Gofaga Coulibaly: "Les urbanistes sont très impliqués dans les opérations de logements sociaux"
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Gofaga Coulibaly: "Les urbanistes sont très impliqués dans les opérations de logements sociaux"

dimanche, 16 novembre 2014 13:10

A la faveur de la journée mondiale de l’urbanisme qui sera organisée le 8 novembre prochain, le président de l’ordre explique les enjeux.

De l’Assemblée générale élective en 2013 à la célébration le 8  novembre prochain de la journée mondiale de l’urbanisme en Côte d’Ivoire, qu'avez-vous fait pour meubler cette période ?

La feuille de route que nous nous sommes assignée suite à notre élection à la tête de l’Ordre porte sur trois axes prioritaires: créer une plus grande interaction entre l’Ordre et ses membres; positionner l’Ordre au niveau des instances internationales comme un acteur privilégié dans le domaine de la planification et de l’aménagement urbain.
Concernant le premier axe: un site web de l’Ordre national des urbanistes de Côte d’Ivoire est en voie de finalisation avant d’être mis en ligne. Ce site est conçu comme une vraie plate-forme d’échanges entre nos membres, les partenaires et les interlocuteurs des urbanistes. Avec ce site, nous espérons créer un cercle de qualité avec les professionnels, les collectivités locales et les décideurs sur toutes les questions de planification et de développement relevant de la responsabilité des urbanistes.
Par ailleurs, toujours pour fédérer les urbanistes autour de leur Ordre, nous avons mis en place un système de veille et de permanence administrative, impliquant chaque membre du Conseil national de l’ordre des urbanistes dans sa gestion quotidienne, en vue d’être en mesure de répondre en temps réel à toutes les opportunités et sollicitations concernant les urbanistes en Côte d’Ivoire. Notre structure est ainsi en éveil permanent sur notre champ de métier.
Par ce moyen, et cela concerne le deuxième axe de mon programme, nous participons activement, sur invitation des autorités compétentes, à diverses  commissions de travail, au plan national. Notamment aux ministères du Commerce, de l´Artisanat et de la Promotion des Pme,  du Plan et du Développement et celui de la Construction, du Logement, de l’Assainissement et l’Urbanisme, notre ministère de référence.
Toujours sur cet axe de développement professionnel, nous constatons avec satisfaction que la collaboration entre l’Ordre et le ministère en charge de l’Urbanisme a nettement valorisé le rôle de l’urbaniste dans le domaine de la planification urbaine. Les urbanistes agréés sont très impliqués dans les études de projets, notamment le programme de logements sociaux, les Plans d’urbanismes directeurs des villes de l’intérieur, les programmes d’aménagement foncier, et d’autres activités en rapport avec notre métier et notre responsabilité professionnelle.
Au plan du positionnement de l’Ordre dans les instances internationales, qui concerne le troisième axe de mon programme, nous nous félicitons aujourd’hui du fait que l’Ordre est régulièrement convié aux activités de certaines institutions installées en Côte d’Ivoire, notamment le Pnud, la Banque Mondiale. Nous travaillons à renforcer et élargir ce type de collaboration.
Nous travaillons actuellement à la mise en place d’un espace de collaboration ou d’échange avec nos confrères des pays de la Sous-région, d’Europe francophone et  du reste du monde.

La Journée mondiale de l’urbanisme est pour nous une opportunité pour élargir et renforcer davantage notre réseau de partenariat local, national et international.

Quels seront alors les points saillants de cette journée?

La cérémonie du 8 novembre à l’hôtel pullman au Plateau, relative à la Journée Mondiale de l’Urbanisme sera marquée par une conférence autour d’un thème principal "Planification Urbaine et Développement Urbain Durable". Ce thème sera abordé à travers quatre sous-thèmes animés par des personnalités qualifiées et reconnues en ces domaines respectifs, ainsi que des représentants de grands partenaires au développement urbain en Côte d’ Ivoire.


Quels objectifs visez-vous à travers cette activité?

Les objectifs visés par cette conférence sont naturellement en rapport avec les grands enjeux urbains de notre pays. Face à un développement urbain plus rapide que l’accroissement des capacités de prise en charge, nous avons la responsabilité, en tant qu’urbanistes, de mettre le doigt sur ce qui ne va pas et d’appeler à la réflexion tous les acteurs concernés.
Au cœur du débat, se trouve la question de la planification, en rapport étroit avec le concept de « développement urbain», surtout de « ville durable ». En effet, seule une bonne planification, prenant en compte ces deux concepts, peut nous permettre de faire face à ce problème, qui devient de plus en plus complexe au fur et à mesure que s’accroissent la tache et la population urbaines.
Il faut préciser en effet, que l’action de planifier la ville et son environnement va bien au-delà du seul découpage du sol et de l’affectation des zones d’activité: pour que cette planification soit durable, il faut, outre l’action sur le territoire physique, prendre absolument en compte tous les autres aspects, notamment ceux relatif à l’économie (création d’emplois et de richesse), à la société (intégration de la culture, des modes de vie) et même à la politique (la vision exprimée à chaque échelle de territoire par les gouvernants), les modes de  bonne gouvernance du changement urbain, intégrant les couches  et les secteur dits de « pauvreté » ou de « précarité », car nous sommes encore un pays en développement.
D’autres enjeux sont plus techniques et exigent des réponses efficaces, car ce sont des conditionnalités de réalisation de l’objectif recherché de développement durable :  ce sont les questions liées à la bonne gestion de la mobilité des citadins (de leur résidence à leur travail et vice-versa), de l’hygiène publique et de la salubrité en ville,  de la gestion efficiente d’importantes quantités de déchets liquides et solides, produits chaque jour par l’habitat, l’industrie, le commerce et toutes las activités formelles et informelles du fait urbain ; est aussi essentiel,  l’accompagnement judicieux, voire anticipatif, de l’urbanisation, par les ferments nécessaires à la bonne qualité de la vie en ville, à savoir ; l’eau, l’énergie, les réseaux de TIC, supports de nombreux services urbains, les équipements collectifs de proximité, les voiries…
A tout cela s’ajoute des exigences de plus en plus essentielles : la sécurité diurne et nocturne, la bonne qualité de l’air en ville, en rapport avec les espaces verts et la préservation des environnements naturels, forts bénéfiques au citadin.
Nous, urbanistes, sommes investis par l’Etat de Côte d’Ivoire, de par la loi, de cette responsabilité de préparer les plans pour le développement des territoires urbanisés ou appelés à l’être, par ce que nous appelons les « Documents et Outils de Planification Urbaine et Régionale.
»

Quelle sera alors la contribution ou la vision ou la participation  de l'ordre dans l'urbanisation du district d'Abidjan?

L’Etat de Côte d’Ivoire, par l’action du ministère de tutelle, avec l’appui de la  coopération japonaise a lancé, en 2013,  les études pour la mise à jour du  Schéma directeur du Grand Abidjan (Sduga 2010-2030), incluant le District Autonome d’Abidjan ainsi que les communes environnantes, sur la base d’un premier Sduga (2000-2020) réalisé en 2000 par le Bnetd.Ce schéma projette les grandes orientations spatiales et socio-économiques de l’agglomération pour l’horizon 2030. Le projet élaboré est soumis aux autorités ivoiriennes pour validation. A cet effet, des commissions thématiques ont été mises en place, en vue de recueillir et de discuter les observations pertinentes susceptibles d’améliorer l’étude et son appropriation par les acteurs nationaux. L’Ordre des Urbanistes participe  aux activités de ces commissions. Concernant la vision de l’urbanisation du District d’Abidjan, l’Ordre recommande fortement aux autorités ivoiriennes d’accompagner le Schéma Directeur du Grand Abidjan par des Plans d’Urbanisme de Détail afin que l’ensemble des communes concernées soient développées de manière harmonieuse et durable. Il est important, à ce stade ci, d’indiquer que les projets de lotissement font partie des opérations d’urbanisme et que, à ce titre, elles ne peuvent se faire que par et sous la responsabilité d’urbanistes agrées, inscrits au tableau de l’Ordre National des Urbanistes. Notre responsabilité, en tant qu’urbanistes, soucieux des exigences de développement urbain durable, est de veiller aux différents équilibres de base qui sous tendent le système urbain, au risque, sinon, de voir la ville mourir de son propre désordre.

Un an après votre élection, quelles sont les attentes de l'ordre pour son bon fonctionnement?

Nous espérons que l’organisation, pour la première fois en Côte d’Ivoire, de la Journée mondiale de l’Urbanisme, produira un déclic  qui sous-tendent une bonne planification. La question fondamentale de la responsabilité de chaque acteur, face aux risques à prendre en compte sur le présent et sur le futur dans le développement du territoire de ville ; si l’on ne fait pas appel à la responsabilité des uns et des autres, du politique a l’habitant en passant par les professionnels, les urbanistes ; l’espérance de vie d’une ville se chiffre en centaines, voire en milliers d’années, si les actes posés dans son édification ont rencontré les exigences essentielles de développement durable. La question du professionnalisme dans l’acte d’urbanisme et dans le fait d’urbaniser : Sans l’implication forte d’urbanistes, bien formés, qualifiés et expérimentés, tant en conception qu’en suivi de réalisation de projets sur la ville, aucune politique urbaine véritable n’est possible. C’est cela que nous voulons faire passer aux décideurs du développement urbain dans nos villes et nos collectivités locales. Le développement urbain est un projet complexe ou chacun doit jouer son rôle au mieux pour que le résultat d’ensemble soit harmonieux et durable. La question importante de la collecte, de la fiabilité et de la gestion des données de planification : sans véritable base de données urbaines, partagée et accessible par tous les acteurs, surtout par l’urbaniste et les décideurs, il ne peut y avoir , ni planification à moyen terme, ni vision partagée, ni politique urbaine qui soit cohérente, juste, équitable et décente. Nous n’aurons pas une valeur ajoutée en terme de développement urbain, avec, bien au contraire, beaucoup de risques sur le futur de la ville, en termes d’amenée d’eaux et d’énergie, de raccordement aux réseaux de ville et aux services urbains essentiels.

Propos recueillis par
Christian Dallet

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