Imperator Christian Bernard : « Avec le poids de l’âge, j’ai préféré passer le flambeau… »

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Imperator Christian Bernard : « Avec le poids de l’âge, j’ai préféré passer le flambeau… »

lundi, 07 janvier 2019 18:16
Imperator Christian Bernard Imperator Christian Bernard

Le président mondial de la Rose-croix, âgé de près de 70 ans, a rendu le tablier. Il explique les motivations de sa décision.

Imperator Christian Bernard : « Avec le poids de l’âge, j’ai préféré passer le flambeau… »

Après une trentaine d'années passées dans la fonction d'lmperator, votre démission surprend tout le monde. Qu'est ce qui explique cette décision?

Effectivement, il y a près de 30 ans que j'assume la fonction d'Imperator et Président de la Grande Loge Suprême de l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix. Avant cela j'ai occupé plusieurs années la fonction de Grand Maître pour la juridiction francophone, et j'ai depuis cette période gardé beaucoup d'affection pour l'Afrique et ses habitants. Ce qui m'a amené à prendre cette décision, c'est qu'une telle fonction s'accompagne certes d'honneur, mais aussi de devoirs et de beaucoup de travail. L'âge venant, je sais que les choses deviendraient  plus difficiles, aussi étant un homme raisonnable, et je l'espère sage, je préfère passer le flambeau et accompagner quelques années mon successeur pour veiller à ce que tout se passe au mieux.

Quel bilan faites-vous de toutes les fonctions que vous avez  occupées au sein de I'A.M.O.R.C. ?

En toute objectivité et sans fausse modestie, je pense que mon bilan est plutôt positif. J'ai traversé beaucoup de tempêtes, mais j'ai su y faire face grâce au soutien de tous les membres de l'A.M.O.R.C. qui, je le sais, m'estiment et me portent une grande affection fraternelle. Beaucoup de choses ont été restructurées, l'A.M.O.R.C. ayant toujours su s'adapter à toutes les époques et ayant suivi l'évolution du monde, de la société et de la technologie, j'ai accompagné ce mouvement. Notre Ordre est à la fois additionnel et extrêmement  moderne.

Que souhaitez-vous que l'humanité retienne de vous  maintenant que vous quittez pour ainsi dire la scène internationale?

Même si je tiens en haute considération la fonction qui fut la mienne, je ne pense pas que l'humanité retiendra mon passage sur terre, mais je resterai dans le cœur des Rosicruciens et Rosicruciennes que j'ai côtoyés depuis plusieurs décennies. Je  pense qu'ils garderont le souvenir d'un Rosicrucien humaniste, bienveillant et efficace.

Vous serez à Abidjan du 11 au 13 janvier, avec votre successeur.  Pourquoi le choix de la Côte d'Ivoire?

Effectivement, la première visite de mon successeur, M. Claudio Mazzucco, se fera en Côte d'Ivoire. D'une part, c'est une date qui lui convenait, et d'autre part il s'agit d'une visite programmée de longue date en ce qui me concerne. Le Rosicrucianisme a toujours été très actif en Côte d'Ivoire, et personnellement je n'ai gardé que de bons souvenirs de mes visites dans votre pays.

Pouvons-nous savoir les arguments qui ont milité  en  faveur  de celui qui vous succède au poste d'lmperator étant donné qu'il y a plusieurs grands Maîtres dans votre Ordre?

En effet, il y a plusieurs Grands Maîtres, chacun d'entre eux ayant en charge une juridiction de langue différente. L'Imperator comme les Grands Maîtres sont élus, et seul M. Mazzucco s'est présenté à cette élection. Chacun était libre de le faire ou non. Je suis heureux de ce choix car c'est celui que j'avais recommandé. Le futur Imperator maîtrise plusieurs langues et a accepté de cesser ses activités professionnelles pour se consacrer entièrement à l'A.M.O.R.C. Celui-ci a franchi le portail de la Fraternité Rosicrucienne à l'âge de 17 ans. C'est donc un Rosicrucien de longue date.

Votre nom se confond depuis de nombreuses années avec l'Ordre de la Rose-croix. Comment avez-vous acquis cette notoriété?

C'est vrai que dès mon plus jeune âge j'ai servi la Fraternité Rosicrucienne, et c'est donc l'expérience et le temps qui m'ont permis, non pas d'acquérir comme vous le dites une notoriété, mais simplement de servir les membres de l'A.M.O.R.C.

Au terme de votre mission d'lmperator, quel regard portez-vous sur l'évolution de la conscience  spirituelle des Africains et la place de la  Rose-croix en Afrique? Ce continent que vous avez semble-t-il beaucoup aimé et visité?

Puisque vous me posez la question, je vais vous répondre en toute sincérité. Votre question comporte deux parties. La première concerne l'état d'esprit des africains face à la spiritualité. De ce côté-là, je suis un peu déçu car j'avais espéré une évolution beaucoup plus nette, or j'ai plutôt le sentiment de régression. Je ne comprends pas qu'au 21e siècle, avec l'ouverture vers le monde extérieur, notamment grâce à Internet et à la communication en  général,  tant  de  personnes soient encore si superstitieuses et se réfèrent en permanence à la sorcellerie. Tant que l'Afrique se complaira dans l'obscurantisme et continuera à faire le jeu  des marabouts, des escrocs, des sorciers, des gourous en tous genres, et des sectes pseudo-religieuses,  alors les choses n'avanceront pas. Par exemple, lorsqu'en France on a un accident de voiture, nous examinons la situation et regardons les choses avec lucidité : soit nous roulions trop vite, soit notre véhicule ou les routes étaient en mauvais état, soit encore nous étions fatigués ou nous avons croisé la route d'une tierce personne qui conduisait mal. Nous n'accusons jamais un sorcier, un membre de notre famille, une belle-mère, un voisin, etc. Or, en Afrique, systématiquement tout le monde se dédouane et accuse l'autre sans se remettre en cause. Personnellement je trouve cela navrant et regrette que les choses évoluent peu dans ce domaine. Mais le problème n'est pas que spirituel, il est aussi sociétal. Combien ai-je entendu des personnes se plaindre de problèmes matériels, de ne pouvoir élever leurs enfants convenablement, tout en continuant à agrandir une famille trop nombreuse. Où est le sens de la responsabilité dans tout cela? Si l'Afrique et ses habitants veulent un jour rejoindre le niveau de conscience et le niveau matériel d'autres pays, il est impératif que les mentalités changent. Je ne souhaite pas être un donneur de leçons, mais les Rosicruciens et les Rosicruciennes connaissent mon point de vue, car je me suis toujours ouvert à eux avec franchise. Pour compléter ma réponse sur ce point particulier,  je  voudrais ajouter que c'est parmi les Rosicruciens africains que j'ai rencontré le plus de ferveur, d'assiduité, de dévouement, de loyauté, d'attachement et de spiritualité. Leur persévérance dans les études rosicruciennes est admirable au regard des difficultés qu'ils rencontrent, certains d'entre eux n'hésitant pas à effectuer de très longs trajets pour participer  aux travaux de nos Loges. Quant à la place de la Rose-Croix en Afrique, elle est ce qu'elle a toujours été. A une époque où il y avait encore beaucoup de ségrégations, la Rose­ Croix a apporté sa lumière à l'Afrique et a ouvert ses portes aux femmes comme aux hommes, sans distinction politique, sociale ou raciale.

Votre  état d'âme en quittant la  haute fonction  d'lmperator?

Mon état d'âme est celui d'un homme qui s'est efforcé de faire de son mieux, d'être bienveillant et d'avoir apporté un peu de lumière à ceux qu'il a côtoyés. Je pense avoir bien rempli ma mission, et je continuerai jusqu'à mon dernier souffle à veiller sur l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, même si le temps est venu pour moi de passer le flambeau.

Interview réalisée par

Marc Yevou

 

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