de la Francophonie,  prévus en Côte d'Ivoire, en 2017.

Jacqueline Nizet (Présidente d’AVF): ‘‘La Francophonie a été un facteur essentiel de l’unité de la Côte d’Ivoire’’

Dans le cadre de la promotion de la Francophonie, Mme Jacqueline Nizet, une femme d’action et de conviction, a décidé de porter sur les fonts baptismaux l’Association pour la valorisation de la Francophonie (Avf). Par le truchement de la culture et de l’art, elle entend mener à bien ses actions. Pour Fratmat.info, elle s’est prêtée à l’exercice de l’entretien pour expliquer l’importance de la Francophonie en Afrique et dans le monde. Dressant le portrait robot du successeur d'Abdou Diouf, actuel Secrétaire général de l'Organisation internationale de Francophonie (Oif), elle a également indiqué le rôle que sa structure entend jouer dans la promotion des prochains Jeux de la Francophonie,  prévus en Côte d'Ivoire, en 2017.

Mme Jacqueline Nizet, comment l’idée vous est venue de créer l’Association pour la valorisation de la Francophonie (Avf) ?

J’ai été façonnée par les enseignements de mon père, amoureux de la langue française et des valeurs qu’elle véhicule, qui voyait dans son apprentissage la possibilité pour moi, de faire des études et de m’ouvrir au monde. Une réalité que j’ai pu vérifier lorsque bien des années plus tard, j’ai séjourné dans divers pays  francophones et que mon parcours professionnel en tant que chargée de communication d'ambassade, consultante et apporteuse d’affaires pour des structures de dimension internationale et conseillère de Chefs d’État de pays francophones, m’a permis d’apprécier la chance que j’avais à travers cette langue commune, de pouvoir m’ouvrir aux autres et partager avec eux. Et puis, il y eu la Chine, une étape décisive qui m’a fait prendre conscience de l’importance de promouvoir ce patrimoine, une richesse inouïe.
J’ai alors créé l’Association des Francophones de Pékin, qui a fédéré autour d’elle tous les Francophones vivant en Chine, parmi lesquels 56 ambassadeurs qui ont été de formidables relais de notre action. Un engagement passionnant, où je me suis pleinement investie, organisant des conférences, des débats, des rencontres avec des artistes, des personnalités politiques… à tel point que j’étais devenue pour les Chinois Madame Francophonie. Une satisfaction qui m’a incitée de retour en France, à poursuivre l’aventure, cette fois-ci avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Ainsi est née en 2011 l’Association pour la valorisation de la Francophonie (Avf).

Pourquoi le choix de la culture pour mener à bien vos objectifs et non pas l’économie ou la politique ?

Le choix de la culture parce qu'elle est un vecteur de rapprochement et d’échanges entre les peuples, bien plus fort que ne peuvent l’être des thématiques économiques ou politiques qui ont plutôt tendance à exacerber les clivages. Les arts constituent un langage universel, suscitent des émotions que nous pouvons tous partager au-delà de nos différences. Ils rassemblent dans un même élan de générosité, des personnes venues d’horizons très divers. Une communion des esprits, dans le respect des spécificités de chacun, qui est l’essence même de la Francophonie aujourd’hui: une manière de vivre ensemble et de concevoir le monde.

La Francophonie, c’est également un vaste marché qui aurait pu être exploité économiquement pour sortir les États pauvres de leur situation. Ne Pensez-vous pas qu’elle devrait aller au-delà des rencontres des Chefs d’État pour impliquer les populations ?

Mais c’est ce qu’elle fait déjà au travers des multiples initiatives de l’Oif en faveur du développement des territoires. Ses experts sont aux côtés des acteurs locaux pour les aider à mener à bien leurs projets. Non seulement par le biais d’aides financières, mais aussi par un programme de formations techniques, de gestion, de marketing…, qui vise à libérer l’esprit d’entreprendre, singulièrement sur le continent africain. Si les États ont un rôle essentiel à jouer en créant un environnement favorable et en soutenant les initiatives, c’est aussi aux citoyens de s’impliquer dans le processus de développement. Nous avons de multiples exemples, avec de belles réussites à la clé.

Est-ce qu’il ne serait pas judicieux de mettre en place des programmes communautaires de développement dans l’espace francophone ?

C’est justement l’un des axes retenus par la stratégie de développement économique mise en œuvre par l’Oif qui, je crois, répond parfaitement aux attentes du terrain. L’objectif du Programme francophone d’appui au développement local (Profadel) est de mettre à la disposition des communautés locales des outils méthodologiques qui contribuent à assurer le développement de leurs territoires et, à terme, leur intégration harmonieuse dans les stratégies nationales de développement. L’Afrique en fournit des exemples parlants. Au Sénégal, 7 moulins à céréales permettent à plus de 2 600 femmes de Ndiognick (région de Kaffrine), d’avoir accès à un moulin dans leur propre communauté où le mil souna représente près de 70% des productions locales. Des infrastructures qui leur ont fait gagner 5 heures sur le temps moyen journalier qu’elles consacraient autrefois aux travaux liés à la mouture des céréales. A Nguer Malal (région de Louga), c’est la promotion de l’aviculture villageoise qui est encouragée, à Taïba Ndiaye (région de Thiès), un fonds d’impulsion vient favoriser l’essor de l’économie locale, tandis qu’au Togo, les infrastructures d’assainissement de l’eau sont privilégiées à Agou Nyogbo Agbétiko, Katanga ou Kovié. Autant de projets concrets accompagnés par l’Oif, qui contribuent au décollage économique de ces régions et de leurs populations.

Quel est l’apport réel de l’Avf dans la promotion de la Francophonie dans ces pays où vous aviez des antennes c’est-à-dire en Côte d’Ivoire et en Chine?

Dans tous les pays où nous sommes présents, nous avons à cœur de soutenir l’expression culturelle francophone sous toutes ses formes, car c’est de la diversité que naît la richesse des peuples. Et cela dès le plus jeune âge.  Nous organisons ainsi un concours de récits destiné aux enfants de 10 ans des cours moyens des pays francophones, qui sont invités à rédiger un récit de 4 à 8 pages autour d’une thématique. Les deux lauréats, désignés par un jury prestigieux, se voient offrir un séjour d’une semaine à Paris pour découvrir ses monuments et hauts lieux culturels. Nous assurons également un suivi sur le long terme des artistes que nous accompagnons, chanteurs, musiciens, écrivains, poètes, comme c’est le cas actuellement du duo « Nord-Sud retrouvé », né de la rencontre d'un poète français, Christian Pérignon et d'une chanteuse/musicienne guinéenne, Sayone Diabaté, qui se conjuguent pour transmettre un même message de tolérance et de liberté. Pour rappeler combien il est important de défendre notre bien commun avec tout l’engagement qu’il mérite, nous décernons chaque année le prix « Les Primés et les Déprimés de la Francophonie », des trophées qui récompensent à la fois ceux qui valorisent le mieux la langue française à travers leur expression (artistes, journalistes…) et ceux qui au contraire la desserve par leur négligence. Autant d’actions qui visent à relayer à travers notre réseau d’adhérents et sympathisants à travers le monde, l’action remarquable entreprise par l’Oif. Dont nous sommes partenaire, avec pour marque de fabrique une implication très forte dans chacun des projets que nous initions ou que nous soutenons: le suivi étant essentiel à mes yeux. Il est non seulement la marque du sérieux de notre association, mais c’est également une reconnaissance de la qualité des causes que nous défendons. C’est cette même philosophie qui anime les équipes d’Avf Côte d’Ivoire qui sera officiellement lancée en septembre prochain.

Est-ce que vous entendez ouvrir d’autres antennes dans l’avenir ?

Oui, j’ai d’ailleurs actuellement d’excellents contacts dans de nombreux pays, notamment au Japon, au Togo ainsi qu’au Cambodge ou j’ai vécu quelques temps. L’ambition de l’Avf est d’être présente sur les 5 continents et d’être un fer de lance de la Francophonie afin de préserver le caractère universel de la langue française et de ses valeurs. L’association regroupe des personnalités du monde culturel et artistique, des affaires et de la politique.

La Côte d’Ivoire, votre pays d’origine, je ne vous apprends rien, se remet de la crise qu’elle a connue. Quel pourrait être l’apport de l’Avf dans le processus de réconciliation engagé par les autorités mais qui semble traîné ?

La Côte d'Ivoire est très attachée à la Francophonie qui a été un facteur essentiel de son unité. C'est pourquoi, nous y avons implanté une représentation de l'Avf, qui nous permet de mettre en avant les grandes valeurs qui accompagnent la langue française comme  la liberté, l'égalité et la fraternité qui sont essentielles à mes yeux et auxquelles j'ajouterais à titre personnel la tolérance et la solidarité. Autant de valeurs qui doivent animer l’effort de réconciliation indispensable à l’édification d’une nation forte et confiante en son devenir.  Toutes les manifestations qu'organisera l'Avf seront imprégnées de ce message pour un plus grand rayonnement de la Francophonie.

Comment appréhendez-vous l’organisation en 2017 des jeux de la Francophonie en Côte d’Ivoire ? Et quel rôle l’Avf entend jouer à cet effet ?

Cette manifestationdoit être l’occasion pour la Côte d’Ivoire de proposer au monde un nouveau visage. Celui d’un peuple aux mille couleurs réconcilié autour de valeurs de progrès et de fraternité, d’une nation heureuse d’accueillir le monde et de lui faire connaître sa culture, d’une jeunesse enthousiaste à l’idée de partager avec la grande famille francophone des moments de joie et de convivialité à travers le sport et l’art.
L’Avf a été chargée de la promotion de cet évènement majeur, qu’elle accompagnera jusqu’à sa mise en œuvre. Elle mobilisera pour cela son réseau d’adhérents et sympathisants, qui seront autant d’ambassadeurs de cette vitrine des valeurs de la Francophonie et fera appel à l’expérience acquise en la matière lors des jeux de Nice ou de la grande fête de la Francophonie organisée par l'Oif au lendemain de l'ouverture des JO de Pékin.

La succession du président Abdou Diouf est ouverte et en novembre prochain l’Oif aura un nouveau secrétaire général. Quelle sont les qualités que vous aimeriez que son successeur ait ?

Permettez-moi tout d’abord de souligner la remarquable action du président Abou Diouf à la tête de cette organisation, qu’il a su hisser au premier plan de la diplomatie internationale, pour en faire un instrument de paix et de développement. Lui succéder ne sera pas une tâche facile. Le futur Secrétaire général de l’Oif devra être avant tout un fédérateur pour rassembler cette immense famille présente sur les cinq continents, autour des valeurs communes qui font sa spécificité et lui permettent de proposer un autre modèle de développement qui place les valeurs humaines au cœur des enjeux. Si en tant qu’Ivoirienne, j’aimerais beaucoup qu’un candidat africain soit élu au moment où l’Afrique devient un relais de croissance majeure et incontournable, d’autres régions du monde peuvent aussi prétendre lui insuffler une nouvelle dynamique. Je fais donc confiance au choix qui sera fait par les pays membres de l’organisation.

Interview réalisée via le WEB par CHEICKNA D. Salif

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