Georges Serre (ambassadeur de France en Côte d’Ivoire) : ‘’La France offre la gamme la plus riche d’interventions multisectorielles’’
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Georges Serre (ambassadeur de France en Côte d’Ivoire) : ‘’La France offre la gamme la plus riche d’interventions multisectorielles’’

jeudi, 14 juillet 2016 15:27
Georges Serre (ambassadeur de France en Côte d’Ivoire) :  ‘’La France offre la gamme la plus riche d’interventions multisectorielles’’ Georges Serre (ambassadeur de France en Côte d’Ivoire) : ‘’La France offre la gamme la plus riche d’interventions multisectorielles’’

Le diplomate français a saisi l’occasion de la célébration de la prise de la Bastille le 14 juillet pour faire l’état de la coopération bilatérale avec la Côte d’Ivoire avant de se prononcer sur divers autres sujets comme la Cop 21.

 

 

 

 

Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONELe 14 juillet, c’est la date de la prise de la Bastille que vous célébrez chaque année. Après les attentats terroristes en France, cette célébration prend-elle un relief particulier ?

La célébration de la prise de la Bastille est un moment de grande cohésion nationale durant lequel nous nous rassemblons autour de notre drapeau et de notre armée et nous portons haut et fort notre devise « liberté, égalité et fraternité ». Le soutien populaire dont ont bénéficié  les « Bleus » lors de l’Euro 2016 témoigne également de cette capacité de rassemblement lors de temps forts comme celui-là. Face à la barbarie du terrorisme, les Français ont fait preuve d’une forte cohésion. Nous avons bénéficié de la sympathie et du soutien de tous ceux qui partagent les mêmes valeurs de démocratie et de paix. La France, la Côte d’Ivoire et tant d’autres pays ont souffert dans leur chair. Le malheur a frappé aveuglément des victimes innocentes. Au-delà de la défense de notre liberté commune, la  volonté de ne pas céder à la barbarie a été la plus forte. Les ministres Jean-Marc Ayraut, Bernard Cazeneuve, Jean-Louis Le Drian et l’ancien président Nicolas Sarkozy se sont rendus à Grand-Bassam après l’attentat pour exprimer cette fraternité devant l’indicible.

Quelles sont les retombées de la récente mission du  Medef et de la tenue à Abidjan d’une rencontre avec les Ambassadeurs de France de l’Afrique de l’ouest et centrale ?

Le forum d’affaires qui s’est déroulé les 28 et 29 avril dernier en présence de Matthias Fekl, secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français à l’étranger, a été organisé conjointement par les conseillers du commerce extérieur de la France et par Business France. Une délégation du Medef de 150 chefs d’entreprises s’est également déplacée à cette occasion, conduite par Pierre Gattaz son président, dont c’était la 1ère visite en Afrique. Les ambassadeurs de France, et leurs conseillers économiques, de l’Afrique de l’Ouest et centrale ainsi que des responsables parisiens de différents ministères ont également participé à cette manifestation. Ce sont ainsi près 400 personnalités des affaires et de l’administration qui se sont retrouvées à Abidjan. Jamais un événement de cette envergure n’avait été organisé en Afrique pour promouvoir l’offre française et développer le partenariat avec les entreprises locales. Les discussions avec le patronat ivoirien, mais aussi avec les étudiants qui sont le futur du pays, ont été prometteuses. Plusieurs contrats et accords divers ont été signés. Il s’agit en quelque sorte de la réponse des entreprises françaises aux opportunités qu’offre la croissance économique impressionnante de votre pays. Je rappelle que 700 sociétés adhérentes de la Chambre de commerce et d’industrie française en Côte d’Ivoire contribuent déjà de façon significative à la richesse nationale. Elles pèsent 50 % des recettes de l’Etat en matière de Tva, de redevances et d’impôt sur les sociétés. Si l’ouverture à de nouveaux investisseurs et fournisseurs est l’illustration du dynamisme de l’économie ivoirienne, la France reste plus que jamais le partenaire de référence comme l’illustre la dernière vague d’investissements ou d’ouvertures de filiales d’entreprises françaises. La France reste le premier détenteur d’investissements directs étrangers en Côte d’Ivoire  avec un stock de 1 056 milliards de Fcfa en 2014.

Pourtant  la part de marché des entreprises françaises a considérablement baissé ces dernières années ?

Effectivement lorsqu’on considère la tendance sur une longue période, la part de marché de la France dans les importations ivoiriennes a reculé. Elle est passée de près de 28% en 2005 à 12% en 2014 pour remonter à 14% en 2015. Mais la France demeure le second fournisseur de la Côte d’Ivoire, derrière le Nigéria qui exporte essentiellement du pétrole brut. Hors pétrole, elle est le premier partenaire commercial.

En termes absolus, nos exportations sur la Côte d’Ivoire continuent de croître significativement. Elles ont atteint 730 milliards Fcfa en 2015, soit le double de leur niveau de 2005 tandis que nos importations ont représenté 506 milliards Fcfa. Les exportations sont diversifiées : produits pharmaceutiques, blé, machines et appareils électroniques, vin, véhicules et pièces de rechange, etc. Les importations sont essentiellement composées de produits agricoles et halieutiques.

Les principaux atouts de nos entreprises sont leur capacité à transférer leur technologie et leur savoir-faire à leurs partenaires sur place, à former les cadres ivoiriens de demain et leur forte implication dans le tissu local. Dans ce registre elles sont sans rivales. Elles sont également en mesure, comme Cémoi par exemple,  de renforcer la capacité de transformation sur place ce qui est dans la ligne des intentions gouvernementales et qui contribuera à la diversification de l’économie ivoirienne.

Quel est, à l’heure actuelle, le point de la coopération bilatérale avec la Côte d’Ivoire ?

On peut dire d’emblée que la coopération bilatérale est riche et diversifiée. Elle a un impact certain sur de nombreux secteurs qui mettent en valeur la complémentarité franco-ivoirienne.

Tout d’abord, le contrat de désendettement et de développement, bien connu désormais sous son acronyme « C2D », est un partenariat original et innovant qui consiste à convertir en projets et programmes la dette contractée par la Côte d'Ivoire envers la France au titre de l’aide au développement. Deux C2D sont actuellement en cours d’exécution pour un montant total de 1 151 milliards Fcfa et nous nous félicitons des résultats obtenus. Le premier C2D est décaissé à hauteur de 68 %, et le deuxième  engagé à hauteur de 61 % avec des premiers décaissements dès 2015.

Le C2D intervient au bénéfice des populations avec la construction d'écoles et de collèges, la réhabilitation de centres de santé, la réalisation d’infrastructures routières et d’eau potable. De nombreux forages, des stations de traitement et réseaux de distribution d’eau potable à Abidjan et dans le district des Montagnes, des pistes rurales, des centres de santé et des écoles dans plusieurs régions sont déjà achevés.  D'autres programmes sont en cours comme les routes Akoupé-pont Comoé et Ferkédessédougou-Ouangolodougou ou vont démarrer prochainement comme, entre autres, des centres de formation professionnelle ou la réhabilitation du pont Houphouët-Boigny.

A la clé, il y a des résultats concrets qui s’inscrivent dans le cadre du programme prioritaire d’urgence présidentiel : à ce jour, plus de 400 000 femmes enceintes et deux millions d’enfants ont bénéficié du programme santé du premier C2D et près d’un million d’ivoiriens ont vu leur accès à l’eau potable amélioré.

Par ailleurs, grâce au C2D, la France et la Côte d’Ivoire poursuivent un dialogue permanent sur les politiques publiques, en appui à des réformes structurantes. Les réformes du médicament, des collèges de proximité, de l'université numérique ou encore du dispositif en faveur de l'emploi des jeunes en sont de bons exemples. Le C2D accompagne également la Côte d’Ivoire dans la lutte contre le changement climatique. Le C2D est enfin un vecteur important de rapprochement entre nos deux pays car il permet d’établir des partenariats d’excellence entre institutions homologues (universités et grandes écoles, instituts de recherche, expertises diverses) et de préparer ainsi l’avenir. Un pays a en effet besoin d’un secteur de formation et de recherche efficace et performant pour devenir émergent.

Mais la coopération de la France avec la Côte d'Ivoire, ce n'est pas seulement le C2D. Nous offrons la gamme la plus riche d’interventions multisectoriellesavec les appuis du Trésor français et à travers l’activité du groupe de l’Agence française de développement (AFD) vers les secteurs public et privé, dont les prêts et prises de participation de Proparco, les garanties de l'AFD aux prêts des banques accordés aux PME ivoiriennes, les subventions en faveur des ONG nationales ou internationales, ou encore des lignes de crédit environnementales aux banques ivoiriennes.

Ce sont aussi bien sûr les actions en faveur de la culture et de l’éducation, à travers l’Institut français de Côte d’Ivoire (IFCI) qui tourne aujourd’hui à plein régime après sa réhabilitation complète et les alliances françaises dans les régions. Le dispositif des écoles et lycées français touche de son côté près de 9000 élèves. Une classe préparatoire aux grandes écoles a d’ailleurs été ouverte au Lycée Blaise-Pascal en faveur d’élèves ivoiriens qui disposeront ensuite d’une bourse pour poursuivre leurs études supérieures.

Le 14 juillet est caractérisé par le défilé des Champs Elysées mais aussi par de nombreuses prises d’armes comme celle qui se déroule traditionnellement à Port-Bouët au sein des Forces françaises en Côte d’Ivoire. Cette année, petit clin d’œil, le drapeau du célèbre 43ème BIMA sera déployé à cette occasion. Je saisis cette opportunité pour évoquer la très grande qualité de notre partenariat dans les domaines de la sécurité et de la défense. De nombreuses actions de formation, des manœuvres et exercices communs, des approches régionales concertées sur des sujets comme l’action de l’Etat en mer et la lutte contre le terrorisme font partie des relations fortes tissées  entre deux pays amis et alliés. Les résultats obtenus en quatre ans par les autorités ivoiriennes sont remarquables et désormais traduits dans le cadre d’une loi de programmation militaire et d’une loi de programmation de sécurité intérieure. Enfin, un projet de formation de pompiers est en cours d’instruction en liaison avec l’Union européenne.

Vous présidez le comité des partenaires techniques et financiers sur la restauration de la forêt ivoirienne. Après les états généraux sur la forêt, quelles sont vos attentes ?

Les états généraux sur la forêt ont suscité de nombreuses attentes de la part des partenaires techniques et financiers qui soutiennent ce secteur : Allemagne, France, Royaume Uni, Union européenne, FAO, Banque mondiale et Banque africaine de développement.

La préservation des forêts de Côte d’Ivoire est une urgence reconnue. Un plan d’action est nécessaire pour gérer cette urgence. La mise en place d’outils de suivi rapproché des ressources forestières, notamment de leur traçabilité, ainsi que l’adoption d’une stratégie de gestion des populations concernées en accord avec les engagements internationaux de la Côte d’Ivoire sont fondamentaux. Nous avons appuyé ces états généraux en finançant le forum qui a eu lieu en novembre dernier ainsi que cinq études thématiques préalables aux discussions. Ils doivent maintenant  permettre de définir les bases d’une politique concrète, avec des engagements crédibles, en faveur de la protection des forêts. Cette politique s’appuiera sur les discussions en cours autour du code forestier et de la loi sur la protection de la faune, ainsi que sur  la concertation avec les populations, la société civile et le secteur privé. Il faut trouver des solutions acceptées par les différents acteurs.

Des ateliers régionaux de sensibilisation en vue de préparer un plan de développement stratégique 2016-2045 sur trois secteurs : forêt, faune et ressources en eau sont prévus prochainement. Ils seront suivis d’une table ronde des bailleurs de fonds et des principaux acteurs.

 Lors de la visite de Mme Ségolène Royal, il avait été question de l’appui que la France devait apporter à la Côte d’ivoire dans le cadre de la Cop 21. Où en sommes-nous ?

La visite de Mme Ségolène Royal, ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, chargée des relations internationales pour le climat, faisait suite à l’accord de Paris de décembre 2015. Transformer l'accord en action concrètes et faire que, d'ici à 2020, la hausse du réchauffement climatique se maintienne en dessous de 1,5 °Celsius était le thème de  cette tournée. Elle a ainsi été reçue par le Président de la République, son homologue ivoirien et le Président de la BAD.

La Côte d’Ivoire a depuis ratifié l’accord de Paris et a participé au plus haut niveau à la conférence des Nations Unies  d’avril 2016 qui a permis de faire signer l’accord de Paris par la quasi-totalité des pays membres de l’ONU. Depuis cette réunion, le ministère de l’Environnement ivoirien a  fait inscrire dans le nouveau programme national de développement  (PND) les actions retenues au titre de son programme d’action national (INDC).

Lors de la COP 21, des financements importants de l’ordre de 10 milliards de dollars sur quatre ans pour les énergies renouvelables en Afrique ont été annoncés. Un « Fonds vert » a été mis en place. L’Agence française de développement a reçu mandat de travailler sur des financements qui permettraient de s’inscrire dans le programme d’action national ivoirien pour la COP 21 et de mobiliser des financements importants du « Fonds vert ». Les spécialistes sont donc actuellement au travail, des projets sont identifiés et les premiers projets pourraient voir le jour d’ici la fin de l’année.

 

 

 

Interview réalisée par

SYLVAIN NAMOYA

 

 

 

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