Claudia Haidara-Yoka: ‘‘La starification de nos acteurs est un enjeu marketing…’’
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Claudia Haidara-Yoka: ‘‘La starification de nos acteurs est un enjeu marketing…’’

dimanche, 29 mai 2016 14:06

Promotrice et directrice de festivals de cinéma, anciennement directrice de la communication et de la coopération au ministère de la Culture au Congo-Brazzaville, cette professionnelle et passionnée évoque l’impact positif du Discop Africa pour le 7e art africain.

 

 

 

Claudia Haidara-Yoka: ‘‘La starification de nos acteurs est un enjeu marketing…’’


Promotrice et directrice de festivals de cinéma, anciennement directrice de la communication et de la coopération au ministère de la Culture au Congo-Brazzaville, cette professionnelle et passionnée évoque l’impact positif du Discop Africa pour le 7e art africain.

Vous séjournez  à Abidjan, à la faveur de la 2e  édition du Discop Africa, salon international du contenu télévisuel qui affiche 10 éditions à Johannesburg. Quelles sont vos attentes ?

 Comme tous les producteurs, les vendeurs, les acheteurs, les diffuseurs, les acteurs ou même les visiteurs, il est question de discuter, de proposer des contenus, de trouver des financements pour des projets télé ou tout simplement de voir de plus près comment fonctionne le monde de la télévision.

Aurez-vous une communication spécifique, vous qui êtes la promotrice et directrice de festivals au Congo-Brazzaville, tels que Tazama et Clapcongo, ou en tant que haut cadre dans l’administration culturelle à Brazzaville, à faire à l’occasion de cette édition du Discop ?

Absolument, mais moins conséquente que l’annonce de la couverture des Jeux Olympiques de Rio au Brésil  par TV5 Monde, le mardi 31 mai dès l’entame du Discop (rires). J'aimerais aussi  faire passer l’idée que les festivals de cinéma africain ne sont pas encore bien couverts médiatiquement par les chaines de télévision. Il serait opportun de voir sur les écrans le quotidien d’un festival comme le Fespaco, par exemple,  un peu à l’instar de Cannes. Une façon de donner à nos talentueux artistes du continent une vitrine supplémentaire. La starification de nos acteurs et comédiens est aussi un enjeu marketing important. C’est l’approche du Nigeria et ces  vendeurs pour les programmes que l’on propose aux chaines de télé.

Que vous inspire le thème "La place de l’industrie audiovisuelle dans l’émergence de l’Afrique", retenue pour cette édition du Discop Africa ?

Ce thème est important. Il appartient aux Africains d’offrir un contenu qui soit représentatif de nos valeurs, nos traditions mais aussi de nos attentes. Ce contenu doit refléter nos mutations sociétales et économiques. Il n’est plus à démontrer que la croissance en Afrique va crescendo et l’industrie audiovisuelle a sa partition à jouer pour apporter à cette émergence un cachet artistique et technique.


Pensez-vous que votre participation à Discop Africa puisse impacter positivement sur la prochaine édition du Festival de film féminin Tazama que vous organisez chaque année à Brazzaville ?

Le Discop Africa est un creuset de toutes les rencontres et de toutes les possibilités. J’ai pris l’habitude de définir un thème pour les éditions de Tazama et ensuite me mettre à la recherche de films de femmes qui colleront à ma thématique. Avec le Discop, je peux subir une influence qui fasse que mon thème soit déterminé pour la foultitude des programmes disponibles. Le Discop est riche d’opportunités.

En quelques mots, quelle est la carte d’identité du  festival du film Tazama ?

Tazama est le festival du film des femmes africaines pour la lutte contre le cancer en Afrique qui se déroule chaque année au Congo Brazzaville depuis janvier 2014.  Tazama signifie voir, percevoir en swahili.  J’étais dans le circuit des festivals depuis une dizaine d’années ! Je savais qu’il existait des festivals de femmes, je voyais des films magnifiques faits par des femmes. Mais j’étais presque exclusivement entourée de réalisateurs et pas des moindres… Alors, je me suis mise à la recherche de leur équivalent féminin (rires)… et pour défendre une cause comme le cancer, cette sensibilité féminine, cette sensibilité de mère, de femme était, pour moi, indispensable. Les hommes cinéastes accompagnent chaque édition. Aucun invité ne tire de réels profits de ce festival, tous viennent contribuer.

Quel bilan faites-vous après plusieurs éditions déjà organisées ?

En me basant sur les retours de nos 65 réalisateurs et réalisatrices invités sur les trois éditions, Tazama aurait toute sa place sur le continent, mais cela n’est pas sans difficulté. Le manque de salles de cinéma est un premier challenge pour pouvoir ‘’vulgariser’’ l’évènement. Ensuite, trouver des partenaires à chaque édition est une épreuve. Il est important de souligner que ceux qui ont adhéré au projet à la première édition sont encore là. Ce qui est rassurant et encourageant. La dernière édition dont la thématique était sur le pouvoir avait soulevé des interrogations a été plus difficile à mettre en place. Mais, parce que les artistes sont des personnes souvent engagées et déterminées, elle s’est tenue et je suis si fière qu’ils découvrent mon beau pays par le biais de la culture.

Il est de notoriété que l’organisation de ce genre de festival n’est pas aisée surtout au plan financier. Comment arrivez-vous à financer Tazama?

 Tazama est financé par des entreprises privées, des institutions telles que les ambassades étrangères, à60%, 10% par notre marraine qui y croit fermement et 30% sur fonds propres et en dérangeant certains membres de ma famille (rires). Nous recevons parfois un appui technique de nos institutions. Nous émettons le souhait d’emmener Tazama dans les écoles pour enseigner aux enfants la culture en la liant à l’esprit du caritatif.

Pensez-vous que le cinéma africain puisse réellement exister face aux nombreuses difficultés auxquelles il est confronté ?

Le cinéma africain existe bel et bien sinon pour quoi parlerions-nous de contenus ici ? il existe néanmoins des cinémas africains et non pas un cinéma africain. Il y a une disparité sans nom entre certaines productions en terme de moyens financiers, mais il y a tellement d’énergie , de volonté de bien faire de toute une nouvelle vague de réalisateurs et producteurs africains que certains films a petits budgets surprennent par leur professionnalisme. Il faut compter avec cette vague aussi. Et les plus expérimentés continuent de transmettre, donc le cinéma africain vit et vivra. Il faut juste cesser de le diminuer, de le présenter comme un cinéma de « subventions » et sous contrôle.

Quel est l’état actuel du cinéma au Congo-Brazzaville ?

Le cinéma au Congo Brazzaville se fait par témérité, par passion, par conviction. Les réalisateurs congolais font beaucoup avec peu et je me demande à quoi ressembleront nos films lorsque les financements tomberont, parce que je sais, qu’il y aura de l’argent pour faire des films chez nous. J’ai foi en nos décideurs et nos culturels.

Permettez-nous de revenir sur le buzz récent dont vous avez fait l’objet en démissionnant de votre poste de directrice de la communication et de la coopération au ministère de la Culture et des arts de votre pays ?

Je maintiens que j’ai foi en nos décideurs! Ma démission de ce poste est un non évènement que les gens ont voulu monter en épingle à cause de mon patronyme. J’ai passé 7 mois à ce poste à une période où les enjeux électoraux justifiaient un certain standby. Je n’ai pas eu le temps de « travailler». Je suis partie pour des raisons personnelles et non professionnelles. Ce ministère a un fort potentiel qui sera mis en exergue. Les détracteurs ont dit que je voulais être Ministre, un poste ministériel ne se reçoit pas en héritage. Je suis dans le domaine culturel depuis 14 ans, c’est un travail de terrain. J’aime trop assister à des répétitions de percussionnistes ou de théâtre dans des maisons inachevées pour faire des caprices « carriéristes ».

Je lance, pour conclure en revenant sur le Discop Africa,  vraiment un appel aux acheteurs pour qu’une place plus importante soit réservée aux vendeurs de l’Afrique centrale. Il est vrai que le Cameroun est vraisemblable leader en la matière et que la démographie et la créativité de la RDC sont un plus, mais les réalisateurs et créateurs de contenus du Congo-Brazzaville, à l’instar de la Côte d’Ivoire aux côtés du Nigeria pour l’Afrique de l’ouest,  ne sont pas mal non plus. Certains restent parfois en retrait parce qu’ils s’imaginent que trop budget signifie bon film, bonne série ou bon documentaire, alors que le sujet, l’écriture ou la technique seuls font déjà la différence.


INTERVIEW REALISEE PAR REMI COULIBALY

Lu 2809 fois Dernière modification le mercredi, 01 juin 2016 09:24