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Eugène Zadi (commissaire général du Didiga festival): ‘’Nous réservons de belles surprises à nos invités’’

vendredi, 23 mars 2018 11:36
Eugène Zadi (commissaire général du Didiga festival): ‘’Nous réservons de belles surprises à nos invités’’ Crédits: DR

À deux jours du Didiga festival prévu du 23 au 25 mars à Yacolidabouo (Soubré), l’initiateur en élucide l’à-propos.

Que se passe-t-il à Yacolidabouo pour que ce village soit sous les feux des projecteurs et attirer tant de monde de qualité le 23 mars ?

Bien qu’il y ait plusieurs villages dans la région, Yacoli a toujours été un village phare dans la Nawa. Depuis toujours, il a été un village de forte production culturelle et intellectuelle. C’est le village du Professeur Zadi Zaourou, bien connu en Côte d’Ivoire sur le double plan universitaire et artistique. C’est également le village du président Marcel Zadi Kessy, un manager de renom qui a construit, à partir de Yacoli, sa pensée de développement de proximité. Il s’est toujours passé des choses dans ce village et des amis et moi avons pensé qu’il fallait poursuivre cette action afin qu’après le décès du professeur Zadi et le difficile état de santé du président Kessy, le village ne s’ankylose pas. Surtout que le président, avant de tomber malade avait souhaité en présence des cerveaux et bras valides du village, que se fasse quelque chose pour compléter les activités économiques. L’homme ne vivant pas seulement que de pain, nous avons pensé, au sortir de cet échange, amorcer une activité culturelle susceptible de rassembler les différentes familles du village, de la région et par voie conséquence du pays. C’est pourquoi nous avons entrepris le Didiga festival, pour instaurer dans la même voie que mes aînés, un esprit de réflexion, de développement.

Denise Époté le tient pour le festival d’avenir. Quel en est le contenu pour qu’une journaliste de renom ne tarisse d’éloges sur ledit festival ?

L’objectif premier est de rassembler, pour que nous puissions ajouter, chacun, notre pierre au développement du village, de la tribu et de la région. Nous utilisons le vecteur de la culture et de l’art. Nous voulons mettre en avant la poésie, le Wéguhé, qui est un genre particulier et qui a son versant dans la région de Gagnoa. Nous voulons utiliser ces arts oratoires, dont le Tohourou, pour nous adresser à nos jeunes pour qu’ils se remettent au travail. Nous voulons le célébrer, et le réinstaller au cœur de leur pensée. Le Tohourou a été largement défini dans les ouvrages du professeur Séri Bailly et est réactualisé au travers des travaux du professeur Zigui Koléa Paulin qui en est spécialiste. Ces arts poétiques sont un vecteur de sensibilisation à l’endroit des jeunes afin qu’ils ne restent pas désœuvrés. On voudrait leur adresser des messages pour qu’ils prennent leur destin en main, en améliorant leur environnement. Mais nous ne restons enfermés dans notre région. C’est ce qui justifie que ce message est adressé à tous ceux qu’on invite afin qu’ils développent et ne laissent pas mourir leurs espaces. Dans ces moments difficiles pour notre pays où il a très peu d’emplois, où des fléaux font rage et où la terre est limitée, il faut réfléchir ensemble, être imaginatif pour développer notre pays. Il faut penser à se regrouper autour d’axes qui nous unissent plutôt que de nous affronter sur des choses qui pourraient nous diviser. Ce que m’ont appris mes aînés est de chercher à toujours s’unir pour inventer, créer et avancer ensemble.

Que faut-il tirer comme enseignement de la venue à Yacoli de Magic system ?

Très sincèrement, je les ai invités sans vraiment y croire. Je ne me faisais pas d’illusions. Je suis donc le premier heureux de leur venue à Yacoli. À maintes occasions, j’ai côtoyé ce groupe et été impressionné par leur très grande modestie. Ce sont des jeunes gens qui, malgré leur succès, sont restés humbles. En privé ou publiquement, ils restent fiers et heureux de retourner à Anoumabo qu’ils tentent comme ils peuvent d’aider avec des investisseurs où des médias du monde.

Mais c’est un défi majeur, car Magic System, ce sont des foules…

Tout à fait, mais on va pouvoir y arriver, car le groupe s’implique lui-même dans l’organisation de festival, en nous prodiguant des conseils, en prenant en main nos petites équipes, en nous aidant à tous points de vue. Je les en remercie déjà. Je voudrais remercier aussi le groupe Espoir 2000 qui, l’an dernier, lors de la première édition, malgré un programme chargé, nous a gratifiés d’un beau spectacle avant de prendre la route en pleine nuit, respectant par là même leur engagement. J’apprécie que ces grands artistes acceptent de venir dans ce village. C’est une marque de respect et un honneur pour nous.

Pourquoi convier le Zouglou qui véhicule un magique espoir ?

Ces jeunes qui réussissent par le zouglou savent bien que leur musique a ses racines en pays bété. Le tohourou est un genre musical dans lequel ils puisent volontairement ou à leur insu. Moi qui ai suivi le professeur Zadi, je puis affirmer que l’une des racines de cette musique zouglou est le Tohourou. C’est un peu un retour aux sources, et ils ont l’occasion de s’inspirer directement de l’art traditionnel à travers des mélodies et des thématiques. Le Tohourou n’est pas de la griotique vaine qui chante les éloges, il s’attèle plutôt à éveiller les consciences, à dire aux jeunes que vous pouvez transformer votre environnement, votre vie, par le travail. Et de ce point de vue, A’salfo et ses amis sont un modèle. Par leur musique, ces garçons sont devenus des étoiles qui scintillent dans le ciel. A’salfo, par son discours, son propos puissant et cohérent peut parler à ces jeunes et les convaincre du bien-fondé du travail. Il est en l’incarnation, la preuve vivante.

L’une des étapes du festival est le banquet bété. Qu’est-ce que c’est ?

On voudrait réhabituer les populations à se nourrir avec les produits de chez eux. Même si certaines forêts sont détruites, les produits, eux, sont encore là, consommables. Malheureusement, les gens paient à prix d’or des produits pour faire une restauration bio, alors que nous l’avons naturellement et allons chercher autre chose pour nous compliquer la vie. Nous voulons rappeler à nos invités et à nos populations que nous sommes quasi instinctivement et naturellement bio, et gagnerons à vulgariser nos acquis. Nos sauces, le tikriti, le siako ne sont pas grasses et sont préparées dans des conditions d’hygiène impeccables. Si ces mets plaisent, un commerce peut en découler, pourquoi pas. Il ne faut pas chercher loin ce dont nous disposons.

Il est aussi prévu un festin sonore et cognitif qui est le conte, me semble-t-il.

Quand nous étions enfants, l’initiation commençait par le conte, en pays bété mais aussi dans les sociétés occidentales. Par le conte, on apprend des vertus telles que le courage, la patiente, la modestie qui nous permettent d’aller vers l’autre tout en restant nous-mêmes. On n’est pas obligé de perdre son identité au contact de l’autre. Nous allons vivre donc une nuit de conte avec des professionnels venus d’horizon divers et des conteurs du village qui se feront fort de raconter ses histoires. Au sortir de ce festival, nous envisageons de procéder à la publication des contes par les éditeurs et à long terme en faire des dessins animés pourquoi pas.

Les professeurs Séri Bailly et Zigui Koléa seraient annoncés pour une communication.

Le professeur Séri Bailly est notre conscience morale. Tout ce que nous allons dire, lui va le structurer sur le plan intellectuel et en tracer la voie. Il n’est pas seul effectivement, il est avec le professeur Zigui Koléa. Et vous allez prendre plaisir à écouter A’salfo comme débatteur et bien d’autres surprises.

Interview réalisée par
ALEX KIPRÉ

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